Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Bruges (suite)

Prolongeant le rôle civilisateur de Bruges, Lodewijk Van Gruuthuse († 1492) et la famille Lavrin font de cette ville l’un des principaux foyers de l’humanisme européen, en y attirant notamment Juan Luis Vivès (1528-1540), Thomas More, Konrad Peutinger ainsi que l’imprimeur Hubert Goltzius (ou Goltz), qui y transfère en 1558 son atelier anversois. En même temps se multiplient à Bruges les chambres de rhétorique, qui animent le mouvement littéraire de langue flamande.


Bruges, ville d’art

Bruges fut au Moyen Âge un des centres artistiques les plus florissants des Pays-Bas méridionaux.


Architecture

La ville offre un remarquable aperçu de l’architecture flamande, religieuse et profane, du xiie au xviiie s.

La cathédrale Sint-Salvator, en brique, possède une massive tour romane (couronnement du xixe s.) ; nef, transept et chœur datent du xive s. et sont de style gothique scaldien (chapelles, 1480-1530), comme la monumentale tour de l’église Notre-Dame (122 m ; majeure partie v. 1280-1335).

Sur le Markt (Grand-Place) s’élèvent les halles, construites à partir de 1248 et remaniées au xvie s., quadrilatère de 84 m sur 43, dominé par un des plus beaux beffrois de Belgique (84 m ; deux étages de section carrée des xiiie et xive s. ; un troisième, octogonal, de 1482).

Tout à côté, la place du Burg est le cœur architectural du vieux Bruges. Au sud, l’élégant hôtel de ville (1376-1420) est encadré par la basilique du Saint-Sang (v. 1480 ; escalier de 1529-1534 ; restaurations du xixe s.), bâtie au-dessus de l’église romane Sint-Basilius (xiie s.), et par le greffe du Franc, édifice de style Renaissance construit en 1535-1537. La partie orientale de la place est occupée par le palais de justice, bâtiment qui s’inspire du style Louis XIV (1722-1727) et englobe la chambre échevinale de l’édifice primitif du xvie s. Dans l’angle nord-ouest se trouve la prévôté, exemple d’architecture baroque flamande (1665-66).

Le palais Gruuthuse (xve s.) communique par une tribune en bois sculptée avec le chœur de l’église Notre-Dame. L’ensemble constitue le musée Gruuthuse d’archéologie et d’art appliqué. L’église des Jésuites, Sint-Walburga, a été élevée de 1619 à 1642 par le grand architecte de la Compagnie, Peter Huyssens (1577-1637), originaire de Bruges. Enfin, parmi les monuments disparus, il faut citer l’église carolingienne Saint-Donatien sur le Burg, détruite à la fin du xviiie s.

L’architecture « mineure » qui accompagne ces monuments, de tranquilles quartiers traversés de canaux donnent à la ville son charme et son unité. Il existe un style brugeois particulier, que définissent l’élan vertical des sobres façades de brique, les fenêtres à croisée de pierre séparées par des trumeaux étroits, les hauts pignons droits ou redentés, puis animés de volutes au xviie s.


Peinture

Deux peintres enlumineurs originaires de Bruges travaillent à Paris au xive s. ; Jean de Bruges (ou Jean Bandol) [1350-?], qui dessine les cartons de la Tenture de l’Apocalypse d’Angers*, et Jakob Coene, sans doute identifiable avec le Maître de Boucicaut. De la même époque datent quelques fragments de fresques de l’église Notre-Dame.

Le premier panneau connu est le retable des Pelletiers (v. 1400, cathédrale). Au xve s., Bruges devient le berceau de la peinture flamande grâce aux artistes qui s’y installent sans être, le plus souvent, originaires de la ville. C’est en 1431 que Jan Van Eyck* se fixe à Bruges ; la valeur révolutionnaire de son art trouve un reflet chez Petrus Christus (1420-1472). À la fin du xve s., une nouvelle perfection picturale est atteinte par Hans Memling* et Gerard David*. Des œuvres majeures de ces maîtres sont conservées au musée Grœninge (musée municipal) et au musée de l’hôpital Sint-Jans (musée Memling). Des miniaturistes, également venus de l’extérieur, contribuent à l’éclat de l’art brugeois du xve s. : Willem Vrelant († 1481), Loyset Liédet († v. 1478), Philippe de Mazerolles († apr. 1479, identifiable à Lieven Van Lathem), suivis de la famille des Bening dans la première moitié du xvie s.

Adriaen Isenbrant († 1551), Jan Provost (1462-1529) et Ambrosius Benson (v. 1495-1550) sont des épigones de Gerard David, mais sensibles au courant maniériste. Maniériste aussi est l’art de Lanceloot Blondeel (1498-1561), peintre, décorateur et architecte, principal représentant, avec Marcus Geerarts (v. 1510-1590) et la famille des Claeissens, de la Renaissance flamande à Bruges. Mais c’est avec Pieter Pourbus (1523-1584), surtout réputé comme portraitiste, que culmine sans doute le xvie s. Au xviie s., seule est significative l’œuvre de Jakob Van Oost (v. 1601-1671), qui séjourne à Rome et résiste au courant rubénien.


Sculpture et arts appliqués

La plus ancienne sculpture brugeoise (xiie s.) est sans doute le tympan de l’église Sint-Basilius. Un important chaînon dans l’évolution vers la plastique réaliste telle que Sluter* la réalisera à Dijon est représenté par les sculptures exécutées pour l’hôtel de ville, de 1378 à 1386, sous la direction de Jean de Valenciennes († 1401) : celles-ci sont aujourd’hui au musée Gruuthuse, comme les fragments de vitraux du même édifice et de la même époque, attribués à Christiaan Van de Voorde. L’art du vitrail est encore représenté par le saint Georges et le saint Michel (v. 1500, musée Gruuthuse) de la chapelle des peintres (détruite) et par quelques verrières (xve-xvie s.) de l’église de Jérusalem.

La sculpture et l’ornementation de la Renaissance déploient toute leur exubérance dans la monumentale cheminée de la chambre échevinale du palais de justice, exécutée d’après les esquisses de L. Blondeel (1531). Au xvie s. débute une production de faïences, dont le réel épanouissement ne se produira qu’au xviiie s., sous l’impulsion de Hendrik Pulinx (1698 - v. 1781), qui fut, avec Pieter Pepers (v. 1730 - v. 1785), le principal sculpteur de la période rococo.

Le chef-d’œuvre de l’orfèvrerie à Bruges est le reliquaire du Saint-Sang, exécuté en 1614-1617 par Jan III Crabbe. Les décorations tombales en cuivre jaune gravé sont une production typique de la ville et se rencontrent dans la plupart des églises.