Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Carolingiens (suite)

L’Église carolingienne

Soutien et allié de la dynastie carolingienne qui lui doit son accès à la monarchie, l’Église fut à la fois la bénéficiaire, l’instrument et la protectrice de l’Empire, ses souverains considérant, surtout depuis le règne de Charlemagne, que le Regnum Francorum s’identifiait avec la royauté.

L’Église en tira de grands avantages. Les premiers sont d’ordre matériel : institution, par Charlemagne, de la dîme renouvelée des prescriptions de l’Ancien Testament ; généralisation du privilège de l’immunité, qui soustrait les seigneurs ecclésiastiques à l’autorité centrale. Les seconds, accordés à partir de 742 sous l’influence de Carloman et de saint Boniface*, sont d’ordre moral ou spirituel : déposition des clercs débauchés ; condamnation des ecclésiastiques pratiquant la chasse ; interdiction des pratiques païennes ; retour à la tenue des conciles réguliers ; restauration de la fonction épiscopale par la nomination des meilleurs candidats et par le contrôle exercé avec discernement sur leurs activités par les métropolitains (archevêques), auxquels ils les subordonnent obligatoirement (capitulaire de Herstal, 779), et par les missi dominici, qui les inspectent régulièrement.

En contrepartie de ces avantages, Charlemagne exigea des clercs qu’ils soient les auxiliaires fidèles de sa politique, tant au niveau du pouvoir central (scribes, conseillers de la chapelle ou de la chancellerie) qu’au niveau du pouvoir local, où les évêques, choisis soit au sein de la chapelle, soit au sein de la haute aristocratie franque, ont pour tâche de seconder les comtes en matière politique et administrative, sinon de les surveiller puisque les plus éminents et les plus fidèles d’entre eux sont chargés de les inspecter en collaboration avec de hauts dignitaires laïcs en tant que missi dominici (un comte et un évêque). Accaparé par de telles responsabilités, le clergé séculier abandonna aux moines l’essentiel de l’activité spirituelle et missionnaire de l’Église, ce qui amena Charlemagne à leur imposer la stricte observance de la règle de saint Benoît de Nursie. Saint Benoît d’Aniane en surveilla l’application à la demande de Louis le Pieux, qui le chargea de réformer la vie monastique dans tout l’Empire, tandis que par le capitulaire de 816 il imposait aux chanoines des églises cathédrales la règle de saint Chrodegang (712-766), évêque de Metz.

C’est sous le règne de Louis le Pieux que l’Église s’arrogea définitivement ce rôle de protectrice de l’Empire dont elle n’était jusque-là que la bénéficiaire et l’instrument. La faiblesse du souverain qui n’hésita pas à consulter un concile d’évêques sur les devoirs des rois (Paris, 829), les querelles l’opposant à ses fils ou dressant ces derniers les uns contre les autres, tous ces faits incitèrent en effet les évêques à intervenir dans le gouvernement d’un royaume à l’administration duquel ils concouraient déjà avec efficacité. Adoptant la théorie de l’augustinisme politique exposée par le concile de Paris en 829 et analysée en 831 par l’évêque d’Orléans Jonas dans De institutione regia, les clercs firent du roi un serviteur de Dieu chargé d’assurer le salut de ses fidèles. Ainsi s’expliquent la pénitence d’Attigny par laquelle Louis le Pieux confessa publiquement ses fautes en 822, l’émancipation progressive de la papauté à l’égard du pouvoir royal (Étienne IV gouverna l’Église sans attendre la confirmation impériale de son élection en 816), l’abdication forcée en 833, puis la restauration de Louis le Pieux par les évêques en 834. La déchéance de Lothaire proclamée par les évêques unanimes en 842, l’acceptation par Charles le Chauve de la subordination de l’autorité royale au jugement moral des évêques (assemblée de Coulaines en 843), les conseils donnés aux trois fils de Louis le Pieux par l’assemblée de Yutz en 844, enfin et surtout le rôle joué entre 843 et 882 par l’archevêque de Reims, Hincmar, achevèrent de donner à la royauté le caractère d’un ministère religieux subordonné au jugement de l’Église représentée par l’épiscopat.

En fait, une telle subordination de l’État à l’Église n’aurait jamais pu avoir lieu si l’affaiblissement du pouvoir royal et impérial n’avait pu être exploité au profit de cette dernière par des clercs éminents, qui permirent, grâce à leur culture, l’éclosion et l’épanouissement de la renaissance carolingienne. Parmi eux, les plus célèbres sont Agobard, archevêque de Lyon, Wala, abbé de Corbie, Hilduin, abbé de Saint-Denis, également conseillers de Louis le Pieux et partisans de la théorie unitaire de l’Empire ; Jonas d’Orléans, théoricien de l’augustinisme politique, et surtout l’archevêque de Reims, Hincmar, qui en fit application à l’intérieur des limites du Regnum, mais en dehors de toute intervention pontificale.

Les finances carolingiennes

Les ressources monétaires du trésor royal

Le Trésor carolingien s’alimente plus ou moins régulièrement à quatre sources différentes.

• La fiscalité publique est la moins rentable de ces sources, en raison de l’hostilité des peuples germaniques à l’égard de l’impôt sur les personnes (capitation) et de leur inaptitude à tenir à jour le cadastre permettant la levée de l’impôt foncier pesant sur la terre, enfin de l’affaiblissement de l’économie d’échanges, qui entraîne la disparition du numéraire. En fait, ne pesant plus que dans certaines régions et sur certains sujets (capitulaire de Thionville, 805), les impôts directs cessent très certainement d’être perçus au cours du ixe s. Ils sont remplacés alors soit par les cadeaux annuels (annua dona ou dona annualia) que les grands propriétaires laïcs ou ecclésiastiques doivent apporter au souverain lors du champ de mai (plaid général), soit par les contributions extraordinaires que les Carolingiens lèvent à partir du milieu du ive s. pour faire face aux invasions normandes, hongroises ou sarrasines, et qui sont fondées pour les ruraux sur la propriété foncière et pour les marchands sur le montant de leurs avoirs mobiliers.