Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Bretagne (suite)

Si la pointe occidentale est haute et déchiquetée, la côte sud est très différente. Basse, moins découpée, en voie de régularisation, elle offre des plages nombreuses et vastes qui, jointes au climat plus ensoleillé, font la fortune de Bénodet, Beg-Meil, Quiberon, Carnac... La vie agricole y est moins prospère, fait qu’explique en partie l’absence des limons. Toutefois, l’existence de conserveries a favorisé, à côté de la polyculture, le développement de cultures maraîchères dans quelques secteurs privilégiés : petits pois dans la région d’Audierne et fraises à Plougastel, plus au nord. La pêche est très active (80 p. 100 des pêcheurs bretons), tant sur le littoral français qu’au large des côtes portugaises ou mauritaniennes. Trois ports ont vu leurs activités progresser rapidement : Lorient (chalutage hauturier, 95 p. 100 de poisson frais) et Concarneau (chalutage et thon), deuxième et troisième port de pêche français après Boulogne ; Douarnenez, plus traditionnel, pratique à la fois la pêche saisonnière (maquereau, sardine) et la pêche langoustière. Camaret est le premier port français pour la langouste. Le chalutage de poisson frais tend à supplanter la pêche saisonnière du thon et de la sardine. Bien qu’un grand nombre de petits ports aient encore une structure artisanale, une nette amélioration des équipements (chalutage, congélation) se fait partout sentir. L’ostréiculture est une importante source de revenus (Belon et Quiberon). La pêche bretonne représente un tiers de la production nationale. Elle a suscité l’implantation de nombreuses conserveries (12 000 personnes y travaillent) ainsi que de nombreuses activités annexes. C’est toutefois une activité fragile en raison de l’inégalité des campagnes (épuisement de certains fonds), de son caractère saisonnier, de la multitude des conserveries et de l’éloignement des lieux de consommation. Les densités de la population (forte au nord-ouest, faible au sud-est) reflètent les inégalités du développement économique. Les principales villes bénéficient de nouvelles industries : Quimper, Vannes, Lorient.

La Bretagne intérieure est inégalement évoluée. Les conditions de vie sont restées longtemps archaïques. Dans cette région compartimentée se distinguent des zones pauvres en voie de dépeuplement rapide et des zones d’activité. Le Vannetais allie la médiocrité de l’habitat à la pauvreté de la polyculture. Les hauteurs de l’ouest sont restées le domaine de la lande, malgré quelques reboisements. Les plateaux ont, par contre, subi l’influence de l’Arvor. Le bassin de Châteaulin est un pays d’élevage et de culture de pommes de terre de semence. Les dépôts calcaires ont donné au bassin de Rennes sa fertilité (blé, betterave à sucre, plantes fourragères s’associent à l’élevage). Les petites villes de l’intérieur ne sont que de gros marchés agricoles souvent somnolents. Certains se sont équipés, accueillant des industries para-agricoles (Guingamp, Loudéac). D’autres possèdent une tradition industrielle : à Fougères, chaussures et confection sont sujettes aux crises. À Redon, de récentes industries (appareils d’optique, briquets, machines agricoles) sont parfois en essor. Rennes connaît depuis plusieurs années une expansion exceptionnelle. Ses fonctions sont multiples (administrative, universitaire, industrielle, commerciale), et son rayonnement, très important.


Les problèmes


Agriculture riche, paysans pauvres

Jusqu’au xixe s., l’isolement et la médiocrité des sols ont contribué au maintien d’une économie agricole de type médiéval. Une première évolution vit la consolidation des bases d’une polyculture de subsistance relativement intensive, associant culture et élevage. L’habitat dispersé en petits hameaux, le cloisonnement du parcellaire aux limites matérialisées par des talus plantés d’arbres constituaient le typique paysage du bocage. Il atteignit sa plus grande extension au début de la dernière guerre, puis recula rapidement devant la motorisation. Des milliers de kilomètres de talus ont disparu. En janvier 1969, 187 communes représentant 336 950 ha étaient complètement remembrées, 155 communes (313 000 ha), en cours de remembrement. Le rythme annuel est d’environ 75 000 ha. Au même moment s’amorçait une seconde révolution agricole avec la pratique d’une agriculture de spéculation : essor des cultures légumières, orientation vers l’élevage.

Les surfaces en céréales régressent (le seigle et le sarrasin ont disparu, le blé, l’orge et le maïs sont en expansion), ainsi que les surfaces consacrées aux plantes sarclées. Par contre, les cultures fourragères ont pris un essor très net, notamment les prairies temporaires. L’essentiel du territoire agricole est maintenant consacré à l’alimentation des animaux. La pomme de terre et les cultures légumières occupent près de 50 000 ha, mettant la Bretagne au premier rang national. La culture sous serre (tomates, laitues, concombres, melons) tend à se développer rapidement.

Les productions animales sont importantes. L’effectif total des bovins représente plus de 10 p. 100 du cheptel national (12 p. 100 pour les vaches laitières) ; en ce qui concerne les porcins, 24 p. 100. L’aviculture de type industriel introduite récemment est au premier rang français (20 p. 100 de la production nationale). L’agriculture occupe en Bretagne le premier rang des activités économiques, puisqu’elle fait vivre le tiers de la population (contre le septième en moyenne en France). Sa production lui donne une place prépondérante sur le plan national. Cependant, toutes ces transformations n’ont pas eu de grandes répercussions sur la structure sociale de l’exploitation. La famille reste la cellule de production. L’agriculture d’autoconsommation est encore très importante. Les exploitations sont petites. La production à l’hectare est élevée mais la productivité du travail est relativement faible, conséquence d’un surpeuplement agricole accentué. Les transformations techniques ont entraîné un endettement qui rend les exploitants très sensibles aux crises de mévente et à l’inorganisation des circuits de commercialisation (cultures légumières). L’incertitude qui règne sur l’avenir de l’économie du lait, dont la production ne cesse d’augmenter (30 millions d’hectolitres en 1968), accroît la fragilité du marché. L’anarchie des marchés, le danger de l’intégration qui lie l’exploitant à l’entreprise de transformation, la faiblesse des revenus agricoles sont des raisons de mécontentement.