Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Canada (suite)

La menace iroquoise

Les coureurs des bois, comme les missionnaires, se heurtent à un grand peuple, dont les « Cinq Nations » sont fédérées : les Iroquois tiennent le pays compris entre les établissements anglais de Nouvelle-Angleterre et le Saint-Laurent. Ils sont naturellement portés à vouloir contrôler la grande vallée pour y rançonner le commerce des pelleteries, tout en anéantissant leurs ennemis hurons. Leurs attaques continuelles vont menacer très gravement l’existence même de la Nouvelle-France : des embuscades sanglantes rendent l’insécurité totale à quelques centaines de pieds des habitations. Il faut attendre 1653 pour qu’une première milice soit constituée. En 1657, Québec est menacé. En 1660, Montréal est sauvé par les seize Français et les quarante-quatre Indiens que commande Adam Dollard des Ormeaux.


Nouvel essor : Jean Talon

L’année suivante (1661), le règne personnel de Louis XIV commence : la grandeur du roi doit s’étendre au-delà des mers. C’est à une nouvelle société, celle des Indes occidentales, que le monopole du commerce canadien est confié. Le pays est réintégré dans le domaine royal (1663) et doté d’une nouvelle administration. Jean Talon (1625-1694) arrive au Canada en 1665. Avec ce grand intendant (1665-1672), le Canada va connaître un nouvel essor. D’abord la sécurité : l’arrivée du glorieux régiment de Carignan-Salières fait merveille en portant la panique chez les Iroquois (1666). Ensuite le peuplement : en sept années, Talon va plus que le doubler, convertissant notamment en « habitants » une partie des soldats du roi et important de France de nouvelles épouses pour les célibataires. Une natalité extraordinairement forte (63 p. 1 000) fera le reste, et l’on comptera 6 715 Français en 1673. Le Canada pourvoira alors à peu près à ses besoins en nourriture, et quelques objets de première nécessité commenceront à être fabriqués.


Frontenac

En 1672, un nouveau gouverneur, Louis de Buade, comte de Frontenac* (1620-1698), arrive au Canada : c’est un homme de cour, plein de panache. Il se dispute fort avec les jésuites, qu’il accuse de faire du commerce sous le saint voile de l’évangélisation (« ils songent autant à la conversion du castor qu’à celle des âmes »). Frontenac sait, en revanche, maintenir la paix avec les Indiens, ce qui contribue à de nouveaux progrès dans l’exploration : en 1673, Louis Jolliet (ou Joliet) et le père Jacques Marquette étendent démesurément les limites théoriques de la Nouvelle-France en découvrant le Mississippi et en descendant une partie de son cours. En 1679, Daniel du Luth atteint le pays des Sioux, à l’ouest du lac Supérieur. Robert Cavelier de La Salle, enfin, parvient à l’embouchure du Mississippi le 9 août 1682 et, en présence d’un notaire, comme les conquistadores, fonde la Louisiane, à plus de 3 000 km de Québec : la route de l’Ouest est coupée aux Anglais, mais bien théoriquement... Cependant, dans la petite capitale, les mauvais rapports avec l’intendant et les jésuites valent son rappel à Frontenac (1682).


Reprise des menaces iroquoises, le retour de Frontenac

Les médiocres successeurs de Frontenac ne savent pas contenir les Iroquois, encouragés à l’agression par les gens de New York, qui cherchent à détourner vers leur port le si profitable trafic des fourrures. Une expédition française au sud du lac Ontario tourne au désastre (1684). Mais des raids victorieux sont effectués en 1686, en pleine paix, contre les ports tenus sur la baie d’Hudson par les Anglais, qui cherchent à y développer l’activité de leur compagnie de commerce, la Hudson Bay Company, fondée en 1670. Par félonie, enfin, on s’empare de chefs iroquois, qui sont envoyés sur les galères du roi (1687). La tension avec les « sauvages » aboutit à l’affreux massacre de 320 Canadiens et Canadiennes à Lachine (ou La Chine), près de Montréal (1689). Cette nouvelle crise conduit la Couronne à renvoyer Frontenac au Canada : il y reste jusqu’à sa mort (1698) et sauve le pays.


Guerres avec l’Angleterre

Un premier conflit avec l’Angleterre permet à cette dernière de prendre l’Acadie et Terre-Neuve (1690). Mais elle connaît un piteux échec devant Québec, la même année, et, en 1697, Le Moyne d’Iberville conquiert la baie d’Hudson. Une expédition chez les Iroquois, enfin, oblige ces derniers à envisager la paix, qui sera acquise en 1701, solennellement. À Ryswick, un traité de compromis (1697) reconnaît les conquêtes françaises sur la baie d’Hudson (sauf le fort Albany), restitue Plaisance, l’établissement de Terre-Neuve, mais ne laisse à Louis XIV qu’une partie de l’Acadie.

La paix ne devait guère durer, et la guerre de la Succession d’Espagne allait bientôt faire rebondir le conflit. Rien de bien nouveau sur le plan militaire : une nouvelle attaque des Anglais en Acadie (1710), où ils reprennent Port-Royal ; un nouvel échec contre Québec (1711) ; de nouveaux raids franco-indiens contre les colons britanniques du Massachusetts et du New Hampshire. Mais, sur le plan diplomatique, le traité d’Utrecht (1713) est un désastre pour le Canada, qui perd la baie d’Hudson, l’Acadie et l’essentiel de Terre-Neuve : l’étau anglais se resserre.


La dernière période de paix

Pourtant, la paix va régner pendant trente et un ans, ce qui permettra un nouvel essor du pays. Le progrès, c’est d’abord, et toujours, celui de la population, entièrement dû à son dynamisme propre : les apports de l’extérieur deviennent insignifiants, et l’assimilation des Indiens reste nulle. Si l’on compte 18 000 Français en 1713, leur nombre triple en 1754 (54 000). Cette population est essentiellement agricole (aux cinq sixièmes) : les seigneuries multiplient les fermes le long du Saint-Laurent, dont les rives entre Montréal et Québec sont à peu près entièrement colonisées au milieu du siècle. Les industries restent limitées à un chantier naval (à Québec) et à quelques fabriques de toiles et d’étoffes. Mais, au sud, les Anglais se sont établis au fort Oswego en 1726, sur l’Ontario ; ils ont ainsi un droit de regard sur la navigation des Grands Lacs et contrôlent la liaison directe avec la Louisiane. L’autre route vers ce lointain territoire, sur la rive occidentale du lac Michigan, est également bloquée par les innombrables accrochages avec les Indiens Renards.