Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bosnie-Herzégovine (suite)

Depuis 1908

L’Autriche a dû faire une campagne militaire pour imposer son occupation ; une nouvelle pacification sera nécessaire pour enrayer l’agitation contre la conscription obligatoire en 1882. Administrée d’une façon autoritaire, en particulier sous Benjamin von Kállay (ministre des Finances de Vienne) de 1882 à 1903, la Bosnie bénéficie de peu de réformes. Le maintien des lois turques en matière agraire favorise les grands propriétaires musulmans ; cependant, la loi de 1911 accélère la libération des serfs par achat aux propriétaires.

Dans le cadre d’un capitalisme d’État, l’Autriche développe l’économie, mais sans souci réel de l’intérêt du pays (voies ferrées étroites, surexploitation). Elle lutte contre le nationalisme musulman, croate et serbe surtout, tout en propageant l’idée d’une nationalité bosniaque. Malgré certaines concessions obtenues après 1903 (autonomie religieuse et scolaire pour les musulmans et les Serbes, Constitution de 1910), l’opposition se développe : grève générale en 1906 ; « grève » des paysans en 1910, qui refusent de payer les redevances ; mouvement pour l’indépendance, le yougoslavisme, avec Petar Kočić (1877-1916) ; mouvement de la jeunesse de Bosnie, réunie dans la Mlada Bosna. Quelques jeunes Bosniaques, dont certains reviennent à cette fin de Serbie, où ils étaient réfugiés, préparent l’attentat qui coûtera la vie à l’archiduc héritier d’Autriche François-Ferdinand lors de son passage à Sarajevo (28 juin 1914) et qui sera à l’origine de la Première Guerre mondiale.

Après la défaite de l’Autriche en 1918, la Bosnie s’intègre dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes établi en décembre 1918, mais n’y jouit pas de l’autonomie escomptée. Un parti musulman yougoslave (Jugoslovenska Muslimanska Organizacija), dirigé par Mehmet Spaho et groupant surtout les grands propriétaires, se montre opportuniste ; il soutient la Constitution centraliste de 1921 afin d’obtenir des indemnités supérieures pour les terres touchées par la réforme agraire. Intégrée en 1941 à l’« État indépendant croate », devenu un centre important des activités du mouvement des partisans (et des contre-attaques allemandes), la Bosnie crée en novembre 1943 son Conseil antifasciste de libération nationale. Libérée totalement en 1945, grâce à l’action des partisans, elle peut prendre alors sa pleine expansion en tant que république fédérée de Bosnie-Herzégovine dans le cadre de l’État fédéral yougoslave à système socialiste.

M. P. C.

➙ Yougoslavie.

 V. Klaić, Geschichte Bosniens (trad. du croate, Leipzig, 1885). / I. Cvijić, l’Annexion de la Bosnie et la question serbe (Hachette, 1909). / M. Prelog, Histoire de la Bosnie (en croate, Sarajevo, 1912 ; 3 vol.). / D. Obolensky, The Bogomils (Cambridge, 1948). / M. Šamić, les Voyageurs français en Bosnie à la fin du xviiie siècle et au début du xixe, et le pays tel qu’ils l’ont vu (Didier, 1960). / V. Dedijer, The Road to Sarajevo (Londres, 1967 ; trad. fr. la Route de Sarajevo, Gallimard, 1969).

Bosse (Abraham)

Graveur français (Tours 1602 - Paris 1676).


Fils d’un tailleur, il eut l’occasion de voir dans sa ville natale des gravures de Jacques Callot*, qu’il vint, dit-on, rencontrer à Paris en 1628 et qui lui enseigna de remplacer le vernis mou et gras dont les premiers graveurs à l’eau-forte avaient coutume d’enduire la planche de cuivre par un vernis dur qu’employaient déjà les luthiers. Abraham Bosse allait lui-même donner plus de consistance à ce vernis, plus de résistance à l’outil et obtenir ainsi des estampes ayant la même fermeté de style que celles qui étaient réalisées au burin.

Il s’établit dans l’île Saint-Louis et se fit apprécier, dès 1629, par une Suite de gravures de mode à la manière de Callot, d’un naturalisme exact et d’un métier très surveillé. Il préludait ainsi à une abondante production, 1 506 pièces constituant un tableau complet de la société française sous Louis XIII (son aîné d’un an) et sous Louis XIV : la Maîtresse d’école, la Boutique du pâtissier, les Soldats au cabaret, Le cordonnier qui essaie des souliers à une dame, L’apothicaire qui apporte un clystère, les Caquets de l’accouchée, le Bal, la Bénédiction de la table, la Galerie du palais, le Courtisan suivant le dernier édit, le Crocheteur, le Peintre, le Sculpteur, les Graveurs, Figures en naturel, tant des vêtements que des postures, des gardes françaises du Roy Très-Chrétien, etc.

Le seul écart d’imagination qu’il se soit permis fut, dans sa série des Paraboles, de représenter, dans le cadre du Paris de son temps, les scènes et les personnages de la Bible (il était ardent calviniste). Témoin scrupuleux de son époque, Bosse est, de nos jours encore, fort apprécié par les historiens des mœurs et des coutumes.

Il avait applaudi à la fondation de l’Académie royale et obtenu d’y enseigner gratuitement la perspective, qu’il avait apprise du mathématicien G. Desargues et dont il faisait tout dépendre dans l’art de dessiner, de peindre et de graver. Il distinguait deux manières de procéder : « l’une, à force de dessiner en tâtonnant, à la vue du naturel ou modèle, sans autre conduite que l’œil qui est fort sujet à se tromper ; l’autre, en travaillant par règle et avec conduite et connaissance de cause ou de raison de l’effet qu’aura l’ouvrage ». Il se prononçait par conséquent contre les épigones de la seconde école de Fontainebleau et préférait Nicolas Poussin et, sans doute, Louis Le Nain à Charles Le Brun. Partisan résolu des « vieilles formules réalistes françaises », il s’inspirait probablement de Descartes (son contemporain) pour systématiser sa doctrine, mais avec une outrance qui allait le perdre : nommé graveur honoraire de l’Académie en 1651, conseiller en 1655, il s’en fit exclure en 1661 pour avoir publié, à côté de maints traités techniques, des pamphlets d’une violence extrême, où il allait jusqu’à attaquer, outre Le Brun et certains académiciens, Louis XIV et Colbert. Il fonda une école concurrente et mérita d’inspirer à l’abbé de Marolles ce vers cruel :
Mais pour vouloir écrire il gâta son négoce.
Il mourut en effet pauvre et abandonné.

M. G.

 G. Duplessis, Catalogue de l’œuvre d’Abraham Bosse (Revue universelle des arts, Bruxelles, 1859). / A. Blum, l’Œuvre gravé d’Abraham Bosse (A. Morancé, 1924) ; Abraham Bosse et la société française au xviie s. (A. Morancé, 1924).