Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bucer (Martin) (suite)

Ces profonds changements dans la vie des paroisses s’accompagnent d’une réforme des couvents et des écoles : ces dernières reçoivent une partie des biens monastiques, rendus libres par la fermeture des communautés, l’autre partie allant à l’assistance publique. À chaque paroisse est désormais attachée une école primaire mixte, et, en 1527, un catéchisme dû à la plume de Capiton devient la base de la formation chrétienne des jeunes.

Mise en cause par l’autorité impériale, la ville, représentée à Spire par Jakob Sturm, se joint à la célèbre « protestation » (1529), et, en vue de la diète d’Augsbourg (1530), Bucer et Capiton rédigent un texte symbolique, qui, approuvé par Constance, Lindau et Memmingen, reçoit le nom de « Confession tétrapolitaine ». Bucer et ses amis tiennent une place de conciliateurs entre les cantons suisses zwingliens et les États allemands luthériens. Mais, après la défaite de Rappel (1531) et la mort de Zwingli*, les Strasbourgeois se rapprochent des gens de Wittenberg et, en 1536, signent la « Concorde de Wittenberg », qui traduit, en particulier, un accord entre Bucer et Luther sur l’eucharistie.

Relativement à l’abri des menaces représentées par les méfiances impériales, Bucer et ses amis, vainqueurs aisés du parti catholique à Strasbourg, ont affaire à la menace représentée par les anabaptistes* et les illuministes de toutes sortes. Les mesures diverses prises par le magistrat contre les « enthousiastes » lui paraissant insuffisantes, Bucer, en 1531, organise la structure intérieure des paroisses, adjoignant à chaque pasteur un conseil de laïcs, chargés de veiller et sur le pasteur et sur le troupeau. Cette disposition est, jusqu’à aujourd’hui, une des caractéristiques fondamentales des communautés protestantes. Pour combattre l’individualisme paroissial, il fait convoquer en 1533 un synode qui met au point un règlement ecclésiastique, fondé sur la Confession tétrapolitaine, et institue un « couvent ecclésiastique », réunion hebdomadaire des pasteurs et de trois anciens, dans le but de discuter des questions de doctrine et du ministère. Il en est le premier président.

Pour former les conducteurs de l’Église, Bucer, en 1538, procède à la création d’une « haute école », dont le premier recteur est Johannes Sturm (1507-1589), ancien professeur au Collège royal de Paris. Cette institution, où la théologie tient une place de choix, ne tarde pas à avoir un rayonnement considérable, bien au-delà de Strasbourg.

Mais l’empire ne désarme pas et, en 1547, à la suite de la défaite de la ligue de Smalkalde, à laquelle Strasbourg appartenait, Jakob Sturm (1489-1553) doit faire amende honorable devant l’empereur, au nom de la ville dont il est le chef civil. La ruine de l’œuvre de réforme entreprise s’annonce, et Bucer, qui refuse de cautionner les compromis qui l’inaugurent, est banni en 1549, sous la pression conjuguée de l’empereur et de l’évêque et malgré la résistance des autorités civiles. Réfugié en Angleterre et nommé professeur royal à l’université de Cambridge, il y meurt en 1551, ayant trouvé moyen pendant ce court laps de temps de contribuer à la refonte du Prayer Book (v. anglicanisme) et de rédiger son traité théologique le mieux structuré : De regno Christi.

À Strasbourg, « l’ouverture d’esprit et la largeur de cœur » (H. Strohl) de la réforme bucérienne ne survécurent pas à la disparition de son fondateur. Dans l’espoir de sauver les communautés protestantes des menaces qui pesaient sur elles, Johann Marbach (1521-1581), luthérien intransigeant, s’engagea sur la voie d’un dogmatisme strict et d’une orthodoxie figée.

G. C.

➙ Calvin / Luther / Protestantisme / Réforme.

 H. Strohl, le Protestantisme en Alsace (Oberlin, Strasbourg, 1950). / F. Wendel, Martin Bucer : Esquisse de sa vie et de sa pensée (Société pastorale, Strasbourg, 1951). / N. Peremans, Érasme et Bucer (1523-1536) d’après leur correspondance (Les Belles Lettres, 1971).

Büchner (Georg)

Auteur dramatique allemand (Goddelau, près de Darmstadt, 1813 - Zurich 1837).


La vie brève de Georg Büchner a été haletante et dramatique. Il était né pourtant dans une famille bourgeoise. Son père était médecin, quatre de ses enfants ont laissé une trace dans les lettres ou la pensée allemandes ; mais le plus illustre fut l’aîné Georg, que son père destinait à la médecine.

C’est à Strasbourg qu’il étudie les sciences de la nature en 1831 après ses classes au collège de Darmstadt. La première lettre écrite par lui à ses parents, du moins la première qui soit conservée, décrit une manifestation des étudiants de Strasbourg pour acclamer l’insurrection polonaise. Très tôt apparaît une de ses convictions durables : c’est par la violence que des changements politiques peuvent être obtenus. « Voici mon opinion, écrivait-il à sa famille le 5 avril 1833, si quelque chose aujourd’hui peut nous servir, c’est la violence. Nous savons ce que nous pouvons attendre de nos princes. Tout ce qu’ils ont accordé leur a été arraché par la contrainte. »

Aussi Georg Büchner, revenu poursuivre ses études à l’université de Giessen en Hesse, se met-il bientôt en rapport avec une société secrète de républicains dirigée par le pasteur d’un village des environs. Dans l’été de 1834, il fonde lui-même une Société des droits de l’homme à Giessen, avec quelques amis étudiants. Comptant sur eux pour la distribuer, il commence la rédaction d’une feuille politique nouvelle, le Messager de Hesse (Der hessische Landbote), dont seul paraît le premier numéro, daté de juillet 1834. C’est un pamphlet très violent contre les princes et leur gouvernement, avec pour épigraphe : « Paix aux chaumières ! Guerre aux palais ! » L’avertissement au lecteur dit : « Cette feuille est faite pour dire la vérité au pays de Hesse, mais celui qui dit la vérité, on le pend ; celui-même qui n’aura fait que lire la vérité trouvera des juges parjures pour le condamner. Aussi ceux entre les mains de qui cette feuille tombera observeront-ils les règles suivantes :
« 1. Gardez cette feuille soigneusement hors de chez vous ; 2. Ne la transmettez qu’à des amis sûrs ; 3. Chez ceux à qui vous ne vous fiez pas déposez-la sans être vus ; 4. Si cette feuille est découverte sur quelqu’un qui l’aurait lue, que celui-ci affirme aussitôt qu’il la portait justement au procureur ; 5. Celui qui n’aurait pas lu la feuille, quand on la trouverait sur lui, serait évidemment innocent. »

Pour n’être pas tiré d’un de ses drames, ce texte de Georg Büchner montre déjà que ce jeune conspirateur sait donner une tension dramatique, dessiner les situations et prévoir les répliques.