Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bulgarie (suite)

Le 1er mars 1941, à Vienne, le roi Boris et son gouvernement, présidé par Bogdan Filov (1883-1945), signèrent avec l’Allemagne hitlérienne un accord faisant adhérer la Bulgarie au pacte tripartite. Le jour même, une armée allemande de plus d’un demi-million d’hommes envahit la Roumanie et la Bulgarie. À partir de la Bulgarie, les armées de Hitler attaquèrent la Yougoslavie et la Grèce.

Bien que l’entrée des troupes allemandes résultât d’un « accord », le pays avait perdu en fait son indépendance. Dans le même temps, le roi Boris avait déclaré la guerre à l’Angleterre et aux États-Unis.


La république socialiste

Au mois de juin 1941, au moment où 1 Allemagne hitlérienne entrait en guerre contre l’U. R. S. S., le parti communiste bulgare prit la direction de la résistance armée dans le pays. Pendant plus de trois ans, les partisans bulgares luttèrent contre les envahisseurs hitlériens et les dirigeants bulgares.

En 1942-43 fut fondée, sur la base d’un programme élaboré par Georgi Dimitrov, une union des partis de gauche, portant le nom de « Front de la patrie ».

Après la mort du roi Boris (28 août 1943) fut formée une régence présidée par son frère le prince Cyrille (1895-1945). L’insurrection populaire du 9 septembre 1944 renversa le pouvoir politique à la faveur de la puissante offensive de l’armée soviétique dans les Balkans. Kimon Georgiev (1882-1969) fut chargé de former le nouveau gouvernement du Front de la patrie. Le pays se transforma en démocratie populaire à caractère socialiste.

La Bulgarie entra en guerre contre l’Allemagne hitlérienne et combattit en 1944-45, avec les armées yougoslave et soviétique, pour la libération de la Macédoine, de la Serbie de l’Est et de la Hongrie. Les victoires remportées par l’armée populaire bulgare créèrent des conditions plus favorables pour le pays lors de la conclusion de l’armistice (Moscou, 1944) et de la paix (Paris, 1947). Aux termes de cette dernière, la Bulgarie conservait son intégrité territoriale (110 900 km2) et son indépendance politique. Après le succès remporté par le Front de la patrie aux élections pour la Grande Assemblée nationale du 27 octobre 1946, le nouveau gouvernement fut formé par Georgi Dimitrov.

Le référendum du 8 septembre 1946 abolit l’institution monarchique, et le gouvernement procéda bientôt à la nationalisation de l’industrie, des banques, des mines, etc. La Constitution du 4 décembre 1947, amendée en 1961, institua une Chambre unique (Narodno Sobranié), élue pour quatre ans et qui nomme le Praesidium, responsable devant elle ; celui-ci partage le pouvoir exécutif avec le gouvernement. À partir de 1948, le Front de la patrie obtiendra la presque totalité des suffrages.

L’Union soviétique prêta à la Bulgarie une aide efficace sur le plan économique. D’une très grande importance fut le Ve Congrès du parti communiste bulgare (1948), au cours duquel fut adopté le plan général de l’édification du socialisme sur la base de l’industrialisation et de la collectivisation de l’économie nationale. La Bulgarie a conclu avec l’Union soviétique et plusieurs autres pays socialistes des accords d’amitié et d’entraide, et elle est entrée dans le système du pacte de Varsovie.

Après la mort de Dimitrov (1949), les destinées du pays ont été dans les mains de Vasil Kolarov (1949-50) et de Vălko Červenkov (1950-1956), puis d’Anton Jugov (1956-1962). Todor Živkov, après le VIIIe Congrès (1958), impose sa marque à la politique bulgare. Entre 1962 et 1971, il cumule la direction du parti et celle du gouvernement. En 1971, une nouvelle Constitution remplace le Praesidium par un Conseil d’État. En juillet, Todor Živkov est nommé chef de l’État et Stanko Todorov le remplace à la présidence du Conseil.

D. A., I. O., I. M. et P. P.


L’économie


La croissance économique

La Bulgarie comptait avant 1939 parmi les États les plus arriérés des Balkans. Cependant, des traditions d’artisanat, de formation de coopératives agricoles, l’exploitation de quelques ressources minières ont permis dès 1945 de « démarrer » sur une base assez solide.

La Bulgarie ne connaît pas de problèmes démographiques graves. Sa croissance naturelle n’est pas excessive ; plusieurs centaines de milliers de Turcs et quelques milliers de Juifs ont émigré dans les années qui ont suivi la guerre. La composition nationale de la population fait apparaître 86 p. 100 de Bulgares à côté de 8 p. 100 de Turcs (surtout dans le district de Kărdžali), 4 p. 100 de Tsiganes, une centaine de milliers de Pomaks (Bulgares islamisés) dans les Rhodopes, des Macédoniens, des Arméniens, des Grecs et des Roumains. L’équilibre entre villes et campagnes, entre industrie et agriculture est réalisé. Les taux d’alphabétisation ont partout rapidement progressé.

La croissance économique est due avant tout à une aide soviétique considérable sous forme de dons et de prêts. L’équipement portuaire, ferroviaire, agricole, minier est en grande partie d’origine soviétique : ainsi les grands combinats miniers et énergétiques de la Marica, la première aciérie « Lénine » à Dimitrovo (auj. Pernik), l’usine de soude de Reka Devnja, près de Varna. Depuis quelques années, on note toutefois un effort accompli, à la demande des autorités bulgares, par des sociétés d’Europe occidentale. Ainsi, un consortium français équipe une partie de la pétrochimie de Burgas, Renault monte une chaîne de « R 8 », d’une capacité de 10 000 véhicules par an, une firme franco-belge s’emploie à outiller les combinats d’engrais chimiques ; l’aide technique de la France s’est exercée dans le domaine de la vinification et de la transformation des produits agricoles.

La planification économique (avec un léger décalage) a suivi toutes les phases qu’a connues l’Union soviétique. Cinq plans quinquennaux se sont succédé, et le dernier s’est achevé en 1970. La priorité à l’industrie lourde dans des conditions de rentabilité qui étaient fort douteuses, la collectivisation rapide de l’agriculture ont fait place, à partir du gouvernement Živkov, à des mesures plus souples et plus libérales : allégement des charges des kolkhoziens et relèvement des prix agricoles ; constitution de grandes régions économiques dotées de certains pouvoirs de décision dans le cadre d’une décentralisation ; participation des organisations à l’établissement des normes de planification.