Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Canada (suite)

Vers l’Ouest immense, la découverte se poursuit, mais, désormais, surtout à l’initiative des Anglais. Elle est prolongée par une expansion commerciale à laquelle les Français sont étroitement associés, très précieux par leur connaissance profonde des Indiens. Le moteur de la marche vers l’Ouest reste la recherche des fourrures. En 1789, Alexander Mackenzie descend le cours du grand fleuve qui porte son nom : exploration décevante, puisqu’il prouve ainsi que nulle grande voie d’eau ne mène au Pacifique ; la route de l’Orient est décidément coupée par les Rocheuses, que Mackenzie traverse en descendant le futur Fraser River (1792). En 1811, David Thompson ouvre la route vers l’Ouest par la Columbia.


La rivalité des compagnies de commerce

Toutes ces découvertes ont été effectuées pour le compte de la puissante Compagnie du Nord-Ouest (fondée en 1783), qui va mener une lutte épique contre la vieille Compagnie de la baie d’Hudson (dont la charte remonte à 1670). Un grave conflit oppose les deux rivales à l’occasion de la colonisation de la région de la Rivière Rouge. Un noble Écossais, lord Selkirk, a obtenu de la Compagnie de la baie d’Hudson un immense territoire pour y implanter des paysans sans terre provenant de son pays (1811). Malgré des débuts très difficiles, la réussite de la tentative conduit les séides de la Compagnie du Nord-Ouest à tout tenter pour détruire la nouvelle colonie, dont vingt-deux membres sont même massacrés aux Sept-Chênes le 19 juin 1816. Finalement, les difficultés financières des « Nor’ westers » permettent à la Compagnie de la baie d’Hudson d’absorber leur société en 1821 et de régner sans partage sur d’immenses régions. Cette situation archaïque dure jusqu’au lendemain de la naissance du Canada, puisqu’il faut attendre 1869 pour que le dominion étende sa souveraineté sur les territoires où la Compagnie, largement indemnisée, conservait d’ailleurs ses ports pour poursuivre le commerce des fourrures. Peu à peu, il est vrai, son autorité s’était désagrégée devant les difficultés insurmontables auxquelles elle se heurtait pour tenter de faire respecter, auprès de ses administrés, le monopole qu’elle imposait sur les produits de consommation. En 1858, un coup sévère lui avait été porté, en outre, par la formation d’une colonie britannique sur le Pacifique, la Colombie britannique (qui formera une province du Canada en 1871).


Naissance du Manitoba. La révolte de Louis Riel

Avant même la disparition de la Compagnie de la baie d’Hudson, le gouvernement canadien a préparé sur ses terres la formation d’un nouveau territoire, le Manitoba.

Mais le nouveau système d’arpentage, à la manière anglo-saxonne, c’est-à-dire en blocs quadrangulaires, s’est fait aux dépens des anciens tracés limitant les terres de nombreux colons, le plus souvent des métis franco-indiens évangélisés par les oblats : leurs champs formaient traditionnellement, comme dans les seigneuries du Saint-Laurent, de longues bandes depuis les cours d’eau. La brutalité des opérations d’arpentage provoque une très grave révolte, conduite par Louis Riel* (1844-1885), qui s’empare tout d’abord de Fort Garry (Winnipeg) [2 nov. 1869], puis qui constitue un « gouvernement provisoire » (9 déc.). L’action de Riel conduit le gouvernement d’Ottawa à conférer au Manitoba, réduit à un tout petit territoire sur la frontière des États-Unis, le statut de « province », et non celui de simple territoire, ce qui permet, en principe, aux métis de mieux protéger leurs droits face aux nouveaux colons protestants, de plus en plus nombreux : la dépossession des métis sera en fait assez rapide, malgré la résistance victorieuse de quelques paroisses.


Nouvelle révolte des métis

Plus à l’ouest, la colonisation s’étend lentement dans les lointains territoires du Nord-Ouest, autour des postes de la police montée (créée en 1873). Tout va évoluer rapidement avec le début de la construction du chemin de fer transcontinental par la Canadian Pacific Railway Company (1882). Les travaux sont terminés le 7 novembre 1885, après d’incroyables difficultés techniques, mais aussi financières. La même année éclate dans une partie des territoires du Nord-Ouest, le district de Saskatchewan, une nouvelle révolte des métis, dernière tentative pour se préserver face aux menaces de la colonisation blanche.

Riel, en exil aux États-Unis, est rappelé par les insurgés et tente de les organiser (mars 1885). Mais, inquiet de son messianisme de plus en plus délirant, le clergé catholique abandonne Riel, qui est battu par le général Middleton et exécuté à Regina le 16 novembre 1885. La mort de Riel cause une intense émotion dans le Québec, qui cesse de soutenir le Premier ministre fédéral, le conservateur Macdonald.


L’expansion continue

La répression a ouvert la voie à un nouvel essor de la colonisation : le flot de l’immigration reprend à la fin du siècle, nourri par les créations de voies ferrées (le deuxième transcontinental est ouvert en 1896, depuis Portage-la-Prairie, avec le Canadian Northern). Conséquence directe du nouveau peuplement, les deux provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta sont instituées en 1905 : mais la protection des catholiques francophones, de plus en plus minoritaires, n’y sera pratiquement pas assurée.


Les conservateurs au pouvoir : Macdonald

À l’est, dans le vieux Canada des lacs et du Saint-Laurent, l’histoire du dominion depuis sa formation est dominée par deux grands noms, John Alexander Macdonald et Wilfrid Laurier.

Député conservateur en 1844, Macdonald préside le premier cabinet du dominion (1867-1873). S’appuyant d’abord sur des ministères de coalition, où son pragmatisme fait merveille, il évite la sécession de la Nouvelle-Écosse grâce à des subsides généreux (1869). Mais il en vient à s’appuyer exclusivement sur les conservateurs, et les libéraux, exploitant une singulière maladresse, provoquent sa chute en 1873 : il avait en effet accepté une subvention pour son parti de la part des financiers qui projetaient la construction du chemin de fer transcontinental. Au pouvoir à partir des élections de 1874, les libéraux, attachés au libre-échange, se rapprochent des États-Unis, ce qui provoque une réaction « nationaliste ». Macdonald profite de ce courant pour revenir en 1878 au pouvoir, qu’il garde jusqu’à sa mort (1891).