Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Canada (suite)

Les libéraux : Wilfrid Laurier

Privé de son chef, le parti conservateur se désagrège. En 1896, la direction du dominion revient au leader du parti libéral, un Canadien français, Wilfrid Laurier*. Celui-ci doit d’abord résoudre la difficile question scolaire du Manitoba, où les autorités veulent supprimer le caractère officiel des écoles catholiques (« les papistes » ne sont plus qu’une petite minorité dans la province), ce qui soulève l’ire du Québec tout entier. Malgré ses convictions religieuses, il reste fidèle au principe de son parti, la non-intervention du « fédéral » dans les affaires provinciales, et se tire ainsi du mauvais pas (1897). En revanche, marque d’un grand politique, il réussit à infléchir considérablement la ligne libérale en faisant admettre un tarif préférentiel avec le Royaume-Uni (1897). S’il resserre encore les liens de l’« Empire » en envoyant un contingent de soldats canadiens contre les Boers (1899), il n’en affirme pas moins que son pays ne doit appartenir qu’à un ensemble constitué de « nations » libres. Mais son œuvre essentielle est l’élan extraordinaire qu’il donne à l’immigration, alors que cette dernière n’avait laissé qu’un très faible excédent sur l’émigration à l’époque de Macdonald. Les immigrants arrivent désormais d’Europe centrale et même des États-Unis, attirés par une publicité massive, et la population du Canada augmente de 34 p. 100 entre 1901 et 1911 (de 5 731 000 hab. à 7 201 000 hab.). À côté des deux peuples « fondateurs », une mosaïque ethnique et linguistique constitue désormais la population du dominion (19 nationalités).

Le développement de l’agriculture dans l’Ouest va de pair avec celui de la démographie, mais les chemins de fer et l’industrie connaissent aussi un fougueux essor, cette dernière étant encouragée par les premières utilisations de l’hydro-électricité.

Pourtant, l’adoption imprudente d’un nouveau tarif préférentiel avec les États-Unis donne naissance à une réaction nationaliste qui entraîne la chute de Laurier (1911).


La guerre de 1914-1918

La Grande Guerre provoque un élan de soutien à la Grande-Bretagne, même au Québec. La Première division canadienne s’illustre d’abord à Ypres, en avril 1915. Puis un corps d’armée canadien est engagé dans la bataille de la Somme, à Courcelette (1916), à Vimy, à Passchendaele (1917), à Amiens enfin (1918). Le pourcentage des engagés francophones, mal connu d’ailleurs, restera très inférieur à celui des anglophones : le recrutement des premiers sera en effet perturbé par les nouvelles difficultés créées dans l’Ontario à l’enseignement des Canadiens français. « Ce n’est pas dans les tranchées des Flandres que nous irons conquérir le droit de parler français en Ontario », s’exclame l’un de leurs chefs, bientôt suivi par Henri Bourassa, le fondateur du Devoir. L’adoption de la conscription en 1917 soulève une opposition qui tourne à l’émeute à Québec (29 mars - 2 avr. 1918). Mais les 424 000 soldats canadiens qui franchirent l’Atlantique vaudront quand même à leur pays, qualifié de « puissance à intérêts limités », un siège à la Conférence de la paix.


L’entre-deux-guerres, l’émancipation définitive

C’est un homme certain d’avoir été désigné par la Providence qui, en 1921, accède au pouvoir : William Lyon Mackenzie King* (1874-1950), le leader du parti libéral. Il présidera aux destinées du Canada jusqu’en 1948, avec seulement deux interruptions : l’une en 1926, due à un scandale qui agita l’administration des Douanes ; l’autre de 1930 à 1935, conséquence de la crise économique, pendant laquelle les conservateurs sont au pouvoir avec Richard Bennett. L’après-guerre voit l’émancipation à peu près complète du pays, qui de « dominion » devient un État du Commonwealth : à partir de 1923, le Canada obtient de signer avec l’étranger les traités qui le concernent. En 1926, la représentation extérieure apparaît avec l’envoi à Washington d’un diplomate. Le Statut de Westminster, qui est adopté en 1933, confirme l’évolution de l’ancien dominion : le Canada peut désormais adopter une loi, même si elle est en contradiction avec celle de Londres. Il s’agit là, désormais, d’une véritable souveraineté.


Les nouveaux courants politiques

À l’intérieur, la vie politique est caractérisée par la naissance de nouveaux courants, qui traduisent l’incapacité des deux vieux partis à refléter les problèmes qui se posent à toutes les couches de la population : les élections de 1921 sont marquées par l’apparition du parti national progressiste, porte-parole des agriculteurs des provinces centrales, victimes de la chute des cours des céréales. La très forte reprise économique de 1924-1929, qui correspond à un nouvel afflux d’immigrants, résout momentanément les problèmes des ruraux.

Mais le développement industriel voit aussi celui d’un prolétariat ouvrier. Frappé durement par la crise qui débute en 1929, ce dernier se tourne vers la Cooperative Commonwealth Federation, parti socialisant créé par James Woodsworth en 1932. Pour les grandes plaines céréalières, à la nouvelle crise économique s’ajoutent des sécheresses dévastatrices : les agriculteurs confient la défense de leurs intérêts au « Crédit social » de William Aberhart, qui prend le pouvoir dans l’Alberta en 1935 en promettant de résoudre les problèmes de la misère par l’accélération de la circulation fiduciaire... Au Québec, enfin, la crise économique vient insuffler une agressivité nouvelle au nationalisme latent, qui est encore essentiellement conservateur : Maurice Duplessis, créateur de l’Union nationale, est au pouvoir de 1936 à 1939.


La Seconde Guerre mondiale

Cette diversification de la vie politique n’empêche pas la manifestation d’une certaine unité nationale lorsque le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne, le 3 septembre 1939. Malgré le peu d’enthousiasme de l’opinion devant les perspectives de nouveau conflit mondial, cinq députés seulement s’opposent à l’entrée en guerre du Canada, et les soldats canadiens seront encore à l’avant-garde, à Dieppe le 19 août 1942, en Sicile et dans le sud de l’Italie en 1943, en Normandie et sur les bouches de l’Escaut en 1944. Mais, comme pendant la Grande Guerre, le problème de la conscription divise bientôt le pays, puisqu’un référendum, en 1942, montre que le Québec la repoussait à 78 p. 100 (alors que les anglophones approuvaient la mobilisation obligatoire à 80 p. 100). À la fin de 1944, sur 16 000 conscrits désignés au Québec, 10 000 disparaissaient dans la vaste nature pour ne pas s’associer à une guerre qui apparaît essentiellement celle des Anglais.