Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Brandebourg (suite)

L’époque moderne et contemporaine

Joachim II (1535-1571) introduisit la réforme sous sa forme saxonne (luthérienne), chercha à développer les ressources de ses États (notamment en faisant appel aux financiers juifs), mais dut abandonner le contrôle de la fiscalité aux États. Ses successeurs eurent fort à faire pour reconquérir leur autonomie financière et trouvèrent dans la mainmise sur les douanes et péages fluviaux un des moyens de réaliser cette politique. Joachim Frédéric (1598-1608) commença à se détacher du luthéranisme saxon, donc de la mouvance saxonne, inaugurant ainsi une politique dirigée contre la Saxe, qui se poursuivit pendant des siècles ; pour exercer son pouvoir régalien, il créa un Conseil secret ; sous son règne, la vie intellectuelle connut une première période faste, qui allait de pair avec un accroissement notable de l’importance politique. Jean Sigismond (1608-1619) passa au calvinisme, annexa en 1614 l’héritage rhénan (Clèves, Ravensberg et la Mark) et s’installa en 1618 en Prusse ducale ; en même temps, il organisait l’armée « nationale » des milices (Defensionswerk).

Au cours du xviie s., le Brandebourg connut une période de remarquable développement territorial visant à l’occupation des cours inférieurs de tous les fleuves d’Europe centrale, du Niémen au Rhin ; cependant, en dehors des difficultés créées par une situation diplomatique sans cesse mouvante (le Brandebourg fut dans le conflit franco-autrichien tantôt l’allié, tantôt l’ennemi de la France), la situation intérieure exigeait la poursuite énergique de la politique de centralisation administrative, financière et politique ; or, la situation d’un prince calviniste en pays luthérien était difficile, et c’est pour atténuer ce caractère luthérien que les Électeurs encouragèrent la venue de réfugiés calvinistes ou anabaptistes (notamment des huguenots). Grâce à une politique plus habile que glorieuse, mais en tout cas efficace, le Brandebourg fut l’un des bénéficiaires des traités de 1648, encore qu’il dût attendre 1680 pour réaliser toutes ses acquisitions (Magdeburg).

Lorsque, en 1701, Frédéric III se fit couronner roi en Prusse sous le nom de Frédéric Ier, le Brandebourg ne constituait plus guère que 40 p. 100 environ de la superficie de l’État des Hohenzollern, qui est devenu une puissance baltique aussi bien qu’une puissance elbienne et rhénane. Il était non plus le noyau de l’organisme politique, mais l’un des ressorts territoriaux de l’administration. En compensation de l’important recul politique des États, notamment de la noblesse, après 1654, le souverain abandonna une bonne partie de ses droits sur la terre aux propriétaires qui continuèrent à vivre dans un cadre féodal à peine modifié par divers édits. Le terme de Kurmark (Marche électorale), qui s’introduit à partir de 1640, désigne l’ensemble des terres héréditaires, à l’exclusion de la Neumark, et correspond au trait d’union entre la partie orientale — déjà fort importante et que les partages de la Pologne, venant après l’annexion de la Silésie autrichienne, accroissent encore — et la partie occidentale — sans doute bien développée, mais qui ne rejoindra en étendue la partie orientale qu’en 1815. Pendant le xviiie s., tout en développant les assèchements et en favorisant de nouvelles productions agricoles, les souverains installent des manufactures et des écoles.

En 1815, l’administration de l’État dit « prussien » est profondément réformée ; la Mark, qui survivra encore dans le cadre de ce qui subsiste du droit des États, disparaît et fait place à une province, dont les frontières sont modifiées (perte de la Altmark elbienne, acquisition de la Basse-Lusace et de la Neumark) et qui est partagée en trois districts (Regierungsbezirke), Potsdam, Francfort-sur-l’Oder, Berlin (mais, dès 1821, ce dernier district disparut) ; la diète provinciale, instituée en 1823, ne tint pas compte de ces nouveautés jusqu’en 1875. Cette année-là, une ordonnance institua une diète régionale (Landtag), après qu’en 1872 une ordonnance eut créé un cadre cantonal (Kreise). En 1918, en abdiquant, Guillaume II cessait aussi d’être margrave du Brandebourg, mais la province subsistait moins comme entité administrative que comme concept politique et culturel.

En 1945, une grande partie des terres orientales de la province devint polonaise (un peu plus de 11 300 km2, soit près d’un tiers) ; ce qui restait constitua pendant quelque temps un Land de la zone soviétique (Constitution du 31 janv. 1947, élection de la diète). La Prusse ayant été déclarée dissoute par les Alliés, le Land fit partie de la D. D. R., d’abord république fédérative. Le 23 juillet 1952, le Brandebourg cessa définitivement d’exister juridiquement ; son territoire fut partagé en trois départements (Potsdam, Francfort, Cottbus) et diminué de quelques districts rattachés aux départements de Neubrandenburg et de Schwerin.

Le Brandebourg fait partie du mythe prussien, mais ne s’identifie pas à lui. Il a signifié, surtout au xixe s., ce qu’il y avait de constance dans l’État, avec ses structures sociales qui avaient peu varié, son patriotisme qui fut par moments plus que du patriotisme local, ses cités rurales et ses grandes propriétés, et même cette réserve naturelle, acquise en 1815, qu’est le Spreewald avec ses canaux et sa population slave. Berlin s’est développé aux dépens du Brandebourg, et certains considèrent la grande capitale comme une sorte de chancre.

J. B. N.

➙ Allemagne / Berlin / Hohenzollern / Prusse / Saxe.

 J. Schultze, Die Mark Brandenburg (Berlin, 1961-1969).

Brandes (Georg)

Critique littéraire danois (Copenhague 1842 - id. 1927).


Georg Brandes fut, pendant vingt ans, l’autorité littéraire des pays nordiques. La littérature européenne, jusqu’alors sans écho véritable en Scandinavie, trouva en lui un disciple éminent. Il joua, en réalité, un double rôle : tout d’abord, il fit connaître la littérature moderne et suscita une nouvelle école, souvent dénommée naturaliste, sur laquelle son esprit synthétique et critique exerça une influence considérable ; en second lieu, il attira l’attention de l’Europe sur la nouvelle littérature réaliste des pays nordiques. Autour de lui se groupèrent des noms illustres tels que J. P. Jacobsen, Ibsen, Bjørnson, Strindberg. Sa correspondance s’adressa aux écrivains de l’Europe entière, tels que Taine, Renan, Anatole France, voire Clemenceau, pour ne citer que des personnalités françaises. Il fut aussi l’un des premiers à avoir invité Kierkegaard, Ibsen, Strindberg et Nietzsche à participer au grand débat intellectuel de l’Europe.