Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bonington (Richard Parkes) (suite)

La même année, Bonington arrive à Paris, où il va faire carrière. Il fréquente quelque temps l’atelier de Gros*. Il prend contact avec de jeunes artistes, Paul Huet, Eugène Isabey, Delacroix*, qui admire la précocité de ses dons et lui porte dès lors une fidèle amitié. Étudiant les collections du Louvre, il préfère les écoles du Nord. Il copie à l’aquarelle des œuvres de Jordaens, Rubens, Ruysdael, Philippe de Champaigne...

En 1821, Bonington parcourt la Normandie et le nord de la France, qui étaient alors le pôle d’attraction du romantisme* franco-anglais ; en 1823, il se rend en Belgique. De ses voyages, il rapporte de nombreuses études à l’aquarelle, qui lui servent de modèles pour des lithographies. En effet, il collabore au grand recueil des Voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France, dirigé depuis 1820 par Charles Nodier, le baron Taylor et Alphonse de Cailleux ; en 1824, il publie une suite lithographique des Restes et fragments d’architecture du Moyen Âge.

Bonington assume tout l’idéal de l’époque romantique : ses aquarelles des Bords de Seine à Rouen (Manchester, Whitworth Art Gallery), ses Vues de l’Église Saint-Vulfran d’Abbeville (Paris, B. N.), du Mont Saint-Michel (musée de Calais), du Pont Notre-Dame à Paris sont l’expression d’un sentiment naturaliste nouveau. Les conquêtes de la peinture en plein air, la vitesse d’exécution, le triomphe de la couleur pure sur la forme dessinée, alliés à une justesse des détails digne des Flamands, s’imposent également dans ses peintures à l’huile : ses Marines (Louvre, musée de Besançon), la vue du Parterre d’eau de Versailles (Louvre) ou le Transept de l’église Saint-Bertin à Saint-Omer (Nottingham Castle Museum).

En 1825, Bonington se rend à Londres avec Delacroix. Quelques mois après, celui-ci lui ouvre son atelier lors de leur retour à Paris. C’est alors que les deux artistes exercèrent l’un sur l’autre l’influence la plus vive, Bonington peignant des sujets orientalistes, le Chibouk (Dublin, National Gallery), l’Odalisque au palmier (1827, Louvre).

En 1826-27, Bonington accomplit un nouveau voyage, en Italie cette fois et surtout à Venise, qui fut une véritable révélation pour le génie de coloriste du peintre. L’aquarelle du Colleone (Louvre), le tableau intitulé l’Espace (musée de Reims), les toiles du Quai des Esclavons (Louvre), du Palais des Doges (Londres, Tate Gallery), de la Vue de l’Adriatique (Louvre) fixent les éléments atmosphériques les plus diffus, annonçant l’impressionnisme.

Lorsque Bonington rentre à Paris, en 1827, il est déjà très atteint par la tuberculose. Il expose au Salon parisien ainsi qu’à la Royal Academy de Londres, puis à la British Institution en 1828. Ces deux dernières années sont consacrées à la peinture d’histoire dans le goût de Walter Scott, de Goethe ou d’Alexandre Dumas : Anne d’Autriche et Mazarin (Louvre), François Ier et la duchesse d’Étampes (Londres, Wallace Collection).

À partir de 1830, l’art de Bonington sera l’objet de nombreuses imitations, et le terme de « boningtonisme » désignera un nouveau type de paysage romantique inspiré par l’artiste prématurément disparu.

P. H. P.

 A. Shirley, Bonington (Londres, 1941). / Catalogue d’exposition : Bonington, musée Jacquemart-André, Paris (1966).

Bonn

Capit. de la République fédérale d’Allemagne, sur le Rhin ; 300 000 habitants.


Bonn est devenue capitale de la République fédérale d’Allemagne par suite de la rivalité de Cologne et de Francfort qui, toutes deux, après la partition de l’Allemagne et la proclamation de la souveraineté de la République fédérale d’Allemagne en 1949, ont prétendu recueillir la succession de Berlin. Rien ne prédestinait cette ville universitaire et bourgeoise des bords du Rhin à devenir la capitale d’un État de 60 millions d’habitants.

Le nom de Bonn est d’origine préromaine. À l’époque romaine, une garnison y est installée. L’occupation franque ne fait pas sortir la bourgade de l’anonymat. Le xiiie s. est plus brillant. Charles IV de Luxembourg est couronné roi de Germanie, en 1346, dans la cathédrale de Bonn. Située sur une terrasse du Rhin, la ville devient, à partir du xvie s., la résidence des archevêques-Électeurs de Cologne. La ville est détruite partiellement au cours des guerres du xviie s. Au siècle suivant, la fonction résidentielle prend de l’ampleur. De célèbres architectes, Enrico Zuccali et Robert de Cotte, travaillent aux constructions de l’Électeur. Beethoven dont la maison natale est conservée, naît dans la ville en 1770. Le dernier Électeur, Maximilien-François, fils de Marie-Thérèse d’Autriche, transforme en université, en 1786, l’Académie créée en 1777. Les professeurs de l’université joueront un rôle important lors de la révolution de 1848. Au cours des hostilités de la guerre de 1939-1945, la ville subit de graves bombardements qui détruisent partiellement le vieux noyau urbain.

C’est en septembre 1949 que se réunit à Bonn la première assemblée de députés (Bundestag), qui proclama le 3 novembre 1949 Bonn capitale de la République fédérale d’Allemagne. Cette promotion nécessita une révision de la conception de l’urbanisme dans le cadre de la reconstruction. Il s’agissait de faire de cette ville provinciale une ville politique et administrative susceptible de recevoir et d’héberger de hautes personnalités étrangères et allemandes. Ministères, ambassades et légations durent trouver des abris provisoires en attendant des constructions définitives. Les hôtels et résidences bourgeoises ne suffirent pas. Sans doute la Koblenzer Strasse n’a-t-elle pas l’allure de l’avenue Unter den Linden, mais les promenades le long du Rhin, les villas englouties dans les parcs de verdure donnent aux zones entourant le noyau urbain central un aspect de calme et de fraîcheur, cette dernière n’étant pas à dédaigner lors des journées surchauffées d’été. Le palais Schaumburg est la demeure du chancelier, la villa Hammerschmidt celle du président de la République. L’urbanisation des espaces verts et non bâtis de la ville a été lente jusque vers 1960-1962. Au fur et à mesure que la réunification des deux Allemagnes s’est estompée, la nécessité de développer davantage les services centraux et fédéraux a entraîné une nouvelle forme d’urbanisme. Le style rhénan traditionnel, avec ses villas et maisons peu élevées, cède la place aux buildings, tels la nouvelle chambre des députés et certains sièges d’assurances ou autres organismes tertiaires. La proximité de Cologne est un handicap certain, mais les nouvelles fonctions ont profité aux villes de Bad Godesberg et Beuel (rive droite). Ambassades et résidences de luxe essaiment sur les deux rives du Rhin, reliées par des ponts et de nombreux bacs.