Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

capitalisme (suite)

Vers un trans-capitalisme ?

Il est notoire que, dans l’entreprise contemporaine, le souci d’utiliser de façon continue un matériel coûteux par son amortissement invite à éviter à tout prix les interruptions. Le profit repose impérativement sur une utilisation continue du capital et de la main-d’œuvre. La direction des entreprises est ainsi amenée à modifier son comportement et à rechercher la coopération du personnel. À cet effet, beaucoup d’entreprises se sont préoccupées de mettre en œuvre une politique des « relations humaines ». Le premier objet est celui de l’humanisation de l’activité professionnelle : donner à l’ouvrier le sentiment qu’il n’est pas un simple élément de production, lui rendre la joie au travail en garantissant le développement de sa personnalité. Ce point de vue est volontiers mis en avant par les promoteurs et les défenseurs du système. Mais c’est surtout la volonté d’ « intégration du travailleur » qui explique le recours à cette politique.

Il s’agit, sans qu’on le dise toujours, de consolider l’attachement du personnel à l’entreprise, de l’amalgamer dans cette collectivité afin d’obtenir une élévation du rendement par une utilisation qui vise à être continue et stable des équipements.

Dans cette évolution, les petites entreprises de type ancien sont surclassées : elles doivent s’aligner sur la position des grandes entreprises leaders, qui les concurrencent, qui les approvisionnent ou qui se fournissent chez elles. Toutefois, comme le degré de concentration est très inégal par branche (et que de nouvelles branches se forment), cela n’empêche pas les petites entreprises de subsister et même de se développer à l’ombre des « monopoles ». Sur ce point, l’expérience américaine est très probante : un important secteur de petites entreprises subsiste dans le sillage des grandes, mais il semble qu’en général leur durée de vie soit assez courte, un renouvellement continuel maintenant néanmoins leur nombre à un niveau assez constant.

Le capitalisme d’État

On emploie parfois l’expression de capitalisme d’État pour qualifier le régime économique des pays où les moyens de production ont, dans leur majeure partie, fait l’objet d’une nationalisation.

Dans la mesure où l’objectif des entreprises est de produire non plus pour le marché, mais en vue d’un intérêt général défini — plus ou moins exactement d’ailleurs — par un système de planification et où la rémunération du travail n’est plus fixée par le marché, il semble difficile de parler de capitalisme, même d’État, pour désigner ce système.

En revanche, l’expression paraît s’appliquer dans les États capitalistes aux entreprises nationalisées dès lors que les rapports entre les dirigeants de ces entreprises et leur personnel n’ont pas été substantiellement transformés du fait de la nationalisation.

R. M.

« Pour » le capitalisme...

L’apologie de la libre entreprise et du capitalisme pur n’est plus d’actualité au moment où tous les systèmes économiques libéraux se sont, peu ou prou, transformés en régimes « mixtes », où la puissance publique oriente, encadre, voire participe à l’activité économique. Le capitalisme n’en est plus, par ailleurs, au stade de la recherche des explications naturelles ou rationnelles qui le fondent ; il est devenu, face au défi des économies socialistes vivantes, une technique d’organisation et de développement qui reste un thème « de combat » (F. Perroux). Comme l’écrit cet auteur : « Depuis que le capitalisme moderne s’est affirmé, son dépassement a été annoncé à l’occasion de diverses anticipations... Jusqu’ici, ces apocalypses — économique, technique, sociale — sont restées de pathétiques évocations » (l’Économie du xxe s., 1961).

Ses défenseurs modernes le voient donc moins comme la seule structure viable que comme la mieux adaptée aux exigences d’une économie de progrès et, sans doute, la seule compatible avec l’éthique libérale.

1. Le capitalisme est le système économique le plus efficace

La mesure de l’efficacité relève, en effet, dans la structure capitaliste, de critères simples, qui sont les meilleurs stimulants de l’activité économique.

• La notion de « profit » recouvre plusieurs réalités ; pour le producteur, les réalités sont techniques et financières : il s’agit d’évaluer la rentabilité globale de l’entreprise ou celle qui est attachée à une fabrication particulière. Pour le consommateur, l’appréciation est plus objective : elle résulte d’une comparaison de l’utilité du bien acquis et du sacrifice pécuniaire consenti pour son achat. Les « stratégies » se confrontent sur le marché, où le prix se fixe à un niveau qui sanctionne les déficiences de la gestion ou rémunère la qualité des anticipations.

• Dans une économie marchande, le profit, critère de décision aisément quantifiable, induit ainsi les choix les plus rationnels. La politique de l’entrepreneur vise à sa « maximisation », ce qui signifie, en contrepartie, alternativement ou conjointement, une augmentation des revenus distribués aux salariés et aux actionnaires, une contribution plus importante à la formation de capital, une amélioration de la rentabilité des facteurs de production.

La prise en considération des capacités d’absorption du marché est primordiale. Sans correspondre pour autant à la pure rationalité décrite par certains théoriciens, la demande des consommateurs obéit à certaines règles, différenciées selon de nombreux critères sociologiques, que les entreprises, soucieuses d’écouler leur production au meilleur prix, analysent et utilisent (études de marché et publicité) : l’élément moteur de la politique des entreprises est, idéalement, la satisfaction des besoins les plus pressants exprimés par la demande la plus intense.

La stimulation par le profit ne perd pas son sens à l’ « ère des managers » ; si l’actionnaire n’est souvent plus le directeur, il reste rapporteur de capitaux, qui, fréquemment sollicité en période de forte croissance, ne s’engagera qu’avec les « riches » ou, tout au moins, ceux qui ont fait la preuve de leurs capacités à le devenir ; le profit attendu de la conquête d’un marché incarnera l’objectif de puissance de la firme.