Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cantique

Une des formes les plus anciennes du poème religieux chanté. Chant d’action de grâces, il est chanté dans la Bible par des chœurs et parfois (cantique de Moïse et des enfants d’Israël, Ex., xv) accompagné de danses. Au début de l’ère chrétienne, on chante des cantiques en Orient et en Occident. À Byzance, ce sont des compositions hors rituel (psalmus idioticus) appelées parfois hymnes et adaptées à une mélodie préexistante. Au ive s., saint Éphrem, diacre d’Édesse, compose encore des psalmi idiotici, poèmes strophiques avec un refrain. Vers la même époque, en Occident, saint Jérôme distingue le psaume, qui loue Dieu, le supplie ou moralise, du cantique, qui « célèbre la reconnaissance du monde animé ». Dans la liturgie romaine, ces deux formes sont poétiquement et musicalement identiques, mais sont utilisées différemment : chaque « heure » liturgique contient un seul cantique ; quelques cantiques sont chantés à la messe. Les cantiques « évangéliques », ou cantiques « majeurs », constitués par les versets du Magnificat (cantique de Marie, Luc, i, 46), du Benedictus Dominus Deus Israël (cantique de Zacharie, Luc, i, 68) et du Nunc dimittis (cantique de Siméon, Luc, ii, 29), sont chantés respectivement à laudes, à vêpres et à complies. Les cantiques « mineurs », inspirés de l’Ancien Testament, le Benedicite omnia opera Domini (cantique des trois enfants, Dan., iii), le Confiteor tibi Domine (cantique d’Isaïe, Is., xii), l’Ego dixi in dimidio (cantique d’Ézéchias, Is., xxxviii), l’Exultavit cor meum (cantique d’Anne, I Rois, ii), le Cantemus Domino (1er cantique de Moïse, Ex., xv), le Domine audivi auditionem (cantique d’Habacuc, Hab., ii) et l’Audita coeli (2e cantique de Moïse, Deut., xxxii), sont chantés respectivement chaque jour de la semaine, du dimanche au samedi. De nombreux fragments du Cantique des cantiques sont d’autre part utilisés dans les répons et les antiennes.


On désigne aussi par cantique un chant pieux en langue vulgaire, de forme strophique, et destiné à expliquer plus simplement au peuple la doctrine chrétienne. Il s’incorpore parfois à la liturgie officielle. Symbole d’un fort courant populaire, il apparaît au Moyen Âge dans les pays latins et les pays germaniques. Il a d’ailleurs même origine que les épîtres farcies, tropes et séquences en langue vulgaire. L’épître farcie pour la fête de saint Étienne a déjà le caractère d’un cantique. En France, on donne d’abord au cantique le nom de cantilena romana ou cantilena vulgaris. La Cantilène de sainte Eulalie ainsi qu’une paraphrase de l’Ave, maris stella, l’une en langue d’oïl, l’autre en langue d’oc, en offrent le type primitif. Au xiiie s., Gautier de Coincy (Chansons à la Vierge) et Alphonse X le Sage (Cantigas de Santa María) en donnent les meilleurs modèles. Par la suite se constitue un répertoire, bientôt réuni dans de petits recueils réservés à l’usage des catéchistes et des prédicateurs. À partir du xvie s., sous l’influence de la Réforme, le cantique prit une extraordinaire extension. Pour concurrencer les réformés, la Contre-Réforme se servit de leurs propres armes. De là s’épanouit toute une littérature de noëls, odes et cantiques spirituels « pour abolir dans le monde les chansons profanes et déshonnêtes », et composés, pour la plupart, sur des airs à la mode, airs de cour et airs de ballet, et, à partir du xviiie s., brunettes, romances et airs d’opéra. Le cantique ne pouvait que s’affadir de plus en plus avant de sombrer dans la médiocrité et la platitude. Seul le choral protestant sut conserver une certaine dignité. De nos jours, après le concile de Vatican II, on a remis en cause le chant de la communauté. On souhaite maintenant que le peuple, qui restait à peu près muet dans la liturgie romaine, participe réellement aux offices. Pour cette raison, le chant des fidèles, exécuté en langue vulgaire, doit s’insérer dans la liturgie, à l’aide, si besoin est, d’une musique « rythmée » qui peut, selon certains Pères de l’Église, aider à conquérir le monde des jeunes. Un tel renouvellement est d’autant plus difficile qu’il doit satisfaire, pour sauvegarder l’unité de la foi, les exigences de la tradition et les aspirations d’un monde nouveau en gestation.

Dans l’Antiquité, on donne aussi le nom de cantique aux parties récitées avec accompagnement de flûtes (mélodrame) dans la tragédie grecque, puis dans la comédie latine.

A. V.

 C. S. Meister et W. Bäumker, Das katholische deutsche Kirchenlied in seinen Singweisen (Fribourg, 1883-1911 ; 4 vol.). / J. Zahn, Die Melodien der deutschen evangelischen Kirchenlieder (Gütersloh, 1889-1893 ; 6 vol.). / P. Wagner, Einführung in die gregorianischen Melodien, t. III, Gregorianische Formenlehre. Eine choralische Stilkunde (Leipzig, 1921). / A. Gastoué, le Cantique populaire en France (Janin, Lyon, 1925). / J. Moffatt et M. Patrick, Handbook to the Church Hymnary (Londres, 1935). / E. J. Wellesz, A History of Byzantine Music and Hymnography (Oxford, 1949). / S. Corbin, l’Église à la conquête de sa musique (Gallimard, 1960).

Canton

En chinois Guangzhou (Kouang-tcheou), principale ville de la Chine du Sud, capitale de la province du Guangdong (Kouang-tong).


C’est un grand centre industriel et l’un des principaux ports de commerce du pays, comptant environ 2 millions d’habitants (Cantonais). Canton est situé dans le delta commun du Xijiang (Si-kiang), de son affluent le Beijiang (Pei-kiang) et du Dongjiang (Tong-kiang), fleuves qui se divisent en nombreux bras et dont les alluvions, celles du Dongjiang surtout, ont rattaché de nombreuses îles à la terre ferme. Cette ville est en fait à la tête d’un véritable estuaire, la rivière des Perles (Zhujiang [Tchou-kiang]), où converge une partie des eaux du Xijiang et, en aval, du Dongjiang, et qui est remonté par la marée.

Selon la légende, elle aurait été fondée par cinq immortels venus, sur des chèvres de couleurs différentes, offrir aux gens de l’endroit les premières céréales ; à présent encore, on lui donne parfois le nom de Yangcheng (« Ville des chèvres »). Une première agglomération, nommée Panyu, fut sans doute créée en 214 av. J.-C., lors d’une descente du premier empereur Qin (Ts’in) vers la mer. C’est au iiie s. apr. J.-C. (époque dite « des Trois Royaumes ») que la ville prit pour la première fois le nom de Guangzhou. Elle se développa, à partir des Tang (T’ang), avec l’essor du commerce maritime (implantation d’une communauté musulmane et fondation d’une mosquée) ; au xe s., elle était capitale de l’État indépendant des Han du Sud ; sous les Song, elle se composait de trois quartiers séparés les uns des autres par des murailles et possédait des chantiers navals. L’essor se poursuivit sous les Ming ; de nouveaux quartiers se construisirent au sud, le long de la rivière des Perles, dont le littoral s’était modifié, et les industries se trouvèrent stimulées par le commerce avec les mers du Sud (tissage de la soie et du coton, céramiques, travail des métaux et du bois) ; en 1514 débarquait la première ambassade européenne, dirigée par le Portugais Tomé Pires. Malgré une vive résistance, les Mandchous (dynastie Qing [Ts’ing]) réussirent à s’emparer de la ville et, pendant près de deux siècles, y centralisèrent presque tout le commerce avec les Occidentaux. La fortune de Canton est alors due à sa situation géographique. En effet, le Xijiang, fleuve puissant et peu chargé en alluvions, permet de faciles relations avec l’ouest (aujourd’hui encore des vapeurs de 5 m de tirant d’eau peuvent remonter jusqu’à Wuzhou [Woutcheou], à 360 km en amont) et surtout le Beijiang mène aux cols de Zheling (Tchö-ling) et de Meiling (Mei-ling) à travers les monts Nanling, d’où le Xiangjiang (Siang-kiang) et le Ganjiang (Kan-kiang) conduisent à la plaine du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) [les bateaux étaient halés pour franchir les cols]. Canton connaîtra un certain déclin commercial à partir du milieu du xixe s., devant la concurrence de Shanghai (Chang-hai), s’ouvrant aux étrangers. La voie ferrée vers Wuhan (Wou-han) ne s’acheva qu’en 1930 et ne peut concurrencer le Yangzi.