Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Brésil (suite)

La période 1954-1964

Sur le plan économique, la mort de Vargas signifie la fin du nationalisme économique et les concessions à l’étranger, qui prend une participation majoritaire dans la vie du pays. L’invasion des grands groupes internationaux culmine avec le gouvernement (1956-1961) de Juscelino Kubitschek (1902-1976), le créateur de Brasília ; les Américains achètent diverses branches de l’industrie, montent des usines, obtiennent de colossales concessions minières. Cette industrialisation a pour conséquence de donner un poids politique plus grand aux centres urbains et aux masses grossies par l’exode rural. Ouvriers et étudiants s’organisent, les paysans s’agitent dans le Nord-Est, tandis que Francisco Juliaõ (né en 1918), fils de l’aristocratie foncière, avocat des pauvres, brûlé par la charité franciscaine et la passion progressiste, organise ses ligues paysannes. Ces mouvements diffus, s’ils représentent une force d’appoint susceptible de jouer un rôle déterminant dans la vie nationale, sont incapables de s’unifier.

Jânio Quadros (né en 1917) est élu président en 1960. Il doit rapidement se démettre (août 1961) sous la pression, semble-t-il, « des forces obscures » de l’armée, de l’opposition de droite, des États-Unis. En fait, l’épisode reste difficile à expliquer, et le personnage demeure énigmatique. Son départ inattendu laisse un réformiste au pouvoir : João Goulart (né en 1918). Pour la première fois, le Brésil expérimente un régime parlementaire ; mais, un an plus tard, on revient au régime présidentiel ; le progressisme bien timide de Goulart suffit à mobiliser contre lui les intérêts qui ont déjà chassé Vargas, puis Quadros. Ce n’est pas tant ce que fait Goulart que la participation accentuée des masses à la vie politique qui décide les militaires à intervenir (putsch d’avr. 1964). Entre 1961 et 1964, le nombre des syndicats de travailleurs ruraux reconnus officiellement est passé de six à six cents ; en dépit de ses faiblesses, le jeune mouvement paysan inquiète profondément les latifundistes, et cette inquiétude se retrouve dans tous les secteurs nationaux.


Le régime militaire

À la suite du coup d’État militaire qui dépose le président Goulart (31 mars - 1er avr. 1964), des milliers de Brésiliens, syndicalistes, intellectuels, clercs, politiques, sont arrêtés, des centaines de citoyens sont privés de leurs droits civiques. Un acte institutionnel, qui affirme vouloir « maintenir la Constitution de 1946 » tout en suspendant « pour six mois » certaines garanties, accorde pour soixante jours des pouvoirs d’exception presque absolus au président de la République, le maréchal Humberto Castelo Branco (1900-1967), afin « d’assurer l’œuvre de reconstitution économique, financière, politique et morale du Brésil ». Dix-huit mois plus tard, l’acte institutionnel no II supprime les élections présidentielles au suffrage direct et abolit tous les partis ; en 1966, un troisième acte met fin aux élections de gouverneurs au suffrage direct.


L’armée

L’armée est politisée de longue date, et son intervention n’est pas nouvelle dans la vie brésilienne : un coup d’État militaire a renversé l’empire, un autre a mis fin à la république des coronels, mais en 1930 les conspirateurs étaient des « tenentes » progressistes ; désormais ce sont des officiers supérieurs, généraux et maréchaux.

Cette unité politique dans le conservatisme n’empêche pas une profonde hétérogénéité sociale du corps des officiers, déchiré par l’existence de clientèles. Les sous-officiers se sont toujours montrés sensibles aux thèmes politiques du mouvement nationaliste. Comme la Constitution fait de l’obéissance à la loi un devoir strict pour les officiers, la légalité chez certains militaires l’emporte sur la discipline et l’esprit de corps ; ainsi, en 1955, une fraction de l’armée intervient pour faire échouer un putsch des « gorilles » ; en 1961, c’est encore l’appui des officiers « légalistes » qui permet à Goulart de succéder à Quadros. Mais, dans ces deux derniers mouvements, l’influence des sous-officiers grandit : Goulart, à plusieurs reprises, semble vouloir jouer d’eux contre leurs supérieurs ; lorsqu’en mars 1964 Goulart tolère une mutinerie de marins à Rio, il s’aliène définitivement les officiers. On distingue à l’époque plusieurs tendances parmi ces derniers : les fidèles à Goulart (les « janguistas ») qui l’abandonneront cependant lors du coup d’État, les « nationalistes » (légalistes) opposés à l’insubordination des sous-officiers, et les « progressistes » ; la droite et l’extrême droite avec le maréchal Castelo Branco, le général Arthur da Costa e Silva (né en 1902), etc. Une large majorité est composée d’indécis. Après 1964, une épuration très sévère frappera le corps des officiers.


Son gouvernement

Ce qui caractérise l’œuvre des militaires c’est la subordination de l’économie nationale au marché international et à la domination nord-américaine.

Les gouvernements militaires qui se succèdent, ceux de Castelo Branco, de Costa e Silva, de Garrastazu Médici (1969-1974), d’Ernesto Geisel (depuis janv. 1974), conservent une grande cohérence dans la poursuite des objectifs annoncés. La restriction du crédit provoque une concentration des activités industrielles, souvent sous la forme de la fusion ou du rachat par des firmes américaines. L’accord sur les investissements étrangers (1965) offre des garanties exceptionnelles aux investissements américains, auxquels le secteur minier est pratiquement abandonné ; Geisel mettra fin en 1975 au monopole du pays sur ses ressources pétrolières ; quant au secteur agraire, rien n’y est changé, et le latifúndio brésilien demeure tel qu’en lui-même.

En revanche, le gouvernement parvient, pendant un temps, à ralentir l’inflation, entreprend de grands travaux (route transamazonienne). Sa politique économique favorise d’importants investissements, qui s’accompagnent d’un développement rapide des diverses branches de la production, mais ne permettent cependant pas une expansion durable.