Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Caravage (le) (suite)

Il semble que l’interprétation du Caravage et de sa situation historique ait beaucoup progressé. Ni le terme de réalisme ni celui de ténébrisme ne prétendent plus le définir. Les sujets empruntés à la vie populaire comme les effets de « nocturne » sont familiers à toute la peinture de la fin du xvie s. — et spécialement dans l’Italie du Nord, chez des artistes de premier plan comme Bassano*, voire le Tintoret*. Ce qui est neuf chez le Caravage, c’est l’emploi de la lumière pour affirmer la plénitude des formes et des volumes — mais aussi pour héroïser, dramatiser les personnages les plus humbles. C’est ce côté épique qui a bouleversé les contemporains, c’est cette plastique expressive et directe, réintégrant dans l’art un sentiment simple et profond de la vie humaine, qui répondait aux aspirations de la Contre-Réforme. Un tel art n’est pas nécessairement iconoclaste : l’influence de Michel-Ange est souvent sensible chez son jeune homonyme, dont le génie est tragique comme le sien. Et la réaction humaniste des Carrache* contre les artifices du maniérisme est plus parallèle que contraire à celle du Caravage.


L’influence

En tout cas, le succès foudroyant de cette œuvre montre qu’elle répondait à un besoin. Du vivant même du peintre, le « caravagisme » apparaît comme un phénomène international, diffusé par les étrangers nomades qu’attire Rome. À côté des premiers Italiens conquis entre 1600 et 1610 — Bartolomeo Manfredi (v. 1580-1624), Carlo Saraceni (v. 1585-1620), Giovanni Battista Caracciolo (v. 1570-1637) qui répand à Naples le nouveau style, Orazio Borgianni (v. 1578-1616) qui l’apporte en Espagne —, on trouve des Hollandais et des Flamands comme Carel Van Mander (1548-1606) et Louis Finson, dit Finsonius (v. 1580-1617), messager du ténébrisme en Provence, ainsi que des Français comme Jean de Boullongne, dit le Valentin*.

À la génération suivante et pendant les deux premiers tiers du siècle — le zénith se plaçant vers 1630 — le caravagisme rayonne sur toute l’Europe, et ceux-là même qui, tels les frères Carducho (d’origine italienne) en Espagne, le redoutent en vertu de leur formation académique comme une peste apportée par l’antéchrist de la peinture, reconnaissent son emprise universelle et parfois subissent sa contagion. L’école hispano-italienne de Naples guidée par Ribera*, l’école de Séville avec Zurbarán*, le Languedoc toulousain avec Nicolas Tournier (av. 1600 - apr. 1660) et la Lorraine de Georges de La Tour*, le groupe hollandais d’Utrecht avec Gerard Van Honthorst (1590-1656) et Hendrik Terbrugghen (1588-1629) sont les « citadelles » du caravagisme : peu de révolutions picturales ont été aussi fortement ressenties.

P. G.

 B. Berenson, Del Caravaggio, delle sue incongruenze e della sua fama (Florence, 1950 ; trad. fr. le Caravage, sa gloire et son incongruité, P. U. F., 1959). / R. Longhi, Il Caravaggio (Milan, 1952). / L. Venturi, Il Caravaggio (Novare, 1952). / R. P. Hinks, Michelangelo Merisi da Caravaggio (Londres, 1953). / W. F. Friedländer, Caravaggio Studies (Princeton, 1955). / A. Berne-Joffroy, le Dossier Caravage (Éd. de Minuit, 1959). / R. Jullian, Caravage (I. A. C., Lyon, 1961). / A. Ottino della Chiesa, Caravaggio (Milan, 1967 ; trad. fr. Tout l’œuvre peint du Caravage, Flammarion, 1967).

carbone

Corps simple non métallique.



État naturel

Le carbone existe à l’état libre sous forme, rare, de diamant et celle, plus abondante, de graphite. On l’obtient assez pur sous forme de charbon de bois, mais il existe essentiellement à l’état combiné sous forme de carbonates solides. On le trouve aussi dans toute matière vivante et dans les dépôts fossiles de matières organiques (pétroles, charbons et gaz naturels). Les pétroles ont une composition qui varie avec la provenance, et nous indiquerons comme composition moyenne 85,5 p. 100 de carbone, 14,2 p. 100 d’hydrogène et 0,3 p. 100 d’oxygène, avec souvent une faible teneur en soufre ; les lignites sont très divers, et l’on peut proposer une composition moyenne de 67 p. 100 de carbone, de 5 p. 100 d’hydrogène et de 28 p. 100 d’oxygène ; les charbons gras contiennent beaucoup moins d’oxygène, et nous donnerons comme valeur moyenne 88,4 p. 100 de carbone, 5,6 p. 100 d’hydrogène et 6 p. 100 d’oxygène. Les houilles maigres correspondent à une matière fossile plus évoluée et moins riche encore en oxygène, et nous indiquerons comme valeur moyenne 92,5 p. 100 de carbone, 4,7 p. 100 d’hydrogène et 2,7 p. 100 d’oxygène. Enfin, avec les anthracites, la teneur en carbone augmente encore, et on a ainsi des anthracites d’une composition de 94,1 p. 100 de carbone, de 3,4 p. 100 d’hydrogène et de 2,5 p. 100 d’oxygène. On considère que le graphite naturel est l’état final d’évolution de la matière organique fossile. Il existe de nombreuses variétés de ces charbons fossiles ; l’une d’elles est le « cannel coal », compact, généralement terne et dégageant par pyrolyse une grande quantité de gaz. Le jais, charbon dur, brillant, susceptible d’être taillé et poli, est utilisable en bijouterie.

Le carbone constitue 0,08 p. 100 de la lithosphère ; il y est donc le quatorzième élément par teneur décroissante.


Atome

Le numéro atomique du carbone est 6, et la structure électronique de l’état fondamental est 1s2, 2s2, 2p2. Les énergies successives d’ionisation sont 11,3 eV, 24,4 eV, 46 eV, 64,6 eV, 393 eV et 488,7 eV. On voit combien est grande la différence entre l’énergie nécessaire pour ioniser le dernier (quatrième) électron de la couche L et le premier électron de la couche K, la plus interne. Le rayon atomique est de 0,77 Å.

Le noyau de l’atome de carbone contient toujours six protons, mais, suivant l’isotope, le noyau contient un nombre différent de neutrons. On connaît les isotopes stables de nombres respectifs de masse 12 et 13, et le carbone naturel à la surface de la terre contient 98,9 p. 100 de12C et seulement 1,1 p. 100 de13C. On connaît actuellement cinq autres isotopes de nombres respectifs de masse 9, 10, 11, 14 et 15. L’isotope 14 existe dans la couche superficielle de la terre par suite de la longue période (5 568 ans) de sa radio-activité, associé à une formation continue dans l’atmosphère par action des neutrons du rayonnement cosmique sur l’azote selon la réaction nucléaire,14N(n, p)14C. Le pourcentage de cet isotope dans le carbone d’un être vivant a une valeur constante, mais cet isotope ne se fixe plus dans les organismes qui ont cessé de vivre ; aussi, les restes fossiles d’animaux ou de plantes ont-ils une teneur en cet isotope14C qui va en diminuant, et ce fait est souvent utilisé pour fixer la date d’objets anciens et de fossiles.