Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Cameroun (suite)

En 1914, un corps franco-britannique, sous la direction du général Dobell, fit rapidement la conquête de la région côtière, tandis que des forces anglaises et des forces franco-belges commandées par le général Aymerich convergeaient du Nigeria et de l’A.-E. F. vers le centre. Mais le gouverneur Ebermayer n’abandonna Yaoundé qu’en janvier 1916. En mars, le Cameroun fut partagé en deux zones, qui deviendront mandats de la S. D. N., les territoires cédés par la France en 1911 revenant toutefois à l’A.-E. F. Durant l’entre-deux-guerres, la lutte du Dr Jamot contre la maladie du sommeil, le développement du port de Douala et du réseau de pistes, les progrès de l’enseignement (plus de 100 000 scolarisés en 1939) illustrèrent le mandat français. Dans le mandat britannique, rattaché au Nigeria, les anciens propriétaires allemands se réinstallèrent en 1924 après avoir reçu le droit de racheter les plantations du mont Cameroun.


L’indépendance

En août 1940, le Cameroun rallia la France libre. Passé sous tutelle de l’O. N. U., il évolua non sans soubresauts vers l’indépendance. En 1955, l’U. P. C. (Union des populations camerounaises) entra dans la dissidence armée ; elle était dirigée par Félix Moumié et surtout par Ruben Um Nyobé, venu du syndicalisme (qui s’était organisé après la guerre dans le sud du Cameroun avec l’appui de la C. G. T.). En 1960, les maquis en Sanaga maritime (pays bassa) et dans le Bamiléké n’étaient pas tous réduits. Cependant, le mandat français se transforma en autonomie interne en janvier 1959, puis fit place à l’indépendance le 1er janvier 1960. Le problème de la réunification des deux parties de l’ancien Cameroun fut résolu en février 1961 par un référendum sous contrôle de l’O. N. U. : seule la zone sud du mandat britannique vota son rattachement à l’ancien Cameroun français. La zone nord du mandat britannique se rattacha au Nigeria en juin 1961.

La Constitution du 1er octobre 1961 créa un gouvernement fédéral à Yaoundé, deux gouvernements fédérés à Yaoundé et à Buea, et les assemblées correspondantes. Elle donnait au président de la république du Cameroun de larges pouvoirs. L’assemblée fédérale, élue aussi pour cinq ans au suffrage universel, était chargée de voter les lois. Depuis 1960, le président Ahmadou Ahidjo (né en 1924) dirige l’État camerounais. Il est aussi chef du parti unique issu du regroupement des partis des deux Camerouns moins l’U. P. C.

Le Cameroun a adopté le système d’économie libérale et s’efforce, avec succès, d’attirer les capitaux. Le problème de l’unité nationale a été réglé sur le plan institutionnel en 1972 : un référendum proclama en effet cette année-là la « République unie du Cameroun », qui remplaçait la fédération des deux Camerouns.

Le Cameroun assume un rôle de premier plan au sein de l’U. D. E. A. C. (Union douanière des États d’Afrique centrale). Il a accueilli à Yaoundé plusieurs organismes internationaux, dont l’O. C. A. M. (Organisation commune africaine et malgache), mais il s’est retiré de cette dernière organisation en juillet 1973 et semble prendre ses distances vis-à-vis de la francophonie.

Les religions

Le fond de la population est animiste dans une large proportion (de 40 à 45 p. 100). L’influence de l’islām est surtout importante au nord par héritage de l’empire du Bornou ou conquête foulbé (20 à 25 p. 100). Le christianisme s’est répandu à partir de la côte (catholicisme) ou du Nigeria (protestantisme) ; on compte environ 35 à 40 p. 100 de chrétiens.

Les langues

Les langues officielles sont le français et l’anglais depuis que la république est devenue fédérale, mais les langues vernaculaires sont très nombreuses (une centaine au moins). Les langues véhiculaires sont le peul et l’arabe au nord, le sango au sud.

L’art du Cameroun

L’art camerounais reflète la diversité du pays. La sculpture sur bois est représentée dans le sud par les statuettes, les masques et les reliquaires des groupes fangs ou les fameuses proues de pirogues douala. En pays bamoum, l’art du bois (masques, objets usuels) est complété par un art très vivant du bronze à la cire perdue. Jadis, des ateliers exécutaient les pièces pour le compte du souverain ; sous le règne de Njoya, des teintureries royales travaillaient des étoffes de coton locales afin de fournir la Cour en tentures brodées richement colorées. Les Bamilékés se sont illustrés, eux, par l’architecture de leurs grandes chefferies (Bandjoun), dont les bâtiments utilisaient d’admirables piliers sculptés avec verve et réalisme, et par un très bel art usuel (pipes en terre cuite, tabourets de chef en bois parfois recouverts de perles multicolores). Moins riche sur le plan artistique, le Cameroun du Nord est surtout une zone de productions artisanales du cuir et de poteries ; les calebasses coloriées foulbés à motifs géométriques incisés constituent cependant de belles manifestations d’un art usuel.

M. M.

M. M.

➙ Afrique noire / Bamilékés.

 H. R. Rudin, Germans in the Cameroons, 1884-1914 (Londres, 1938). / J. Bouchaud, la Côte du Cameroun dans l’histoire de la cartographie (I. F. A. N., 1952). / B. Lembezat, Kirdi, les populations païennes du Nord Cameroun (I. F. A. N., 1952). / M. Alexandre et J. Binet, le Groupe dit Pahouin (Fang-Béti-Boulou) [P. U. F., 1958]. / H. Sroecker (sous la dir. de), Kamerun unter deutscher Kolonialherrschaft (Berlin, 1960-1968 ; 2 vol.). / E. Mveng, Histoire du Cameroun (Présence africaine, 1963). / V. T. Le Vine, The Cameroons from Mandate to Independence (Berkeley, 1964 ; trad. fr. le Cameroun du mandat à l’indépendance, Éd. internationales, 1970 ; 2 vol.). / P. Billard, le Cameroun fédéral (Libr. Nambotin, Lyon, 1968 ; nouv. éd., 1971). / J. Imbert, le Cameroun (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1973).

camisards

Calvinistes cévenols qui, au début du xviie s., luttèrent contre les armées et l’administration de Louis XIV.