Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Castlereagh (Robert Stewart, vicomte) (suite)

Après la première abdication de Napoléon, c’est tout naturellement Castlereagh qui représente la Grande-Bretagne au congrès de Vienne. Maintenant que de solides garanties sont prévues pour éviter tout retour offensif des ambitions françaises, il se préoccupe de maintenir l’équilibre européen en prenant garde que, sous couvert de « convenances », d’autres puissances ne viennent pas imposer leurs prétentions territoriales ou militaires. Pour barrer la route à la Russie, jugée trop expansionniste, ainsi qu’à la Prusse, il n’hésite pas à briser la coalition et à signer avec l’Autriche et la France un traité secret, le 3 janvier 1815, dirigé contre les ambitions russes sur la Pologne et prussiennes sur la Saxe. Il faut le retour de Napoléon de l’île d’Elbe et les Cent-Jours pour ressouder la coalition entre les Alliés. Vis-à-vis de la France, Castlereagh reste partisan, après Waterloo, d’une paix sévère, mais pas trop dure.

Au cours de la période 1815-1822, il définit sa politique de la manière suivante : « Utiliser la confiance qu’inspire la Grande-Bretagne pour maintenir la paix en exerçant une influence conciliante en Europe. » La Grande-Bretagne vise en effet à la préservation du statu quo, sans révolution ni réaction. En ce sens, la Sainte-Alliance paraît à Castlereagh un mélange de « mysticisme sublime et d’idiotie », mais aussi un instrument commode d’action diplomatique pour intervenir en Europe contre tout danger de remise en cause de l’équilibre si difficilement atteint. Ce que refuse Castlereagh, c’est de transformer l’alliance en une police permanente de l’Europe. L’interprétation de Metternich, qui y voit le moyen d’étouffer dans l’œuf — par l’intervention militaire s’il le faut — toute tentative libérale, lui paraît dangereuse et à courte vue. Aussi, après le congrès d’Aix-la-Chapelle de 1818, la politique britannique, sous l’impulsion de Castlereagh, s’écarte de plus en plus de celle de ses alliés.

Par contre, ce rôle modérateur ne s’exerce pas du tout de la même manière en politique intérieure : Castlereagh combat avec acharnement l’agitation radicale de 1816-1819 et prend une part importante à la loi de répression des « Six Actes » (1819). Impopulaire, dégoûté, il tombe dans une dépression profonde qui le conduit au suicide en 1822. Les foules londoniennes, dont il était devenu la bête noire, accueillent sa mort comme celle d’un tyran et applaudissent au passage de son cercueil.

Homme d’État solitaire, subissant railleries et critiques avec une apparente indifférence, mais d’une trempe d’homme « qui ne sait ni se faire craindre ni se faire aimer » (E. Halévy), Castlereagh a été un administrateur habile et un diplomate avisé. Aristocrate éprouvant une égale horreur pour les mouvements révolutionnaires et pour les prétentions hégémoniques d’un parvenu comme Napoléon, il s’est montré assez prudent et calculateur pour préférer à la vengeance aveugle la sécurité de l’équilibre européen.

F. B.

 C. K. Webster, The Foreign Policy of Castlereagh, 1812-1815 (Londres, 1925 ; 2e éd., 1934). / H. M. Hyde, The Rise of Castlereagh (Londres, 1933) ; The Strange Death of Lord Castlereagh (Londres, 1959). / J. A. R. Marriott, Castlereagh (Londres, 1936). / C. J. Bartlett, Castlereagh (Londres, 1966).

Castor

Grand Rongeur vivant au bord des lacs.



Description

Le Castor est en Europe le plus grand représentant de l’ordre des Rongeurs et forme à lui seul la famille des Castoridés. Il pèse en moyenne 30 kg pour une longueur corporelle de 80 à 90 cm. Son corps est lourd ; il a le dos bombé, le cou épais et court, les jambes fortes et peu allongées, les membres antérieurs petits, niais capables de saisir avec adresse de menus objets. Les pattes postérieures ont leurs cinq doigts réunis par une palmure. Les ongles du deuxième et du troisième orteil sont curieusement fendus ; l’animal s’en sert comme d’un peigne pour nettoyer sa fourrure. Sa tête est épaisse, et son museau court et obtus. Ses yeux, petits, ont une troisième paupière (nictitante). Ses oreilles, relativement petites, peuvent se rabattre pour empêcher l’eau de pénétrer dans le conduit auditif. Les narines peuvent s’obturer pendant la plongée. L’ouïe et l’odorat sont très fins.

Les incisives, fortes et tranchantes, ont leur émail coloré sur le devant en jaune orangé. La queue est nue, recouverte de fines petites écailles hexagonales et aplatie dorso-ventralement ; elle mesure 30 cm de long sur 15 cm de large.

Le pelage est fait d’une bourre soyeuse et fine ainsi que de jarres longs et forts. Sa couleur, qui varie du beige au brun marron, est plus ou moins foncée, mais toujours plus sombre sur le dos.

Des glandes anales donnent un produit sébacé nauséabond (castoréum), qui était utilisé autrefois en thérapeutique comme antispasmodique. Ces glandes sont présentes sur les deux sexes.


Aire de répartition

Le Castor est américain et eurasiatique. Le plus connu est le Castor du Canada (Castor canadensis), répandu dans le nord de l’Amérique ; l’autre espèce, le Castor d’Europe (Castor fiber), appelé aussi Bièvre, était autrefois assez répandu en France.

Depuis 1909, le Castor est protégé dans notre pays. On ne le rencontre plus que dans la basse vallée du Rhône et le long de ses affluents, où les colonies sont placées sous la surveillance active des services des Eaux et Forêts. On le trouve en Allemagne dans les bassins de l’Elbe et du Danube, en Pologne dans le bassin de la Vistule. Le Castor vit aussi en Moldavie, en Finlande, en Suède, en Norvège, en Russie d’Europe et en Sibérie occidentale.


Mœurs et biologie

Le Castor est plutôt nocturne. Il ne sort de ses abris qu’à la tombée du jour. Son habitat naturel est double : la forêt et l’eau. On le rencontre dans tous les lieux boisés, à proximité des cours d’eau, des marécages ou des lacs. Ses déplacements à terre sont lents, mais il plonge et nage admirablement. Dès qu’il est dérangé, il se précipite à l’eau et, d’un violent coup du plat de sa queue, prévient ses congénères qu’il y a un danger. Il est capable de parcourir d’une seule traite 800 m sous l’eau et de se maintenir en plongée pendant un quart d’heure. Quand il nage, les neuf dixièmes du corps sont immergés et les pattes antérieures sont repliées contre sa poitrine. Ce sont les postérieures seules qui assurent synchroniquement la propulsion.

Le Castor vit en famille ; celle-ci se compose du couple, des jeunes de l’année et souvent de ceux de l’année précédente ; à l’âge de deux ans environ, les jeunes sont chassés par leurs parents. Il semble qu’une famille de Castors ne compte jamais plus de douze individus. Plusieurs familles groupées dans une même pièce d’eau forment une colonie.

Les jeunes participent avec les parents aux travaux familiaux, qui sont la recherche de la nourriture et des matériaux par l’exploitation des bois. Les parents, qui ont l’expérience, abattent les arbres, tandis que les jeunes les écorcent et les ébranchent.