Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

caoutchouc (suite)

Principales industries utilisatrices de caoutchoucs

L’industrie du pneumatique absorbe à elle seule 60 p. 100 environ des tonnages de caoutchoucs naturels et synthétiques produits dans le monde. Les autres grandes industries consommatrices de caoutchoucs sont celles de la chaussure, des câbles électriques, des courroies transporteuses, des tissus enduits, des tapis, des revêtements de sols, des adhésifs ainsi que celle des articles manufacturés divers (tuyaux, joints, etc.).

Les industries qui utilisent les caoutchoucs à l’état de latex sont, d’une part, celle du papier et, d’autre part, celles qui produisent des articles alvéolaires tels que matelas, coussins, etc.

Cl. F.


L’économie


La progression de la demande

Les premières utilisations du caoutchouc apparurent au xixe s., lorsque l’Écossais Charles Mackintosh (1766-1843) eut appris à imperméabiliser des étoffes avec de la gomme préalablement dissoute dans la térébenthine et lorsque l’Américain Goodyear eut obtenu, grâce à la vulcanisation, un produit stable. Les besoins devinrent importants vers la fin du siècle, avec la mise au point des nouveaux moyens de transport. Les roues furent d’abord garnies de bandages pleins. L’invention de la chambre à air et du pneumatique démontable par Michelin rendit possible le développement de la circulation automobile et fit du caoutchouc une des matières premières de base du monde moderne.

Depuis, la gamme des usages s’élargit sans cesse, et la demande de caoutchouc s’accroît très rapidement. Elle portait sur 50 000 t en 1913 ; elle atteint 8,5 Mt en 1973 : elle s’est vue multipliée par 150 en moins de soixante ans. Elle continue à croître de 400 000 t par an en moyenne (soit 5,5 p. 100). Il est peu de biens, en dehors de l’électricité, qui aient connu une poussée aussi continue et aussi forte de la demande.


Les caoutchoucs

• La production de caoutchouc naturel a pris de l’importance au cours des vingt dernières années du xixe s. Le Brésil était alors le seul fournisseur notable. Les seringueiros parcouraient la sylve amazonienne à la recherche des arbres à gomme. Ils amassaient des fortunes qui firent la splendeur de Manaus. Les Brésiliens étaient jaloux de la richesse ainsi créée. Les Anglais réussirent néanmoins à se procurer des semences d’Hévéas et les acclimatèrent en Extrême-Orient en 1876 et 1877. Ils avaient eu la chance de choisir d’emblée l’espèce la plus facilement utilisable, comme l’ont montré toutes les tentatives effectuées depuis sur d’autres plantes, celle des Russes pour tirer parti du Kok-Saghyz, un Pissenlit d’Asie centrale, en particulier.

Il fallut vingt ans d’efforts pour mettre au point la culture de l’Hévéa. Mais le triomphe du caoutchouc de plantation fut rapide et total. La crise des plantations de café de Malaisie, ruinées par la concurrence des producteurs de São Paulo, ouvrait la voie à des reconversions hardies. Dès 1913, la part des caoutchoucs de plantation, ceux de Malaisie et de Ceylan pour l’essentiel, devenait prépondérante. La prospérité dura peu : à partir de 1920, le marché fut secoué par les crises dues à l’essor désordonné de la production : les Européens multipliaient les grandes plantations en Asie du Sud-Est, en Indonésie d’abord, puis en Indochine, cependant que les indigènes se mettaient aussi à produire.

La culture nécessite une main-d’œuvre abondante et comporte certaines opérations difficiles à mécaniser : il en va ainsi de la récolte du latex par saignée, qui représente à elle seule la moitié de la dépense totale de production. C’est une des raisons qui expliquent la part de l’Asie dans la production actuelle. En Afrique, seul le Nigeria offre des possibilités comparables de recrutement de travailleurs. Ailleurs, en Afrique et en Amérique, les succès ont été rares : Ford a échoué au Brésil, alors que Firestone et Goodyear réussissaient au Libéria. En zone amazonienne, les plantations ont généralement été détruites par des parasites, qui n’ont pas suivi l’Hévéa dans les autres parties du monde. Les seules régions qui ont une production notable dans le Brésil contemporain sont situées sur la côte de l’État de Bahia, hors du périmètre d’exploitation originelle.

• Le caoutchouc synthétique s’est imposé durant la Seconde Guerre mondiale, mais il n’a pas éliminé pour autant le caoutchouc naturel ; il n’offrait pas d’avantages décisifs, au plan technique, et les producteurs de gomme naturelle appartiennent au tiers monde, si bien qu’il semblait dangereux de compromettre leurs revenus.

Le caoutchouc synthétique a été, dans un premier temps, un dérivé de la chimie du charbon. Il est maintenant un produit de la pétrochimie : il est fabriqué par les pays industriels forts consommateurs de pétrole et disposant d’une capacité de raffinage élevée. La plupart des industriels du caoutchouc utilisent présentement des gommes naturelles et des produits artificiels : ils contrôlent souvent directement certaines plantations et sont associés aux compagnies pétrolières dans la production du noir de charbon et des produits de synthèse ; les usines qui fournissent les gommes artificielles demandent des investissements massifs, que les firmes de transformation ne désirent pas toujours assurer seules.


Le marché

Il a été un des plus tumultueux depuis le début du siècle : la croissance rapide de la demande, son irrégularité, qui reflète à la fois les fluctuations de la production industrielle et les motifs stratégiques, se sont combinées à des conditions d’offre imprévisibles pour provoquer les fluctuations les plus rapides et les sautes de prix les plus inquiétantes. On a essayé de limiter les crises en signant des accords de quotas, qui se sont révélés inefficaces, dans la mesure où les petits producteurs asiatiques échappent à tout contrôle et sont les grands bénéficiaires des restrictions acceptées par les plantations à capitaux européens ou américains.

Depuis l’apparition du caoutchouc synthétique, la situation se transforme profondément : les progrès de l’organisation du travail sur les plantations ont permis de fournir le caoutchouc naturel à un coût comparable, ou inférieur, à celui des produits de synthèse. Industrie de main-d’œuvre, la production est cependant difficilement adaptable aux conditions du marché, et l’offre de produit naturel est beaucoup plus rigide que celle de caoutchouc de synthèse. Au fur et à mesure que le temps passe, la part relative qui revient au produit naturel diminue, si bien qu’il devient plus facile de régulariser l’offre et d’éviter les sautes brutales de prix.