Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Bretagne (suite)

Un tourisme tourné vers les sports nautiques

La Bretagne attire le dixième du flux touristique national. En améliorant ses équipements, en mettant en valeur ses possibilités naturelles, elle doit tirer un bon profit de son capital touristique. La mesure de la fréquentation touristique et sa répartition permettent de dégager les grandes lignes de sa probable évolution. La synthèse de la fréquentation des différents modes d’hébergement donne les chiffres suivants : 64,4 millions de journées en 1964 et 74,3 millions en 1968, soit une augmentation globale de 3,9 p. 100 par an. Cependant, le rythme de croissance s’est ralenti en raison de la diminution de la clientèle anglaise et du développement des séjours de vacances des Français à l’étranger.

Ce sont les séjours sous la tente et en caravane ainsi qu’en résidences secondaires qui se sont développés le plus rapidement. La clientèle des meublés continue aussi à croître. La région se caractérise également par l’importance des séjours chez les parents et amis, ainsi que par le développement restreint des hébergements sociaux (sauf colonies de vacances, assez nombreuses).

Le littoral breton reçoit environ 70 p. 100 du flux touristique. La clientèle est essentiellement française et familiale, avec une proportion importante de familles à revenus modestes. C’est un des lieux de vacances privilégiés des Parisiens (le nombre de Bretons émigrés à Paris n’est pas étranger à ces tendances). Les dépenses des touristes en 1964 pouvaient être estimées à 950 millions de francs et à 1 300 millions en 1968, mais il est difficile de savoir quelle part revient au pays d’hébergement. L’élasticité de l’offre et les moyens d’hébergement étant faibles, une progression accélérée des flux touristiques paraît peu probable.

Un des traits les plus marquants de l’évolution du tourisme est le développement de la navigation de plaisance depuis dix ans. La Bretagne tient une place privilégiée en raison de conditions particulièrement favorables, qui vont de la fréquence des vents à la longueur des côtes en passant par les dizaines de criques, d’îlots, de rias, de plans d’eau... Les écoles de voile, les centres nautiques se sont multipliés, favorisant une démocratisation de la navigation de plaisance. Les écoles de voile sont passées de 31 en 1960 à 77 en 1964, 103 en 1968 et plus de 120 en 1970. Celles de Carantec, Tréboul, Trégnac, des Glénans (le plus important centre de France), de Bénodet, Saint-Pierre-Quiberon accueillent un nombre croissant de stagiaires qui vont ensuite grossir le nombre des amateurs de sports nautiques. En 1965, les bateaux de plaisance fréquentant les côtes bretonnes pouvaient être évalués à 24 000, dont 19 500 dériveurs légers. Les capacités d’accueil des ports maritimes étaient saturées (8 300 places). L’amélioration prévue dans le Ve plan portera essentiellement sur ces équipements.

La création de parcs naturels, de réserves ornithologiques, de centres de thalassothérapie, de circuits pittoresques devrait être également un élément d’attraction. La Bretagne peut tirer du tourisme un complément de ressources important, à condition d’accroître et de moderniser ses capacités d’accueil.


Conclusion

La décentralisation, qui s’est singulièrement ralentie depuis 1964, s’est parfois révélée décevante (main-d’œuvre sous-payée). Si de nouvelles usines se créaient, d’autres, incapables d’affronter la concurrence, devaient fermer (14 000 emplois ont ainsi disparu en dix ans). Les forges d’Hennebont en sont un exemple.

L’ensemble de la Bretagne ne vient qu’au neuvième rang des régions françaises pour les opérations de décentralisation. Dans les quatre départements, qui comptent environ un million de personnes actives, le nombre de chômeurs est passé de 10 000 en 1962 à 50 000 en 1975. Il faudrait créer de 10 000 à 12 000 emplois par an pour équilibrer le marché du travail et éponger l’exode rural.

Les difficultés ont favorisé la renaissance de mouvements régionalistes : Kendalc’h (Maintenir), F. L. B. (Front de libération de la Bretagne), M. O. B. (Mouvement pour l’organisation de la Bretagne), U. D. B. (Union démocratique bretonne). Exception faite du premier, tous affirment leur volonté d’agir suivant une ligne politique en faveur du développement régional.

Le processus d’industrialisation amorcé sous l’action de responsables locaux semble toutefois irréversible. Tous les départements sont en net progrès. L’image d’une Bretagne traditionaliste tournée vers une activité agricole à faible rendement, une pêche traditionnelle et un tourisme familial s’estompe. La transformation est surtout nette depuis 1962 et est démontrée par les recensements de 1968 et de 1975.

Ralentissement de l’émigration, essor de l’industrie ont provoqué un développement urbain rapide. La population urbaine tend à dépasser la population rurale. Les villes se caractérisent par la structure de la population active, qui reflète l’activité urbaine.

La conjonction de mesures gouvernementales (souvent épisodiques) et du dynamisme régional a permis une réelle métamorphose de la Bretagne. Toutefois, un équilibre assurant le plein emploi et résorbant l’émigration n’est pas encore atteint.

M.-M. F.


L’histoire de la Bretagne


Le duché indépendant

Vers le milieu du ve s., les Bretons de l’île de Bretagne, envahie par les Pictes et les Saxons, émigrent en masse ; ce mouvement d’émigration, dont on ignore à peu près tout, se prolonge durant tout le vie s. vers les rivages de l’Armorique. C’est au vie s. qu’est employé pour la première fois le terme de Bretagne. Sur cette terre nouvelle, les Bretons se groupent en colonies indépendantes sous la conduite de savants personnages, moines pour la plupart, et forment des « plous », ou paroisses. Les « machtierns », grands propriétaires terriens, organisent la vie civile. Dans le même temps, les Francs, s’étendant vers l’ouest, tentent d’assujettir les Bretons. Ils y parviennent mal. Une révolte éclate, réprimée par Charlemagne en 799, mais suivie de bien d’autres jusqu’en 837, où Louis le Pieux place un Breton à la tête de ses compatriotes. Il choisit Nominoë qui devient princeps veneticae civitatis ; homme de courage, celui-ci rêve d’affranchir son pays du joug étranger. L’occasion naît en 840 avec la mort de Louis le Pieux. La victoire de Ballon, près de Bains-sur-Oust, remportée par Nominoë sur Charles le Chauve (22 nov. 845), assure l’indépendance. Le libérateur et premier « roi » de la Bretagne meurt en 851, laissant le soin de continuer son œuvre d’unification nationale à son fils Erispoë, auquel succédera en novembre 857 Salomon, neveu de Nominoë. La mort tragique de Salomon, le 25 juin 874, ouvre une période de troubles dont profitent les Normands pour envahir la Bretagne, qu’ils ravagent, quand enfin Alain II Barbe-Torte les écrase en 937 à Nantes. Tout le pays le salue comme duc de Bretagne. Le pays ressuscite sous le nom qu’il gardera tout le Moyen Âge : le duché de Bretagne. Les maisons de Nantes, de Rennes, de Cornouaille étendent peu à peu le domaine ducal sur l’ensemble de la péninsule.