Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Catalogne (suite)

Grand foyer d’immigration, la région industrielle catalane connaît une forte poussée démographique. Mis à part l’agglomération barcelonaise, qui compte environ 2,5 millions d’habitants, c’est le Maresme qui est le plus densément peuplé, car, aux activités agricoles et industrielles, s’ajoutent la pêche et le tourisme. Ce dernier, déjà ancien dans cette région, a connu un grand essor depuis 1953. Mais son développement est surtout spectaculaire sur le littoral de la province de Gérone, de Blanes à la frontière française. De part et d’autre du golfe de Rosas, les Pyrénées et la Cordillère littorale plongent dans la mer en des falaises pittoresques, entre lesquelles se nichent des plages de sable fin : c’est la Costa Brava, plus sauvage d’ailleurs au sud qu’au nord. La proximité de la France, l’assurance du soleil sans que la chaleur soit accablante et la beauté des paysages sont de puissants attraits pour les touristes étrangers. Une enquête d’avril 1965 à mars 1966 a dénombré 3 071 500 nuitées dans les hôtels et 654 000 dans les terrains de camping. Une fièvre de construction s’est emparée de tous les anciens petits ports de pêche, et des stations nouvelles ont été entièrement créées. De 1953 à 1964, le nombre des hôtels est passé de 87 à 833 (dont 196 pour Lloret de Mar seulement) ; les « urbanisations », qui ne cessent de s’étendre, offrent à des prix avantageux des villas et des appartements construits en partie par des sociétés immobilières étrangères. Mais l’essentiel des capitaux provient des Catalans eux-mêmes, qui, une fois encore, ont fait preuve d’un remarquable esprit d’entreprise.

R. L.


L’histoire


Des origines à l’intervention carolingienne

Le premier peuplement remonte, semble-t-il, au Quaternaire. On a trouvé des vestiges de l’époque néolithique dans les plaines fertiles, où l’on s’adonnait à l’agriculture. À l’âge du bronze, les zones pyrénéennes sont peuplées de bergers. C’est à partir de l’an 1000 av. J.-C. qu’apparaissent les Celtes, qui s’établissent dans le territoire catalan actuel et se mêlent aux indigènes, avec lesquels ils forment les diverses tribus des Ibères. Les Grecs s’installent à Emporion (Ampurias), Rhoda (Rosas) et dans d’autres localités du littoral entre le viiie et le vie s. av. J.-C. Les Romains débarquent pour la première fois en Catalogne pendant la deuxième guerre punique : en 218 av. J.-C., Publius Cornelius Scipio s’empare d’Ampurias, qui est conquise malgré la résistance qu’elle lui oppose. Il s’agit là d’une colonisation beaucoup plus profonde que celle des Grecs : les Romains, qui restent dans le pays jusqu’au iiie s. apr. J.-C., jettent les premières bases de l’unification de cette région. Ils favorisent le développement agricole et commercial et créent plusieurs grandes agglomérations, telles Tarraco (Tarragone) et Barcino (Barcelone).

À la suite du démembrement de l’Empire romain, les Wisigoths franchissent les Pyrénées et installent momentanément leur capitale à Barcelone, puis intègrent la Catalogne au royaume de Tolède. À la faveur des dissensions entre les Wisigoths, les Arabes, qui entrent en Espagne en 711, pénètrent en Catalogne quatre ans plus tard : Tarragone est détruite et Barcelone occupée (717-718). Une partie de la population émigré en Gaule ou cherche un refuge dans les Pyrénées ; Urgel et les terres avoisinantes réussissent à se libérer de la présence arabe, et l’on assiste même à la constitution d’un certain pouvoir politique et d’une défense organisée en vue de la Reconquista. Cette dernière est facilitée par l’intervention des monarques francs, qui, après la victoire de Poitiers (732), envisagent l’établissement d’un rempart à d’éventuelles invasions musulmanes. Ainsi va naître la Marche d’Espagne.


La Marche d’Espagne et le comté de Barcelone

La défaite de Roncevaux (778) pousse Charlemagne à confier la conquête de Gérone aux comtes chrétiens établis sur la frontière (fin du viiie s.). Un comte franc est alors nommé gouverneur de cette ville, ce qui représente le premier jalon de la Marche d’Espagne. Par la suite, d’autres territoires sont repris sur l’ennemi, puis divisés en comtés dépendant des souverains carolingiens. En 801, Louis le Pieux entre à Barcelone, qui devient rapidement le centre des possessions franques en Espagne. Profitant du déclin de l’empire franc sous Charles le Chauve, Guifré Ier le Poilu († 897 ou 898), comte d’Urgel et de Barcelone, d’ascendance wisigothe, réunit autour de lui une grande partie des comtés catalans et essaie de se soustraire à la tutelle d’outre-Pyrénées. Les successeurs de Guifré tentent d’obtenir l’indépendance religieuse et politique pour le comté de Barcelone, dont ils ont réussi à imposer la suprématie. La prise de Barcelone par al-Manṣūr (985) entraîne la séparation définitive des comtes de Barcelone à l’égard de la France, qui a refusé d’apporter l’aide demandée. Raimond Bérenger Ier le Vieux (comte de 1035 à 1076) donne à la Catalogne les fondements de sa vie politique par la réunion des Cortes et la promulgation des Usatges du pays (v. 1058), véritable compilation des droits et des coutumes limitant le pouvoir du roi.

Par ses mariages successifs, il s’allie à diverses familles du sud de la France, ce qui le pousse à intervenir dans ces fiefs et à élargir ainsi le champ d’action de la politique catalane. Le règne conjoint de ses fils et successeurs, Raimond Bérenger II (comte de 1076 à 1082) et Bérenger Raimond II (comte de 1076 à 1096), se déroule sous le signe des désaccords qui opposent les deux comtes, et voit la mort violente du premier en 1082. La noblesse est favorable à Raimond Bérenger III le Grand (comte de 1096 à 1131), qui n’a que quelques années lors de l’assassinat de son père. Il reçoit en héritage les comtés de Besalú (1111) et de Cerdagne (1117) et, par son union avec la fille de Gerberge, comtesse de Provence, étend sa domination dans le Midi de la France. Il lutte contre les musulmans avec plus ou moins de succès et s’empare, grâce à l’appui des vaisseaux de la république de Pise (Italie), de l’île de Majorque. À sa mort, il laisse ses possessions à ses fils : Raimond Bérenger IV reçoit le comté de Barcelone (1131), et Bérenger Raimond celui de Provence. Le mariage du premier avec Pétronille (1150), fille de Ramire II d’Aragon, dit le Moine, et d’Agnès de Poitiers, renforce le comté de Barcelone, qui va dorénavant être l’inspirateur de la politique suivie par la confédération catalano-aragonaise et l’un des États les plus importants de la Péninsule et de la Méditerranée. Toutefois, ce n’est que leur fils, Alphonse II (de 1162 à 1196), qui consolide véritablement l’union du comté de Barcelone et du royaume d’Aragon.