Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

byzantin (Empire) (suite)

Son successeur Michel VI (1056-1057), champion du parti civil, se heurte au parti des militaires. Il est détrôné par le général Isaac Comnène (1057-1059), qui tente d’établir un régime militaire solide et de remédier aux abus des gouvernements précédents. Il échoue, et le parti civil le remplace par Constantin X Doukas (1059-1067) : l’armée est négligée, les fonctionnaires sont comblés de faveurs, le territoire impérial est envahi impunément par les Oghouz à l’ouest (1064) et les Seldjoukides à l’est. L’empereur Romain IV Diogène (1068-1071) essaie d’enrayer le déferlement turc en Asie Mineure, mais son armée est écrasée à Mantzikert en août 1071, et lui-même est fait prisonnier. Sous l’incapable Michel VII Doukas (1071-1078), les Seldjoukides envahissent l’Asie Mineure, les Normands l’Italie byzantine, la confusion s’étend dans les Balkans, et la crise économique ébranle l’État. Ces maux conjugués excitent les ambitions des militaires. Dans la course au pouvoir, Nicéphore III Botanéiatès (1078-1081) devance ses compétiteurs, mais des concurrents convoitent toujours le trône : le plus heureux sera aussi le plus capable, Alexis Comnène.


Le siècle des Comnènes

Après avoir éliminé pour le compte de Botanéiatès deux prétendants au trône, Nicéphore Bryenne et Basilakès, le jeune général Alexis* Comnène usurpe le pouvoir le 1er avril 1081. La dynastie des Comnènes régnera un siècle (1081-1185).


Alexis Ier Comnène

Le premier soin du nouveau souverain est de sauver l’Empire, assailli sur tous ses flancs. Palliant par une astucieuse diplomatie l’insuffisance de ses moyens militaires, il réussit à tirer Byzance de ce mauvais pas et à lui rendre son rang de grande puissance.

• Les Barbares. Les Seldjoukides submergent en une décennie (1071-1081) toute l’Asie Mineure et s’installent même à Nicée. Incapable de les repousser par les armes, Alexis signe un traité de paix avec le sultan Sulaymān ibn Kutulmich en 1081, avec d’autant plus de hâte qu’il lui faut parer à l’ouest à un danger plus pressant. Les Normands de Robert Guiscard débarquent à Durazzo la même année et occupent rapidement l’Épire, la Macédoine et la Thessalie. Manquant de troupes, le basileus enrôle des mercenaires turcs et occidentaux, confisque des trésors d’églises et sollicite l’appui de la flotte vénitienne (1082). Une lutte incessante de quatre ans, où il a souvent le dessous, lui permet au prix fort de bouter l’envahisseur hors du territoire impérial (1085).

Cette guerre à peine finie, les Petchenègues franchissent le Danube et ravagent annuellement durant cinq ans la partie orientale de la péninsule balkanique. En février-mars 1091, ils assiègent même la capitale, mais l’armée impériale aidée des Coumans les écrase en avril. Byzance en sera débarrassée pour trente ans. Le répit des années suivantes est mis à profit pour abattre le turbulent émir de Smyrne, Tzakhas, réduire l’agitation des Slaves occidentaux et stopper une incursion des Coumans en 1095.

• La croisade. L’Empire encore convalescent voit surgir en 1096 les bandes des premiers croisés, d’abord les troupes faméliques de Pierre l’Ermite et de Gautier Sans Avoir, qui seront exterminées par les Turcs près de Nicée, puis les armées des barons francs. Répudiant leur engagement de céder aux Byzantins les villes qu’ils prendraient en Asie, les chefs croisés y fondent chacun pour son compte de petites principautés féodales dont l’existence est parfois éphémère. L’avantage immédiat qu’en retire Byzance est de voir affaiblie pour un temps la pression des Turcs.

Bohémond Ier, qui avait hérité de son père Robert Guiscard l’ambition de ceindre la couronne des basileis, entreprend une croisade personnelle contre la schismatique Byzance. Il débarque en Épire à la fin de 1107, mais Alexis, qui avait pris ses précautions, ne lui laisse pas la liberté de développer son offensive et le contraint à traiter.

• La politique intérieure. Le sauvetage de l’Empire s’accompagne d’une rénovation de l’État. La hiérarchie nobiliaire est profondément modifiée, et l’administration, tant centrale que provinciale, réorganisée. La grave crise financière que lui avaient léguée ses prédécesseurs oblige l’empereur à une forte dévaluation monétaire, dont le fisc saura tirer le meilleur parti. Le poids de la fiscalité, conséquence de guerres incessantes, d’une diplomatie onéreuse et du mercenariat, augmente encore avec la généralisation de la ferme de l’impôt, que des percepteurs sans vergogne utilisent pour se bâtir de scandaleuses fortunes. La grande propriété laïque et ecclésiastique ne cesse de croître en étendue et en puissance. Les postes les plus en vue sont en général réservés à des membres de la famille impériale. Le commerce byzantin est fortement concurrencé par les Vénitiens, qui, depuis 1082, jouissent dans l’Empire de privilèges commerciaux exorbitants : c’est le prix dont ils ont fait payer leur appui maritime en 1082 et la base du puissant empire économique qu’ils commencent d’édifier en Orient.


Jean Comnène

À la mort de son père, l’héritier légitime s’empare prestement du trône, que convoitait sa sœur aînée, Anne. Jean II Comnène (1118-1143), dont aucun historien n’a raconté les fastes par le menu, passe la plus grande partie de son règne dans les camps. Sa politique est rigoureusement calquée sur celle de son père : assurer la tranquillité dans les Balkans, chasser les Turcs de l’Anatolie et imposer la souveraineté byzantine aux barons de Cilicie et de Syrie.

Il inaugure son règne en mettant fin à la prépondérance commerciale de Venise, mais il doit vite en rabattre et renouveler sous la contrainte, en 1126, le traité de 1082. La sécurité des provinces européennes, de nouveau troublée, est rétablie avec promptitude et énergie : les Petchenègues sont définitivement battus en 1122, les Serbes amenés à résipiscence et les Hongrois vaincus en 1128-1129.