Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

byzantin (Empire) (suite)

Les successeurs d’Héraclius

La mort d’Héraclius, le 11 février 641, est suivie d’un grave conflit dynastique. Le sénat et l’armée y mettent un terme en élisant empereur son petit-fils Constant II Héraclius (641-668). Ce dernier laisse le pouvoir à son fils Constantin IV, âgé de quatorze ans (668-685). Mort prématurément, Constantin lègue l’Empire à son fils Justinien II, qui règne à deux reprises, de 685 à 695 et de 705 à 711.

• Les Arabes. Constant II tente un coup de main contre l’Égypte, mais son expédition de 646 tourne court : cette province est définitivement perdue. Les Arabes continuent leur progression le long du littoral africain, en Arménie et en Asie Mineure jusqu’en Phrygie. Ils occupent Chypre, saccagent Rhodes et d’autres îles de la mer Égée qui contrôlent la route maritime de Constantinople. Un conflit entre les califes, qui dégénère en guerre civile, vaut à Byzance quelques années de répit, et un traité de paix est signé en 659. Mais la guerre reprend en 663, et l’Asie Mineure est ravagée presque chaque année.

Quand ils se sont assuré la quasi-maîtrise de l’Égée, les Arabes décident de porter un coup décisif au cœur même de l’État byzantin. Ils prennent Cyzique comme base d’opérations et, de 674 à 678, assiègent Constantinople presque sans interruption, mais toutes leurs tentatives contre la plus puissante forteresse du temps échouent ; leur flotte, déjà éprouvée par le feu grégeois, est décimée par une violente tempête au large de la Pamphylie, et l’intervention d’une escadre byzantine achève de l’anéantir. Pour la première fois, l’élan arabe s’était brisé sur les murailles de Constantinople : le verrou de l’Europe avait résisté.

Des difficultés intérieures empêcheront les Arabes de renouveler leur tentative durant un demi-siècle. Ils n’en restaient pas moins une constante menace sur d’autres fronts : en 692, ils écrasent les armées grecques en Arménie, et la partie byzantine de ce territoire passe sous suzeraineté arabe. Sous Justinien II, ils font des incursions fréquentes en Cappadoce et en Cilicie ; enfin, de 693 à 698, l’Afrique byzantine tout entière passe sous leur contrôle.

• Les Slaves. Constant II organise une campagne contre les Slaves de Macédoine en 658 et parvient à leur faire reconnaître la souveraineté byzantine ; un contingent en est transféré en Asie Mineure. Justinien II entreprend une expédition similaire en 688-89 et pousse jusqu’à Thessalonique ; une partie des tribus soumises est déportée dans la province de Bithynie dans le dessein de repeupler et de renforcer militairement ces contrées gravement éprouvées durant le siège arabe de 674-678 ; elles y seront bientôt rejointes par des populations amenées de Chypre.

L’équilibre politique de la péninsule balkanique est perturbé par l’irruption des Protobulgares, peuplade turque installée depuis 670 ans dans le delta du Danube. Sortis victorieux de leur première guerre contre les Byzantins en 680, ils franchissent le fleuve sous le commandement d’Asparuh et se soumettent les tribus slaves loties entre le Danube et la chaîne des Balkans. Ils y fondent le premier royaume bulgare, dont l’indépendance est bientôt reconnue par Byzance, qui achète la paix en leur consentant un fort tribut annuel. Le Bulgare Terbel ayant aidé Justinien II à reconquérir son trône (705), celui-ci lui abandonne imprudemment la plus grande partie de la Roumélie orientale.

• La politique religieuse. Les dissensions religieuses battent leur plein. L’Occident fait figure de bastion de l’orthodoxie contre le pouvoir central, en quête perpétuelle d’une politique de conciliation capable de satisfaire orthodoxes et monothélites intransigeants. Constant II croit mettre fin aux querelles en interdisant toute discussion sur les points litigieux, mais le pape passe outre. L’empereur ordonne à l’exarque de Ravenne de l’arrêter : le pape Martin est traîné à Constantinople, jugé et exilé à Khersôn, où il meurt en 655. Un autre opposant de marque, Maxime, est à son tour brutalisé et banni en Lazique († 662). Constantin IV, conscient que le soutien du monothélisme est plus nuisible qu’utile à l’État, répudie la politique religieuse de son père : au concile de Constantinople de 680-681, convoqué par ses soins, le monothélisme est condamné et ses champions sont anathématisés. Un second concile réuni par Justinien II en 691-692 s’emploie à compléter sur le plan juridique les décisions dogmatiques des deux précédents conciles, d’où son nom de Quinisexte : 102 ordonnances ou canons ont pour objet d’améliorer les mœurs du clergé et du peuple. Mais le pape rejette les décisions conciliaires : Justinien II, furieux, entend lui réserver le sort de Martin, mais c’est lui-même qui, détrôné et mutilé (son nez fut coupé), est expédié à Chersonèsos.

La chute de Justinien II, en 695, inaugure une longue période de troubles. Au désordre intérieur s’ajoutent de nouvelles amputations territoriales : Carthage tombe en 698 aux mains des Arabes, qui atteignent le détroit de Gibraltar en 711. Après les courts règnes des usurpateurs Léontios (695-698) et Tibère (698-705), Justinien II reprend le pouvoir, mais ne l’emploie qu’à assouvir sa soif de vengeance dans la capitale, à Ravenne et à Chersonèsos.


Les empereurs iconoclastes

Après l’assassinat de Justinien II en 711, trois empereurs, Philippikos Bardanes (711-713), Anastase (713-715) et Théodose III (715-717), ne font que passer sur le trône.


Les empereurs

En 717, le pouvoir est usurpé par un général originaire de la Syrie du Nord, Léon III (717-741). Lui et ses deux successeurs, Constantin V (741-775) et Léon IV (775-780), représentent ce qu’on appelle, d’ailleurs improprement, la dynastie isaurienne. La femme de Léon IV, Irène, assume la régence durant la minorité de son fils Constantin VI : quand il atteint sa majorité, elle le fait déposer et règne encore seule de 797 à 802. Elle est à son tour détrônée par un fonctionnaire civil, Nicéphore (802-811), qui trouve la mort dans un combat contre les Bulgares. Son fils Staurakios abdique aussitôt en faveur de Michel Ier Rangabé (811-813), qui laisse lui-même le trône à Léon V l’Arménien (813-820). Son successeur, Michel II (820-829), fonde la dynastie dite « amorienne », représentée après lui par Théophile (829-842) et Michel III dit l’Ivrogne (842-867).