Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Bulgarie (suite)

La lutte contre le patriarcat et le clergé grecs devint en fait un combat en faveur de la reconnaissance des droits de la nationalité bulgare par le gouvernement du Sultan. Cette exigence ne pouvait aboutir que sous la forme d’une lutte en faveur d’une Église bulgare indépendante : afin que le peuple bulgare puisse être reconnu en tant que nationalité distincte, il était indispensable qu’il possédât son Église et son chef religieux.

Certains recherchèrent l’appui de l’Église catholique par la création d’une Église uniate dans le pays, mais les efforts entrepris dans ce sens par Dragan Tsankov (1828-1911) et Josif Sokolski (1786-1879) ne réussirent pas à gagner la confiance des masses populaires.

Finalement, le gouvernement du Sultan dut céder devant la menace d’un mouvement révolutionnaire croissant. En février 1870, avec l’aide de la Russie, fut édicté un firman créant l’exarchat bulgare ; en même temps était conquise la reconnaissance du peuple bulgare, en tant que nationalité distincte ; ses frontières ethniques (Macédoine, Thrace, Mésie et autres) furent délimitées.


Vers l’indépendance

Après la guerre de Crimée (1853-1856), les marchandises et les capitaux d’Europe occidentale affluèrent en Turquie, ce qui eut pour effet de ruiner la majeure partie des artisans et des commerçants bulgares, incapables de lutter contre la production de fabrique moins coûteuse et plus achevée.

Georgi Stojkov Rakovski (1821-1867) posa les bases d’un mouvement révolutionnaire national organisé. Il donna une forme à l’idéologie des insurgés et plaça ceux-ci sous un commandement unique. Il élabora également un plan détaillé de la libération de la Bulgarie.

Rejetant les espoirs placés dans une aide étrangère et fondant la lutte en faveur de la libération sur les propres forces du peuple et de son organisation intérieure, Vasil Levski (1837-1873) et Ljuben Karavelov (1834-1879) élevèrent le mouvement révolutionnaire national à son point culminant. Le Comité central révolutionnaire bulgare rallia les comités locaux et devint le symbole de ce moment historique dans la lutte pour la libération. Après la mort de Levski, le rôle d’idéologue et de dirigeant de l’organisation révolutionnaire et du Comité central fut joué par Hristo Botev (1848-1876), poète et révolutionnaire. Celui-ci relia la lutte du peuple bulgare à celle qui était menée par tous les peuples opprimés.

L’insurrection d’avril 1876 marqua le sommet de la lutte pour l’indépendance : elle se solda par un échec et fut noyée dans le sang, mais l’héroïsme des insurgés et les cruautés de l’armée du Sultan eurent un grand retentissement en Europe. Des écrivains tels Victor Hugo et Dostoïevski, des savants, des hommes politiques, tel Gladstone, élevèrent la voix pour la défense des Bulgares. En décembre 1876 eut lieu à Constantinople une conférence diplomatique des grandes puissances — Russie, France, Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie et Italie — avec des représentants de la Turquie. La conférence décida à l’unanimité d’accorder au peuple bulgare l’autonomie, en formant deux régions autonomes incluant les terres bulgares : la Thrace, la Macédoine et la Mésie. Cependant, la Sublime Porte rejeta la décision de la conférence de Constantinople sous prétexte que le Sultan avait promulgué une « Constitution ». Ce refus fut la cause de la guerre que la Russie déclara le 24 avril 1877 à la Turquie. À l’armée russe s’adjoignirent un corps de troupes roumaines et trois brigades de volontaires bulgares.

Les opérations militaires eurent pour cadre la péninsule balkanique, le Caucase et la mer Noire. Les troupes turques opposèrent une farouche résistance près de Plevna et ailleurs, mais, à la fin de 1877, elles furent défaites aussi bien dans les Balkans qu’au Caucase. Au moment de cette défaite, la Serbie avait déclaré, elle aussi, la guerre à la Turquie.

Les troupes russes atteignirent la mer Égée et la mer de Marmara, devant les portes de Constantinople. Le 3 mars 1878 fut conclu le traité de San Stefano, aux termes duquel la Bulgarie devenait autonome, jouissant de droits correspondant à l’indépendance totale. Elle englobait dans ses frontières la Thrace, la Macédoine et la Mésie avec accès à la mer Égée par le port de Kavalla (superficie globale : près de 160 000 km2).

Mais, du fait de l’opposition de l’Angleterre, de l’Autriche-Hongrie et d’autres puissances, le traité de San Stefano fut révisé par le congrès de Berlin (juin-juill. 1878). La Macédoine et les terres bulgares au sud des massifs du Rhodope et de la Strandža furent rendues à la Turquie. Des autres régions bulgares, situées entre le Danube et le Rhodope, on forma deux États autonomes : la principauté de Bulgarie (comprenant la Mésie et la province de Sofia) avec Sofia comme capitale et la région autonome de la Roumélie orientale avec Philippopoli (Plovdiv) comme capitale.

L’Assemblée constituante de la principauté de Bulgarie vota une Constitution : Alexandre de Battenberg (1857-1893) fut élu prince de la Bulgarie. La Roumélie orientale lut gouvernée sur la base d’un statut organique par un gouverneur général et un conseil de direction ; sur la recommandation de la Russie, le Sultan avait nommé au poste de gouverneur général le Bulgare Aleko Bogoridi (1823-1910).

Cette division de la Bulgarie était impopulaire. Le 18 septembre 1885, la population de Philippopoli proclama, d’accord avec l’armée bulgare, son union à la Bulgarie. La Turquie protesta, mais n’osa pas déclarer la guerre. À cette union s’opposèrent aussi l’Autriche-Hongrie et la Serbie, mais la conférence diplomatique réunie de nouveau à Constantinople ne put rétablir le statu quo.


L’indépendance

Le 13 novembre 1885, la Serbie déclara la guerre à la Bulgarie, mais la jeune armée bulgare infligea en quinze jours une défaite totale aux troupes serbes ; le 3 mars 1886, le traité de paix fut signé à Bucarest. Le 5 avril 1886, à Constantinople, avec le concours des grandes puissances, un arrangement (l’acte de Tophane) fut conclu, par lequel la Turquie reconnaissait l’union. La Bulgarie unifiée englobait une superficie de 99 000 km2 avec 3 154 000 habitants. De son côté, aux termes du traité de Berlin, la Bulgarie reconnaissait la suzeraineté du Sultan.