Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Canada (suite)

La côte pacifique est plus tempérée (façade occidentale) que la côte atlantique (façade est). Vancouver n’a ni hiver froid (3,1 °C en janvier), ni été chaud (18 °C en juillet), mais a beaucoup de pluies (1 329 mm). Ce climat doux est limité par les reliefs. Ceux-ci reçoivent de grandes quantités de pluie ou de neige selon la saison (20 m de neige à 2 000 m, au-dessus de Kitimat). La façade orientale est bordée par le courant du Labrador : les étés sont frais ou froids (16 °C en août à Saint-Jean [Terre-Neuve]) ; les hivers sont atténués par les invasions occasionnelles d’air atlantique (– 4,5 °C à Saint-Jean et – 3 °C à Yarmouth en février).

Deux climats continentaux se partagent les marges méridionales de l’intérieur. Les basses terres du Québec et de l’Ontario ont, avec des différences notables selon la latitude, des hivers froids (– 11 °C à Québec et – 4 °C à Toronto en janvier), des étés frais au nord (environ 18 °C en juillet), chauds au sud (de 21 à 22 °C), mais avec des coups de chaleur extrêmes associés à un air saturé d’humidité ; les précipitations sont abondantes (de 700 à 1 000 mm), avec un maximum pluviométrique en été et de fortes chutes de neige au nord de Montréal. Les Prairies ont un climat continental excessif, caractérisé par l’aridité, surtout au sud-ouest (de 350 à 400 mm), des étés frais (de 17 à 19 °C) et surtout des hivers très rigoureux (moyenne de – 15 à – 20 °C, minimum moyen de – 22 à – 27 °C et minimum absolu, de caractère polaire, de – 49 à – 52 °C pour le mois le plus froid).

Le Canada tout entier a été recouvert par les inlandsis pléistocènes, sauf peut-être une partie du Yukon. Les traces des anciennes glaciations comprennent des formes de raclage, principalement sur le Bouclier, où se présentent de vastes espaces de roches nues, modelées en cuvettes lacustres et en bosses. Lors de la déglaciation se sont déposés des milliers d’« eskers », longs de dizaines ou de centaines de kilomètres, qui forment des remblais naturels dans un paysage de lacs et de tourbières (les routes les utilisent souvent). Les stationnements des glaciers sont marqués par des moraines, par exemple dans les Prairies et le sud du Bouclier ; ces moraines ont retenu des lacs temporaires, dont les alluvions fines ont fourni de bonnes terres de colonisation (Clay Belts de l’Abitibi et de l’Ontario, sud du Manitoba). Les montagnes de Colombie et du Labrador sont découpées de vallées glaciaires qui, jalonnées de lacs profonds et allongés, se terminent en fjords dans la mer. Des cirques échancrent les sommets isolés (Labrador, chaîne pacifique).

À la lisière des inlandsis en retraite, le sol, exposé au froid, a gelé en profondeur jusqu’à 100 ou 200 m en formant un pergélisol. Les matériaux meubles et perméables sont transformés en un ciment glacé. Il ne dégèle en été que sur une tranche de 20 à 50 cm ; dans les alluvions argileuses, le mollisol n’est qu’une mer de boue dans laquelle les véhicules s’enlisent. Tout le Canada, au nord d’une ligne Dawson - Grand Lac des Esclaves - Fort Severn - Povungnituk - Chimo - Hebron, repose sur le pergélisol et connaît le mollisol en été.

Vestiges des appareils quaternaires, des glaciers subsistent dans les Rocheuses (Glacier National Park) et dans les chaînes pacifiques de Colombie et du Yukon à la faveur de précipitations abondantes ; dans l’Arctique oriental, le froid rigoureux, plus que l’alimentation nivale, entretient des calottes sur les plateaux de Baffin et de l’île Devon, tandis que la plus grande partie d’Ellesmere est noyée sous un puissant complexe glaciaire.

Les cours d’eau, alimentés surtout par la fonte de la neige au printemps, avec l’appoint éventuel de la fonte glaciaire en été, des pluies d’été, de l’eau du mollisol, ont un régime nival de plaine en général, nivo-glaciaire pour ceux de Colombie et du Yukon, et un débit puissant. Le Saint-Laurent a un débit moyen de 6 500 m3/s (qui peut s’élever à plus de 9 000) dans la section des Mille-Iles ; le Niagara débite 5 000 m3/s ; le fleuve Columbia, à la frontière américaine, transporte 2 700 m3/s en moyenne, mais il peut en écouler 15 000 ; à la sortie du lac Saint-Jean, le Saguenay peut débiter 9 000 m3/s au printemps. Le Mackenzie, la Nelson, la Koksoak ont des débits du même ordre ou supérieurs. Tous ces cours d’eau subissent les effets de l’hiver canadien. L’embâcle frappe d’abord les plus petits et les plus au nord, dès la fin d’octobre dans le nord de l’Ungava, à la fin de novembre dans le sud du Bouclier. La débâcle présente les mêmes traits que celle des fleuves sibériens pour les tributaires de l’océan Arctique et de la baie d’Hudson : l’amont dégèle avant l’aval, ce qui provoque des inondations de grande ampleur ; la débâcle a lieu au début de mai au sud, de la mi-mai à la fin de mai dans la région subarctique, en juin dans l’extrême Nord.

Héritage de l’action glaciaire, les lacs sont innombrables. Eux aussi sont soumis au cycle annuel de la prise par les glaces : celles-ci peuvent ne pas disparaître au cours de l’été dans le nord du Subarctique. L’embâcle des eaux stagnantes se place en septembre dans l’extrême Nord, en octobre ou en novembre, selon la latitude, dans le Subarctique, aussi tard que janvier dans le sud-ouest de l’Ontario. Symétriquement, le dégel est définitif au début d’avril dans cette dernière région, à la fin de juillet à la frange de l’Arctique.

La plus grande partie du Canada est couverte par la forêt boréale, improprement appelée forêt à conifères, car ceux-ci ne sont pas exclusifs. À sa limite méridionale, les feuillus des pays tempérés sont encore nombreux. Dans sa partie principale, domaine de la forêt exploitée, quatre espèces dominent, l’épinette noire (Picea mariana), le sapin baumier (Abies balsamea), le tremble (Populus tremuloïdes) et le bouleau blanc (Betula papyrifera), auxquelles s’ajoutent divers pins dans les endroits secs et des mélèzes dans les lieux humides. La formation est encore dense, mais il s’agit souvent d’une forêt secondaire (après coupe ou incendie) d’arbres de petite taille. Vers le nord, la forêt boréale s’ouvre de plus en plus, puis ne se maintient que dans les vallées abritées ; des clairières naturelles de plus en plus grandes et bientôt tous les interfluves sont occupés par la toundra (on appelle toundra boisée ou parc hémiarctique cette zone de transition). La toundra proprement dite comprend surtout des lichens (cladonia, improprement appelée mousse à caribou), des mousses et, dans les sites abrités de sa partie sud, des arbres nains.

La forêt boréale et la toundra sont trouées d’innombrables tourbières à sphaignes et à carex, qui prennent souvent un aspect curieusement cordé ou réticulé, bien visible sur les photos aériennes ; ce sont des lacs glaciaires en voie de colmatage.