Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Catalogne (suite)

Flanquant la zone axiale au sud, les Prépyrénées alignent d’ouest en est une série de crêtes calcaires entre lesquelles courent des dépressions qui vont s’épanouissant vers le sud, au fur et à mesure que le plissement se fait plus lâche. La plus vaste, la Conca de Tremp, est assez basse pour que les céréales, la vigne et l’olivier y viennent bien, et que les terres irriguées portent maïs, pommes de terre et vergers.

Mais de plus en plus, dans les hautes vallées, les cultures vivrières sont abandonnées au profit des fourrages. L’élevage est en effet devenu l’activité essentielle. D’autre part, l’exploitation forestière s’est grandement développée avec l’ouverture de routes pour l’équipement hydro-électrique des rivières. Les formes glaciaires de la haute montagne et les cluses sciées par le Segre et les Noguera à la traversée des crêtes calcaires multiplient les sites ; la production annuelle est de l’ordre de 3,3 TWh. Mais, pas plus que le lignite exploité à Fígols, elle n’a suscité d’industries en dehors des hautes vallées du Llobregat et du Ter, qui, grâce à Barcelone, avec laquelle elles communiquent, ont fixé des usines surtout textiles dans nombre de petits centres, dont les plus importants sont Berga et Ripoll, ce dernier doté d’une petite métallurgie héritée de traditionnelles fabriques d’armes.


Le bassin « moyen » de l’Èbre

Vers le sud, les reliefs pyrénéens s’ennoient sous les formations tertiaires du bassin de l’Èbre, que recouvrent, en bordure des montagnes, de vastes piémonts découpés en terrasses étagées. Isolée de la mer par la Cordillère catalane, cette région ne reçoit pas plus de 350 à 400 mm de pluies par an. Les céréales associées à l’olivier couvrent les monotones platitudes des Llanos de Urgel, des Garrigues et de la Segría. Mais, grâce à l’irrigation, de vastes espaces ont pu être convertis en de riches huertas produisant en abondance pommes de terre, maïs, fourrages et surtout légumes et fruits. Lérida (73 000 hab.), au centre de cette immense oasis de verdure, vit du commerce et de la transformation des produits agricoles.

À l’est, les assises tertiaires se relèvent, et les ríos Ter, Llobregat et Anoia ont creusé d’amples dépressions (Plana de Vich, Pla de Bages, Igualada), que dominent de vigoureux et pittoresques massifs gréseux (Montserrat, Sant Llorenç del Munt). Par bien des traits, ces dépressions annoncent la Catalogne méditerranéenne.


La Catalogne méditerranéenne

Frange de 35 km de largeur au maximum, celle-ci présente des paysages contrastés, tant à cause du relief (la Cordillère catalane, dominant une étroite plaine littorale, est divisée en deux rameaux parallèles à la côte, séparés par la dépression longitudinale du Vallés-Panadés bourrée de dépôts tertiaires) qu’à cause du climat (plus doux sur la côte que dans les dépressions intérieures, plus humide au nord qu’au sud).

Au nord du Llobregat, de magnifiques forêts habillent les montagnes formées de roches cristallines profondément altérées et abondamment arrosées (jusqu’à 1 000 mm sur les reliefs du Montseny). Les espèces dominantes sont les pins, les chênes verts et les chênes-lièges ; ces derniers, en peuplement dense dans les monts Gabarras, au nord-est de la Cordillère littorale, sont à la base de l’industrie du liège de la province de Gérone. Dans les dépressions (Vallés, Plana de Vich, bassins de Gérone et d’Olot, Ampurdán), les 600 à 700 mm de pluies par an permettent d’associer à la culture du blé celles du maïs et des fourrages destinés à l’alimentation du bétail, bovins et porcins, ces derniers surtout nombreux dans la région de Vich, où l’industrie charcutière est importante.

Au sud du Llobregat, les précipitations diminuent rapidement (522 mm à Tarragone, 472 mm à Tortosa) : de maigres garrigues couvrent mal les montagnes, essentiellement calcaires. Dans les dépressions et les collines du Panadés, du Pla de Bages et du Campo de Tarragone ainsi que sur les versants montagneux aménagés en terrasses, les cultures arbustives sèches, vigne et olivier, prédominent largement. Le Priorato a des crus justement célèbres, et le Panadés s’est spécialisé dans les vins champagnisés.

Le long du littoral, les terres irriguées sont fréquentes. Au voisinage de Barcelone, elles sont consacrées aux cultures délicates : fruits et légumes dans le delta du Llobregat, en constant recul devant la poussée urbaine, fleurs et pommes de terre primeur dans le Maresme. Dans le Campo de Tarragone, les fourrages et les noisetiers voisinent avec les cultures maraîchères, tandis que le delta de l’Èbre s’est spécialisé dans le riz et le coton.

C’est partout une culture soignée, intensive, pratiquée dans des exploitations d’une trentaine d’hectares en moyenne, les masias, que deux coutumes ont préservées du morcellement : l’héritage va tout entier à un seul enfant ; lorsqu’un propriétaire est contraint de vendre sa terre, ses descendants conservent le droit de la racheter au même prix. Le plus souvent, la masia n’appartient qu’en partie au paysan, qui loue à long terme des terres à ceux qui, nombreux, ont quitté la campagne pour la ville.

La main-d’œuvre a en effet été attirée très tôt par l’industrie, qui s’est développée à un rythme sans cesse accru depuis le xviiie s. grâce aux capitaux de la bourgeoisie barcelonaise, aux facilités des communications et à l’abondance de l’hydro-électricité. En dehors de petits centres isolés comme Olot, dans la vallée du Fluviá, qui a des usines textiles et des papeteries, Figueras, qui fabrique des bicyclettes, Gérone (50 000 hab.), qui a des filatures et des laiteries, Tarragone (78 000 hab.) et Reus (32 000 hab.), qui produisent des tissus, du papier et des objets en cuir, Barcelone* est à la tête d’un vaste foyer tentaculaire qui a essaimé ses usines le long de la côte jusqu’à Blanes au nord-est et Villanueva y Geltrú au sud-ouest, ainsi que le long des vallées du Llobregat et du Besós (que prolonge le Ter), transformées en de véritables rues d’usines. Le textile vient en tête : le coton est travaillé tant à Barcelone que dans le Maresme et les vallées du Llobregat, du Besós et du Ter ; la laine, au contraire, est concentrée à Tarrasa (137 000 hab.) et Sabadell (158 000 hab.) ; la soie et les textiles artificiels sont produits à Barcelone, où sont aussi la plupart des ateliers de confection. La métallurgie vient au second rang : née des besoins de l’industrie textile, elle est surtout concentrée à Barcelone, dont le port importe les matières premières ; mais elle s’est aussi développée à Manresa (58 000 hab.), Tarrasa, Sabadell, Granollers et Villanueva y Geltrú. La chimie, qui dispose du gisement de potasse de la moyenne vallée du Llobregat, occupe le troisième rang avec les engrais à Badalona, la fabrication de fibres artificielles à Blanes et Prat de Llobregat, et les produits pharmaceutiques à Barcelone. Diverses industries secondaires (ciment, papier, cuir, industries alimentaires) complètent la gamme des activités.