Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Budapest (suite)

Le développement urbain

La part de l’histoire a été primordiale : les événements ont confié depuis le xvie s. un rôle de premier plan à Budapest. Les capitales des rois de Hongrie étaient situées à l’ouest du Danube et Budapest n’était qu’une forteresse parmi d’autres lorsque, après la défaite de Mohács (1526), elle fut occupée par les troupes ottomanes. La présence des Turcs n’a pas sensiblement modifié l’importance locale de la ville. Celle-ci, libérée en 1686, devient alors le point d’appui des troupes des Habsbourg, qui, au cours de deux longs siècles, repoussent les Ottomans vers le sud et la Serbie, puis vers la Macédoine. La ville est alors non seulement une caserne et le siège des états-majors, mais surtout le point de départ de la reconquête des terres de la Grande Plaine, organisée par des monastères et des magnats hongrois qui s’y établissent. L’économie s’allie à la politique : avec le retour d’une navigation libre sur le Danube, la mise en culture de la Plaine, qui devient l’un des greniers de l’Europe, puis, au milieu du xixe s., la construction d’un réseau radial de routes et de chemins de fer et la renaissance de l’exploitation des mines du Bakony, se forme et se concentre à Budapest une bourgeoisie active, d’origine autrichienne et allemande, israélite et magyare, qui contribue à faire de la ville, sur tous les plans, la rivale directe de Vienne. Le compromis de 1867 en fait une capitale. La magyarisation progresse : en 1841, le tiers de la population seulement est d’origine hongroise, en 1880, plus de la moitié. De 100 000 habitants au début du xixe s., la population passe à 860 000 en 1900. L’accumulation des capitaux nés du commerce du trafic fluvial et de l’artisanat entraîne la concentration, dans le cadre de la Hongrie, des industries. Aux activités nées de la production agricole de la Plaine (minoteries, distilleries) s’ajoutent celles des manufactures (textiles, cuir) et du Danube (chantiers navals, constructions métallurgiques). Ainsi se créent une main-d’œuvre, une tradition, des cadres. Ils expliquent la préférence donnée à Budapest aux villes encore rurales du pays hongrois.

Enfin, le régime collectiviste qui s’implante en 1945 pratique une planification centralisée excessive, exploitant sans doute les avantages hérités, mais exagérant les défauts résultant de la concentration des moyens de production. Le mouvement trop rapide de la collectivisation dans les campagnes, la priorité accordée aux investissements de l’industrie lourde, la concentration des services du Plan dans la capitale contribuent à attirer la population dans la ville, qui se peuple de familles d’origine rurale provenant de toutes les régions de la Hongrie, mais surtout de l’est et du sud. Ainsi, l’agglomération bénéficie de plus de la moitié des investissements industriels dans les dix années qui suivent la guerre. La progression de la population globale et de la population active atteste cette accélération dans la concentration.

L’insurrection de 1956 puise ses racines dans les déséquilibres économiques et sociaux nés de cette politique absurde, calquée maladroitement sur le système stalinien. Mais ce mouvement a provoqué une prise de conscience de la nouvelle équipe dirigeante. On s’efforce d’alléger le poids spécifique de l’agglomération et de développer les autres centres de la province. Sans doute, Budapest garde-t-elle ses fonctions de capitale internationale : siège de nombreux congrès, de réunions ouest-est, siège également d’une importante commission du Comecon, Intermetall, centre sportif et touristique, fréquenté par des ressortissants des pays de l’Ouest. Mais le pourcentage de main-d’œuvre salariée dans l’industrie s’est abaissé, en dix ans, de 10 p. 100 sous l’effet de deux mouvements. L’un, spontané, a pour effet de ralentir le courant migratoire, en raison de la crise aiguë du logement qui sévit dans l’agglomération ; cette crise est l’un des facteurs de la chute inquiétante de la natalité. (Budapest est l’une des rares villes européennes où les décès l’emportent sur les naissances.) L’autre est d’origine législative : l’installation dans la capitale est désormais sévèrement réglementée en ce qui concerne l’octroi d’un emploi et d’un logement. Un mouvement de décentralisation des entreprises industrielles, timidement amorcé, a provoqué le départ d’une partie, encore faible, de la main-d’œuvre.

Cette tentative de freinage s’accompagne d’une réorganisation urbaine qui doit éviter la croissance anarchique des faubourgs et le surpeuplement de logements vétustés, par la création de nouveaux équipements collectifs à partir des nouveaux ensembles résidentiels, par l’extension d’une nouvelle « région métropolitaine », par une décentralisation d’établissements industriels dans les limites de cette agglomération, par la construction de nouveaux moyens de transport, chemins de fer et lignes de trolleybus.


L’industrie

Budapest joue un rôle important dans les fonctions tertiaires, mais c’est l’activité industrielle qui marque le mieux le caractère de la ville, par rapport à d’autres capitales, puisque près de la moitié de la main-d’œuvre, en incluant le bâtiment, est employée dans le secteur secondaire. La construction navale est établie au bord du fleuve, d’une part en amont à Újpest, d’autre part en aval, sur l’île Csepel, où se concentrent près de 50 000 salariés. Les chantiers sont liés à une implantation sidérurgique (aciérie, laminoirs, usine de tubes, etc.) et à une métallurgie différenciée (camions et motos, machines-outils). À l’est, dans le quartier de Köbánya sont groupées des entreprises de matériel ferroviaire. Le cuir et le textile se dispersent dans des unités plus petites de production au nord-est et au sud-est, ainsi que sur la rive droite du Danube. Il faut ajouter la centrale thermique, la raffinerie et la pétrochimie de Százhalombatta, à la limite sud de l’agglomération, au croisement de la branche méridionale de l’oléoduc de l’Amitié et de celui qui provient des gisements du Sud-Ouest. Au total, plus de 600 000 salariés sont répartis entre plus de 3 000 usines ou unités de production. Mais l’industrie de Budapest se spécialise également, en fonction des exigences du Comecon et du rôle qui lui a été dévolu, dans une industrie de qualité, valorisant de faibles quantités de matières premières, en général tout ce qui touche à l’électricité : électromécanique, électroménager, électronique (ce qui représente pour la ville un atout d’avenir).

A. B.