Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

byzantin (Empire) (suite)

La paix avec les puissances occidentales est remise en question avec l’avènement du pape Martin IV (1281), qui appuie ouvertement les plans de conquête du roi de Sicile. La menaçante coalition occidentale est réactivée, mais le danger est brusquement dissipé. Michel VIII exploite le mécontentement de la population sicilienne et s’abouche avec le roi Pierre III d’Aragon : la révolte à Palerme, le 30 mars 1282, et la domination angevine en Sicile sont étouffées dans le sang des « Vêpres siciliennes ». Quand Michel VIII meurt en décembre de la même année, la menace occidentale avait disparu.


Les successeurs de Michel Paléologue

• Les empereurs. Andronic II Paléologue (1282-1328), souverain cultivé et capable, est dépassé par les événements : le trône lui est disputé par son petit-fils Andronic III, qui s’empare de la capitale en 1328 et règne jusqu’en 1341. Il laisse le trône à son fils, Jean V Paléologue, un enfant de neuf ans, dont le règne sera le plus long (1341-1391), mais aussi le plus tragique de toute l’histoire byzantine. Au terme d’une longue guerre civile (1341-1347), le général Jean Cantacuzène évince l’impératrice régente Anne de Savoie et règne de 1347 à 1354. Contre les Turcs, Jean V sollicite le secours de la papauté et des royaumes d’Occident : il fait le voyage de Hongrie en 1366 et de Rome en 1369, où il adopte le catholicisme ; à Venise, il est retenu comme débiteur insolvable (1370-1371). Il termine sa vie abreuvée d’épreuves en 1391. Son fils Manuel lui succède (1391-1425). Constantinople est assiégée par Bayezid de 1394 à 1402, et l’empereur se rend à Venise, Paris et Londres (1399-1402) quérir du secours, mais n’obtient que de vagues promesses. Son fils Jean VIII Paléologue (1425-1448), pressé par les Turcs, entreprend de nouvelles négociations en vue de l’union des Églises, condition préalable d’un secours occidental. Elle est scellée au concile de Florence en 1439, mais elle est passionnément rejetée par le peuple byzantin. Son frère Constantin lui succède comme empereur en 1449 : il succombe les armes à la main au moment de la prise de Constantinople par les Osmanlis, en 1453.

• Les causes de la décadence. L’affaiblissement spectaculaire de l’Empire aux xive et xve s. ne s’explique pas uniquement par les conflits armés à l’intérieur et à l’extérieur ; des vices graves minent également le corps de l’État. La grande propriété civile et ecclésiastique ne cesse de croître et se soustrait de plus en plus à l’autorité centrale. Le fossé entre riches et pauvres ne cesse de s’approfondir, source de graves déséquilibres sociaux. L’armée est composée presque exclusivement de mercenaires étrangers, et les effectifs sont extrêmement réduits. Byzance renonce à l’entretien, à vrai dire onéreux, d’une puissante flotte de guerre et se repose sur la puissance maritime de ses alliés génois. La monnaie byzantine subit plusieurs dévaluations qui entraînent des hausses de prix et la chute de son crédit international traditionnel. Le budget de l’État a fondu, et une partie des finances publiques sert à acheter des concours ou une paix qu’on ne peut assurer par les armes.

• La guerre civile. Une brouille entre Andronic II et son petit-fils Andronic III éclate en 1318 : des sbires à la solde du jeune prince tuent par méprise son frère Manuel, et ce meurtre provoque la colère du vieil empereur, qui prive son petit-fils de ses droits au trône. En 1321, ce dernier rejoint ses nombreux partisans, en tête desquels se trouve Jean Cantacuzène, rassemblés à Andrinople, et marche sur la capitale. L’empereur capitule et se résigne à un partage du territoire impérial. Une guerre ouverte éclate, et chacun des partis fait appel aux étrangers, Serbes et Bulgares. Andronic III enlève Constantinople et détrône son grand-père en 1328.

La mort d’Andronic III en 1341 déclenche une seconde guerre civile, plus désastreuse que la précédente. Son épouse Anne de Savoie devait exercer la régence au nom de Jean V Paléologue, un enfant de neuf ans, mais Jean Cantacuzène, l’ami intime du défunt, agit d’autorité en tuteur du jeune basileus. Deux partis se créent qui se livrent une lutte féroce durant six ans, dont profitent surtout Serbes, Bulgares et Turcs. Cantacuzène se fait proclamer empereur en Thrace en 1341. Une grave crise sociale (massacre des aristocrates en Thrace et à Thessalonique) et une querelle religieuse passionnée (hésychasme) approfondissent davantage le fossé entre les clans ennemis. Contre le pouvoir central, Cantacuzène sollicite le concours du prince serbe Étienne IX Uroš IV Dušan, mais leur alliance est éphémère ; l’usurpateur fait alors appel à l’émir Umur beg, puis au sultan osmanli Orhan, à qui il accorde la main de sa fille Théodora (1345). Appuyé par des contingents turcs, il prend rapidement l’avantage et s’empare de Constantinople en 1347. La guerre civile se rallume entre les deux empereurs Jean V Paléologue et Jean Cantacuzène, le premier aidé par les Serbes, le second par les Turcs. En 1354, Cantacuzène est contraint d’abdiquer et se fait moine.

Jean V Paléologue, retenu à Venise en 1370-1371, n’est pas soutenu par son fils Andronic IV, qui exerce la régence à Constantinople ; ce dernier se rebelle contre son père en 1373, et le détrône à l’instigation des Génois en 1376. Jean V récupère le pouvoir en 1379 avec l’agrément du Sultan. Andronic IV se révolte encore en 1385 ; il est imité par son fils Jean VII, qui s’empare du trône impérial en 1390, poussé par le sultan Bayezid. Il en est dépouillé par Manuel II Paléologue, dont le règne (1391-1425) clôt l’ère des guerres civiles.

• Les Serbes. Les États grecs séparatistes d’Épire et de Thessalie s’épuisent dans des luttes continuelles, et la seule rivale sérieuse de Byzance dans les Balkans est la Serbie. Le kral Étienne VI Uroš II Milutin s’empare en 1282 de Skopje et lance des attaques répétées en direction de la Macédoine ; marié en 1299 à une petite-fille d’Andronic II, il reçoit en dot toute la région située au nord d’Ohrid. En 1330, les Serbes écrasent les Bulgares alliés de Byzance à Kjustendil. Le kral Étienne IX Uroš IV Dušan (1331-1355) profite de la décomposition de l’État byzantin pour arrondir ses domaines ; il enlève les principales places fortes de la Macédoine et s’avance jusqu’à Thessalonique (1334). La guerre civile qui désole l’Empire byzantin (1341-1347) favorise ses desseins expansionnistes. Les provinces d’Épire et de Thessalie récupérées par Jean Cantacuzène tombent en son pouvoir, et son royaume s’étend du Danube au golfe de Corinthe et de la mer Adriatique au Struma et à l’Égée. En 1346, il se fait couronner à Skopje et prend le titre d’empereur des Serbes et des Grecs. Mais après sa mort en 1355, son empire s’écroule et s’émiette en principautés indépendantes. Le prince Lazare Hrebeljanović tente avec le souverain de Bosnie d’enrayer la progression des Turcs, mais leurs armées sont écrasées à Kosovo (1389).