Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bugeaud (Thomas Robert) (suite)

Cependant une nouvelle carrière l’attend en Algérie, qui le conduira à la gloire. Certes, il avait d’abord exprimé son hostilité aux suites de l’expédition de 1830, qui immobilisaient beaucoup de soldats de l’autre côté de la Méditerranée. Sa réputation d’homme fort lui impose pourtant d’aller remettre de l’ordre dans les affaires militaires, qui sont mal en point. Il part en 1836, débloque Tlemcen, remporte une victoire notable sur Abd el-Kader, à la Sikkak, et gagne ainsi les étoiles de « lieutenant général » (général de division).

Ce prestige accru vaut à Bugeaud une mission délicate, la négociation avec l’émir, toujours très puissant dans l’Ouest. L’apaisement de ce côté doit permettre de porter l’effort militaire français sur le Constantinois. Le traité de la Tafna (mai 1837) reconnaît un immense territoire à Abd el-Kader, mais suscite les critiques chez certains, qui accusent Bugeaud de faiblesse. Il n’en est pas moins nommé gouverneur général de l’Algérie (29 déc. 1840), un an après la reprise de la guerre contre Abd el-Kader. Attaquant la politique d’« occupation restreinte », il préconise alors son système de colonisation complète, dont le préalable est la fin de la puissance d’Abd el-Kader. Pour cela, il organise des colonnes mobiles, très légères, très autonomes, chargées de ravager en profondeur les territoires des tribus ennemies, de détruire leurs récoltes, d’enlever leurs troupeaux, bref d’atteindre les fondements même de leur existence.

Les résultats sont bientôt remarquables : les villes de Miliana, Tagdempt, Mascara, Boghar sont reprises en 1841 et, en 1842, Tlemcen. Le 16 mai 1843, la smala d’Abd el-Kader est capturée ; l’émir se réfugie au voisinage du Maroc. Couronnement de sa gloire, Bugeaud est élevé à la dignité de maréchal le 31 juillet. L’année suivante, c’est la grande victoire de l’Isly (14 août 1844), sur les Marocains, accusés de soutenir l’émir : Bugeaud reçoit le titre de duc d’Isly et revient en France en triomphateur. De nouvelles insurrections le ramènent en Algérie dès mars 1845. Ses colonnes, au nombre de dix-huit, sont très efficaces ; leurs procédés dépassent parfois l’horreur habituelle de la guérilla : cinq cents Arabes retranchés dans les grottes sont étouffés par la fumée de grands feux. Mais les Français repoussent définitivement Abd el-Kader vers le Maroc : le grand ennemi de Bugeaud se rendra enfin en décembre 1847. Bugeaud termine son œuvre algérienne en assurant la domination sur la turbulente Kabylie (mai 1847). Le 5 juin, il s’embarque pour la France. Commandant supérieur des gardes nationales de Paris en février 1848, il s’incline devant la Révolution. Ses offres de service pour le nouveau régime sont repoussées, mais, par la suite, Louis-Napoléon lui donnera le commandement en chef de l’armée des Alpes. La fin de sa vie sera marquée par une déception électorale, un échec dans son fief d’Excideuil : il devra aller en Charente-Maritime pour obtenir un nouveau siège de député. Le 10 juin 1849, il sera emporté par le choléra.

Le soldat laboureur

La doctrine coloniale de Bugeaud a été exposée avec franchise dans sa brochure de 1847, De la colonisation de l’Algérie. Il faut, d’abord, achever la conquête et bien voir ce que cela signifie pour les Arabes : « Resserrés sur le sol par la colonisation européenne, [ils] vont être obligés de changer toutes leurs habitudes de culture... Les douars changeront de place suivant les saisons [...] ; ils seront forcés de rester toujours sur les carrés où on les aura parqués. Comment un changement aussi radical de situation n’exciterait-il pas souvent à la révolte ? Voilà pourquoi il faut que nous soyons forts... »

Pour développer l’exploitation de terres où les troubles seront longtemps possibles, il faut donc mettre sur pied un nouveau type de colonisation ; le soldat en est le rouage essentiel et l’armée prête son concours pour l’établissement des routes, des adductions d’eau, des habitations. En 1841, Bugeaud tente son expérience et s’adresse à 800 soldats libérables : « Amenez votre père et votre mère, vos frères et vos sœurs. La terre est généreuse et je vous en distribuerai assez pour que la famille puisse vivre largement ! » Les exhortations auront peu d’effet : 67 volontaires seulement sortiront des rangs. Mais, si la colonisation militaire est un échec, la colonisation civile, elle, connaît un essor très rapide : si l’on ne comptait que 28 000 Européens en Algérie en 1841, ils étaient près de 120 000 en 1847, au départ de Bugeaud, qui fut vraiment le père de l’« Algérie française ».

S. L.

S. L.

➙ Abd el-Kader / Algérie.

 A. Lichtenberger, Bugeaud (Plon, 1931). / Maréchal Franchet d’Esperey, Bugeaud (Hachette, 1938). / C. André Julien, « Bugeaud » dans les Techniciens de la colonisation (P. U. F., 1946). / Maréchal Bugeaud, Par l’épée et par la charrue (P. U. F., 1948). / P. Kessel, Moi, maréchal Bugeaud (Éd. français réunis, 1958).

Bulgarie

En bulg. Bălgarija, État du sud-est de l’Europe, dans les Balkans ; 110 912 km2 ; 8 620 000 hab. (Bulgares). Capit. Sofia.
La Bulgarie est un État de régime collectiviste faisant partie du Comecon et du pacte de Varsovie. Elle pose le problème de la croissance et du développement dans un milieu resté encore rural, sous l’influence des techniques nouvelles et de la socialisation des moyens de production. Elle offre de bons exemples de réalisations régionales transformant profondément la géographie naturelle. Elle a su mettre en valeur les principales ressources offertes par le milieu : terres agricoles, ressources hydrauliques et minérales, possibilités de trafic fluvial et maritime, tourisme.


Le cadre naturel

La moitié de la superficie est située à plus de 500 m. Bien que les principaux sommets, comme dans tous les Balkans, n’atteignent pas 3 000 m, on peut considérer la Bulgarie comme un pays de montagnes. Celles-ci appartiennent à deux systèmes orogéniques.