Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bretagne (suite)

Les potentialités

La Bretagne possède des atouts qui doivent contribuer au relèvement du revenu régional.


Vers une agriculture de groupe

Certains indices ont permis de déceler une évolution déterminante au niveau des structures ; la diminution de la population active agricole masculine s’est accélérée : de 2,84 p. 100 par an entre 1954 et 1962 à 4,50 p. 100 entre 1962 et 1968 ; dans tous les départements, le nombre des exploitations a diminué : le taux annuel de variation est passé d’environ — 1 p. 100 entre 1955 et 1963 à — 2,4 p. 100 entre 1963 et 1967 ; le rôle de la S. B. A. F. E. R. (Société bretonne d’aménagement foncier et d’établissement rural) se traduit de façon positive par la restructuration et l’agrandissement des exploitations. Cette évolution, si elle est doublée d’une politique d’encouragement au départ en retraite des vieux agriculteurs, peut être bénéfique à l’installation de jeunes exploitants (42 p. 100 des exploitants ont plus de 55 ans).

Ce sont surtout les modifications de structure qui sont sensibles et témoignent d’un grand changement des mentalités. Elles se traduisent par un recours au crédit de plus en plus grand (qui n’est pas sans danger), par une formation professionnelle (enseignement et vulgarisation se sont considérablement développés). Une centaine de Centres d’études des techniques agricoles (C. E. T. A.) fonctionnent, ainsi que plusieurs centres de gestion et comptabilité agricoles.

L’usage en commun du matériel a fait passer le nombre de C. U. M. A. (Coopérative d’utilisation de matériel agricole) de 183 en 1960 à plus d’un millier en 1968. Il existe une quarantaine de Groupements agricoles d’exploitation en commun (G. A. E. C). La Bretagne est la région de France qui est allée le plus loin dans l’expérimentation de l’agriculture de groupe. C’est l’œuvre de jeunes agriculteurs syndicalistes. Certaines organisations créées par les agriculteurs du Léon font figure d’entreprises pilotes : la S. I. C. A. (Société d’intérêt collectif et agricole) de Saint-Pol-de-Léon et l’Office central de Landerneau ont un rayonnement très étendu. La S. I. C. A. est née d’une rénovation des structures syndicales provoquée par les crises du marché des artichauts et des choux-fleurs. C’est essentiellement une organisation de mise en marché, qui impose à ses adhérents une discipline de production et des charges de régularisation des cours. L’Office central de Landerneau fédère 17 sociétés, dont la Coopérative des agriculteurs, la première de France par son importance. Ces organisations forment le cadre de vie des paysans du Léon et leur permettent une promotion sociale.


Action régionale et décentralisation

Le sous-équipement industriel a des causes multiples souvent dénoncées : la carence d’énergie, le manque de capitaux, les difficultés de circulation de l’information, des hommes et des marchandises, l’insuffisance de la formation professionnelle, la faible taille des entreprises, etc. Toutefois, ce sous-équipement s’est accompagné aussi d’une désindustrialisation, avec la fermeture de petites industries locales de textile et métallurgie. Ces fermetures, l’achèvement de la reconstruction, qui procura pendant une décennie une activité factice, la réduction du nombre des exploitations entraînaient un très grave problème de l’emploi jusqu’alors résolu par une émigration massive des éléments jeunes et actifs. Le processus ne faisait que s’accentuer jusqu’à ce qu’une action régionale concertée fût entreprise sous l’impulsion du C. E. L. I. B.

Des atouts furent mis en avant pour susciter l’implantation de nouvelles industries : main-d’œuvre abondante, facilité d’implantation, avantages fiscaux, etc. La dernière décennie a vu le développement de certaines industries classiques (conserverie de viande, habillement) et d’industries de transformation en plein essor (automobile, électronique). La production agricole a stimulé l’implantation ou l’extension des industries du lait, de la viande et des aliments du bétail. Elle a été à l’origine du renouveau de petits centres comme Loudéac.


L’industrialisation récente

De 1955 à 1967, la Bretagne a bénéficié de 84 opérations de décentralisation représentant la création de 22 305 emplois. L’Ille-et-Vilaine, à elle seule, absorbe 13 000 de ces emplois et tient la première place dans les départements d’accueil. Dans les « zones critiques », la Bretagne a accueilli des industries liées à l’automobile (Citroën à Rennes, Renault à Lorient) et au caoutchouc (Michelin à Vannes, le Joint-Français à Saint-Brieuc). L’usine Citroën de La Janais, à Rennes, est l’établissement industriel de Bretagne qui emploie le plus de personnel. Elle a commencé à fonctionner en septembre 1961. En 1967, 6 200 personnes travaillaient à une production de série (« Ami 6 »). Le recrutement de la main-d’œuvre se fait dans la population rurale, dans un rayon de 30 à 70 kilomètres. L’industrie électronique, deuxième volet de cette industrialisation, s’est installée à Rennes, à Brest (Centre électronique de l’armement) et à Lannion (C. S. F.) ; le Centre national d’études des télécommunications (1 200 emplois) de Pleumeur-Bodou a joué un rôle d’entraînement et favorisé l’implantation de L. M. T. (Le Matériel Téléphonique). Deux nouvelles implantations en Bretagne viennent d’être confirmées : à Brest, avec la société Ericsson, création d’une usine de matériel téléphonique devant employer 1 500 personnes vers les années 1973-1974 ; à Rennes, avec la Compagnie générale de constructions téléphoniques (1 000 emplois vers 1974). Cette vocation électronique de la région ne cesse donc de s’affirmer. L’École maritime supérieure des transmissions et l’École nationale des télécommunications devraient, en outre, s’installer à Rennes dans un très proche avenir.

Des implantations plus modestes ont eu lieu dans de petits centres urbains (Redon, Guingamp, Fougères). Ce progrès récent de quelques branches de l’industrie a contribué au ralentissement de l’émigration pendant la période 1962-1968. Il a entraîné un développement urbain sans précédent, qu’illustre l’accroissement de 20 p. 100 de la population rennaise.