Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

byzantin (Empire) (suite)

Libre à l’ouest, Jean Comnène entreprend en Anatolie toute une série de campagnes contre les émirats d’Iconium et de Mélitène. En 1137, il prend la tête d’une puissante expédition et se dirige vers la Syrie franque. La Cilicie - Petite Arménie est matée au passage et incorporée à l’Empire, et le siège d’Antioche commence au mois d’août : la ville se reconnaît vassale de Byzance. L’année suivante, les barons francs l’accompagnent dans une campagne contre les musulmans de la Syrie méridionale, et l’empereur fait une entrée solennelle à Antioche (1138). Mais les relations entre Grecs et Latins se gâtent très vite et, en 1142, Jean Comnène met sur pied une nouvelle expédition dont le but ultime semble avoir été la conquête de la Palestine. Mais il meurt près de Mopsueste en avril 1143, blessé au cours d’une partie de chasse par une flèche empoisonnée.


Manuel Comnène

Le pouvoir échoit au fils benjamin du défunt, Manuel (1143-1180). À l’encontre de son père, souverain austère, Manuel ne dédaigne pas les joies de l’existence ; il introduit à sa cour les mœurs occidentales, s’entoure de conseillers latins et épouse deux princesses franques, en 1146 Berthe de Sulzbach, belle-sœur de l’empereur d’Allemagne, et, en 1161, Marie d’Antioche.

• La croisade. Dès qu’il s’est assuré du pouvoir que lui disputent quelques compétiteurs, Manuel reprend le projet avorté de son père : réprimer les incursions du sultan d’Iconium et rétablir la souveraineté byzantine sur la principauté franque d’Antioche. Il en est momentanément détourné par la deuxième croisade. À l’appel enflammé de Bernard de Clairvaux, le roi de France Louis VII et l’empereur d’Allemagne Conrad III se croisent et leurs armées traversent le territoire impérial en 1147. Ils échouent piteusement : les troupes allemandes sont décimées par les Turcs en Asie Mineure, et le roi de France abandonne les siennes honteusement à Satalia (Antalya).

• Les Normands. Le seul résultat de cette entreprise est de laisser leur liberté d’action aux Normands de Sicile. Le roi Roger II lance une attaque en profondeur contre l’Empire byzantin : il enlève Corfou et fait un raid audacieux jusqu’à Corinthe et Thèbes ; il ramène à Palerme les ouvriers de la soie qu’il y a fait prisonniers (1147). Pour se prémunir contre la coalition mise sur pied par Manuel, où entraient Venise et l’Allemagne, Roger II entretient l’agitation des Serbes et des Hongrois contre l’Empire et s’allie à la France et à la papauté. Manuel perd un appui précieux : le successeur de Conrad III, Frédéric Barberousse, s’oppose aux prétentions de Byzance sur l’Italie, qu’il convoite pour son propre compte. Profitant de la mort de Roger II (1154), Manuel entreprend la conquête de l’Italie méridionale. Les débuts sont prometteurs : en 1155, tout le pays, d’Ancône à Tarente, est occupé par ses généraux. Mais la résistance s’organise ; Byzance, abandonnée par Venise et l’Allemagne, est bientôt acculée à la défensive. Le roi de Sicile, Guillaume Ier, inflige une série de défaites aux armées grecques, et contraint Manuel à signer un traité de paix en 1158.

• L’Orient. Ces revers sont compensés par des succès en Asie Mineure. La Cilicie - Petite Arménie est réincorporée à l’Empire en 1158. À Mopsueste, Renaud de Châtillon, prince d’Antioche (1153-1160), vient s’humilier lamentablement au pied du basileus et s’engage à honorer les dures conditions que lui dicte son suzerain. En 1159, Manuel fait son entrée solennelle à Antioche : l’objectif poursuivi sans interruption durant un demi-siècle était enfin réalisé.

Les campagnes des années suivantes sont dirigées contre le sultan d’Iconium ; ce dernier consent à traiter en 1161 et fait un séjour de trois mois à Byzance. La paix recouvrée en Asie Mineure autorise Manuel à intervenir militairement en Hongrie et en Serbie. Mais le sultan rompt bientôt ses engagements. En 1176, Manuel met sur pied une puissante expédition contre Iconium, mais son armée est anéantie dans les défilés de Myrioképhalon, en Phrygie, le 17 septembre, et peu s’en faut que l’empereur lui-même ne soit fait prisonnier.

• Bilan. Cet échec cuisant mit le point final à une politique dont les visées ambitieuses dépassaient de loin les moyens militaires et financiers de l’Empire : les Byzantins étaient définitivement chassés de l’Italie, et le désastre de Myrioképhalon, en restaurant la puissance des Turcs en Asie Mineure, rendit illusoire la coûteuse reconquête d’Antioche.


L’effondrement

La glorieuse dynastie des Comnènes finit comme tant d’autres dans l’anarchie. Le jeune Alexis II Comnène n’ayant que douze ans, sa mère Marie d’Antioche assume la régence ; son gouvernement maladroit mécontente toutes les couches de la société. En 1182, la haine des Grecs contre les Occidentaux se soulage dans un grand massacre de marchands latins de la capitale. La population remet le pouvoir à Andronic Comnène (1182-1185).

Cet aventurier ambitieux, qui ne manquait pas de qualités d’homme d’État, se débarrasse promptement de ses rivaux : l’impératrice Marie est étranglée dans son cachot et le jeune basileus dans son lit en 1183, et le souverain sexagénaire épouse la veuve de sa victime, Agnès de France, âgée de douze ans. Sa politique intérieure marque une réaction violente contre tous les abus dont souffrait l’État. Les membres de l’aristocratie sont impitoyablement exécutés, incarcérés ou bannis ; la vénalité des charges est abolie ; les extorsions des fonctionnaires du fisc et de la justice sont sévèrement réprimées. Mais le régime d’épouvanté qu’Andronic fait peser sur l’Empire lui aliène rapidement les esprits, et la même foule qui l’avait acclamé comme le sauveur de l’Empire en 1182 le dépèce littéralement le 12 septembre 1185.


Les Anges

On donne pour successeur à Andronic Comnène un membre de la noblesse, Isaac Ange (1185-1195), devenu brusquement célèbre pour avoir sabré le ministre de la police du tyran. Sous son règne, tous les vices qui gangrenaient l’État reprennent de plus belle, et l’affaiblissement de l’autorité centrale s’accentue. Les Normands qui avaient occupé Thessalonique et les provinces occidentales en 1185 sont refoulés, mais les Bulgares se révoltent et créent en 1186 un nouveau royaume indépendant, dont Byzance est obligée de s’accommoder. En 1189-90, les croisés allemands de Frédéric Barberousse traversent le territoire impérial, qu’ils traitent en pays conquis. Durant les dernières années de son règne, Isaac Ange tente d’imposer son autorité aux Serbes et aux Bulgares, mais sans résultat.