Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

botanique

Étude scientifique des plantes et, plus généralement, des organismes végétaux. On en excepte ordinairement la microbiologie, étude des Bactéries et des virus.



Histoire de la botanique


L’Antiquité

Les pythagoriciens (500 av. J.-C.) considéraient les plantes comme des êtres vivants ayant une organisation propre, et Anaxagore et Empédocle établissaient déjà que les fleurs étaient le réceptacle des sexes mâles et femelles, et distinguaient les étamines et le pistil.

L’Histoire des plantes (9 livres perdus aujourd’hui) et les Causes des plantes (6 livres) de Théophraste (né v. 372 av. J.-C.) décrivent plus de cinq cents végétaux. Ces livres sont un mélange de notions généralement admises à l’époque et d’observations personnelles : par exemple sur le rôle de la fleur, la notion de cotylédon, le mécanisme de la chute des feuilles et l’opposition de structure entre les troncs de Palmiers et ceux des autres arbres. Théophraste distingue sur les Pistachiers et les Palmiers les deux sexes, des plantes « stériles » (mâles) et des plantes « fertiles » (femelles), et montre la nécessité de la poussière des fleurs mâles sur les fleurs femelles pour obtenir des fruits.

On trouve dans ces ouvrages des comptes rendus d’expériences qui laissent apparaître une réelle rigueur. Théophraste établit en outre une classification rigoureuse pour les nombreuses plantes dont il donne la description ; il se fonde surtout sur la morphologie générale et il distingue ainsi les arbres avec un seul tronc, ramifiés à partir d’une certaine hauteur, les arbrisseaux, au tronc ramifié dès la base, les sous-arbrisseaux et enfin les herbes, dépourvues de tronc et dont les feuilles sortent de terre.

Au iie s. av. J.-C., le poète grec Nicandre et Krateuas, médecin de Mithridate, nous ont laissé de nombreuses descriptions de plantes, qui furent reprises plus tard par Dioscoride (Pedanius), médecin grec du ier s. apr. J.-C. Celui-ci composa un traité de matière médicale où environ sept cents plantes, minutieusement décrites (racines, fruits, milieu de vie), sont rangées suivant leurs propriétés pharmacologiques. Cet ouvrage, extrêmement lu et répandu, toucha non seulement le monde grec, mais aussi les mondes latin et arabe, et il fut encore à l’honneur au Moyen Âge.

À la même époque, Pline l’Ancien (23-79 apr. J.-C.) composa une véritable encyclopédie (Naturalis Historia) en trente-sept livres ; les documents les plus intéressants concernent l’arboriculture et l’horticulture, et sont une source importante de renseignements sur les techniques de l’époque.


Le Moyen Âge

• Les Arabes. La botanique, après la chute de Rome, trouva asile dans la civilisation arabe, et de nombreuses traductions d’auteurs anciens furent faites, en particulier, dès le ixe s., celle du traité de matière médicale de Dioscoride, qui servit ensuite de base à toute la médecine arabe. C’est surtout dans un but pratique que furent publiés les grands ouvrages de botanique : traités d’agriculture, des « simples », de pharmacologie, de toxicologie. Dans leurs encyclopédies, Avicenne* (980-1037), al-Bīrūnī* (xie s.) et Qazwīnī (xiiie s.) décrivirent et nommèrent un grand nombre d’espèces. Al-Bīrūnī découvrit la régularité d’implantation des pièces florales et créa la notion de diagramme caractérisant l’espèce.

• Bassin méditerranéen oriental. Dans la Byzance médiévale, la botanique ne fut étudiée que pour servir la médecine et l’agriculture ; les ouvrages furent le plus souvent consacrés à des énumérations de plantes et à des descriptions accompagnées parfois d’illustrations. Quelques végétaux orientaux furent ajoutés aux listes des siècles précédents.

Le peuple juif, lui, joua un rôle important dans la diffusion des connaissances. En effet, la Diaspora transmit à de nombreux peuples les éléments des sciences antiques. On retrouve dans les Talmuds de précieuses indications sur les arbres, les plantes vénéneuses, médicinales et alimentaires. Beaucoup de traductions et de traités furent élaborés par des savants juifs : par Asaph au viie s., par Shabbetay Donnolo au xe s. et surtout par Rabbi Salomon ben Isaac. À côté de ces ouvrages, où sont réunis des renseignements morphologiques et systématiques, d’autres firent, dès le viiie s., connaître la flore, la faune et les peuples de régions lointaines comme la Mésopotamie, l’Afrique, la Perse et la Gaule.

• L’Occident chrétien. Au Moyen Âge, pendant la première période qui va de l’invasion barbare au début du xie s., les sciences ont peu progressé ; cependant, certaines encyclopédies monumentales (Institutions de Cassiodore, Étymologies d’Isidore de Séville, travaux de Bède le Vénérable) sortirent de l’oubli et présentèrent sous de nouvelles formes la science antique. Dès le début de la deuxième période, remarquable grâce aux nombreux contacts que les Occidentaux eurent avec les étrangers, on vit apparaître l’influence de la science islamique, transmise souvent par les Juifs du pourtour méditerranéen.

Une des premières sommes fut celle de Vincent de Beauvais (v. 1190 - v. 1264), qui fut reprise par le dominicain Thomas de Cantimpré (1201-1263) dans son De naturis rerum, dont trois livres sur dix-neuf sont réservés à la botanique. Albert* le Grand (1200-1280) composa un véritable traité de botanique, De vegetabilibus aut plantis. Il décrivit différents types de feuilles, de fleurs et de fruits, distingua épines et piquants, calice et corolle, et discourut même sur la structure de la graine (dispositions des embryons). Il pressentit la relation entre la chaleur et la lumière, d’une part, et la maturation des grappes de vigne, d’autre part. C’est à la fin du xiiie s. qu’apparut la loupe, qui devait permettre la découverte d’éléments de plus en plus petits.


Le xvie siècle

Au début de la Renaissance, on abandonna peu à peu les grandes encyclopédies. Otto Brunfels (1488-1534), Leonhart Fuchs (1501-1566), Hieronymus Bock (1498-1544) recherchèrent dans la nature elle-même les faits qu’ils décrivirent, sans philosopher sur les textes anciens ; ils commencèrent à accumuler de véritables documents scientifiques, mais n’en tirèrent pas de classification valable. Dans le même temps, les premiers herbiers locaux commencèrent à être constitués, et nous possédons encore quelques-uns de ces vieux spécimens (Rome, Muséum de Paris).