Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Caire (Le) (suite)

Les nécropoles s’étendent au-delà des anciens murs de fortifications au pied du Muqaṭṭam. La plus importante, celle de Qā’itbāy, dite aussi, à tort, « tombeau des califes », regroupe les sépultures des Mamelouks circassiens. La mosquée Madfān Qā’it bāy date de la fin du xve s. (1472) ; c’est un chef-d’œuvre de l’art arabe d’Égypte tant par son architecture générale (avec l’atrophie des īwāns latéraux au profit des deux autres) que par sa décoration ou la hardiesse de son minaret. La mosquée-couvent al-Barqūqiyya, plus importante en taille, est plus ancienne (1398-1405). Elle possède un magnifique minbar en pierre, don du sultan Qā’it bāy. Au sud de la citadelle, la nécropole des Mamelouks présente au contraire un désordre de tombeaux à demi ruinés.

J. C.

J. C.

 M. Clerget, Le Caire. Étude de géographie urbaine et d’histoire économique (Schindler, Le Caire, 1937 ; 2 vol.). / M. Schemeil, Le Caire, sa vie, son histoire, son peuple (Le Caire, 1949). / G. Wiet, les Mosquées du Caire (Hachette, 1966).

Calabre

En ital. Calabria, région méridionale de l’Italie péninsulaire.


Se projetant vers la Sicile, la péninsule de la Calabre, allongée sur 250 km, d’une largeur maximale inférieure à 100 km, bordée par 780 km de côtes, est formée des trois provinces de Catanzaro, de Cosenza et de Reggio di Calabria (15 080 km2 ; 2 009 000 hab.). Comme la Basilicate toute proche, la Calabre est une terre pauvre. Les indices de sous-développement abondent : revenu par habitant inférieur de moitié à la moyenne nationale, analphabétisme encore répandu, mortalité infantile élevée. Région isolée, servant au mieux de zone de transit, la Calabre est divisée en petites unités sans connaître l’influence active d’une solide capitale régionale. Toutefois, des progrès se manifestent. Par la réforme foncière (1950), l’appel à l’industrie et l’équipement routier (prolongement de l’autoroute du Soleil jusqu’à Reggio), elle profite d’un dynamisme tout nouveau.

Les conditions naturelles ne sont pas favorables. Les plaines n’occupent que 9 p. 100 de la superficie (longtemps insalubres, elles sont traversées par les torrents irréguliers venus des montagnes, aux lits encombrés de pierrailles, les « fiumare »). Collines et montagnes occupent respectivement 47 et 44 p. 100 de la surface. Retombant plus brutalement sur la côte tyrrhénienne que sur la côte ionienne, secouées de mouvements sismiques, violemment érodées à cause des déboisements multiséculaires (avec de nombreux glissements de terrains, les « frane »), elles constituent l’armature générale du relief. On distingue plusieurs éléments. Au nord s’avance le dernier massif calcaire du Mezzogiorno, le Pollino (2 271 m). La vallée du Crati le sépare des massifs cristallins et cristallophylliens que sont la Sila (1 928 m), flanquée à l’ouest de la Chaîne côtière (1 541 m).

Au sud de la vallée de l’Amato (ou Lamato) s’étendent les massifs des Serres et de l’Aspromonte (1 956 m).

Le climat combine les influences de la latitude, de l’environnement maritime et du relief : d’où des contrastes très vifs, sous une facture générale méditerranéenne, avec des oppositions thermiques entre le littoral et l’intérieur, des précipitations plus abondantes sur les reliefs occidentaux (plus de 850 mm, allant jusqu’à plus de 2 000 mm) que sur le versant est (moins de 600 mm). Ce climat retentit sur la végétation, qui est étagée avec un large développement de la forêt, et sur le réseau hydrographique dont les nombreux et médiocres bassins sont marqués par un régime irrégulier.

Mais la misère calabraise s’explique aussi par l’histoire, car cette région fut riche au temps de la colonisation grecque (Sybaris, Crotone). Si la domination successive des Romains, des Byzantins, des Arabes, des Normands et des Angevins a apporté des éléments originaux à la Calabre, le régime conservateur de l’Espagne a mis en place une société figée, que l’intermède révolutionnaire français ne put détruire, pas plus que les gouvernements de l’Italie unitaire. La Calabre s’est repliée sur elle-même. On y trouve des particularités comme la persistance de communautés orthodoxes (les « Albanais ») ou protestantes (descendants de Vaudois). Le régime du « latifondo », grande propriété nobiliaire ou bourgeoise, a écrasé une plèbe paysanne nombreuse, sous-alimentée, souvent affaiblie par la malaria et qui, devant la poussée démographique constante, n’a eu qu’une solution, l’émigration. La Calabre vit en partie des transferts des émigrés.

L’économie est encore essentiellement agricole. L’agriculture, qui était caractérisée par les cultures extensives, le sous-emploi, le morcellement de la petite propriété face à de grands domaines, prend un visage nouveau depuis la réforme agraire, bien que sa productivité soit toujours inférieure à la moyenne nationale. Les céréales sont très répandues, mais en déclin. La vigne a une importance locale, les olivaies sont assez mal soignées, l’élevage est en pleine crise de réorganisation, les ovins reculent. En revanche, la culture des agrumes est en rapide essor. Outre la production d’oranges et de citrons, la région fournit des cédrats et surtout des bergamotes, pour lesquelles elle a un monopole mondial.

Il faut encore citer d’autres cultures fruitières (figues, amandes), des cultures maraîchères (tomates) et la production florale (notamment le jasmin). Enfin, la forêt conserve une grande importance.

En regard de l’agriculture, l’industrie fait piètre figure (1,3 p. 100 des emplois industriels nationaux). À part l’énergie hydroélectrique de la Sila, les facteurs d’industrialisation sont rares.

Les anciennes industries (textiles surtout) ont été ruinées au moment de l’unité italienne. Les seules initiatives locales sont limitées aux branches alimentaires et aux matériaux de construction. Les industriels du Nord ont implanté des usines nouvelles (textile sur la côte ouest, électrométallurgie et chimie à Crotone, pétrochimie à Sybaris). Le développement des transports facilite ces opérations en même temps qu’il ouvre la Calabre au tourisme.