Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

bois (suite)

Protection et conservation

Chaque essence peut résister plus ou moins bien à l’action du milieu ambiant, à l’action de l’air et de l’humidité, du soleil ou de la pluie, de même qu’à la pollution atmosphérique. Mais le bois est souvent soumis à l’action d’organismes vivants, bactéries, champignons, insectes, qui peuvent vivre à ses dépens et détruire tout ou partie de sa structure physique ou chimique. Certaines essences sont naturellement organisées pour présenter une bonne résistance, qui peut s’étendre sur plusieurs dizaines d’années : ce sont les essences dites durables. D’autres, au contraire, sont rapidement détruites. La durabilité qui caractérise ce genre de résistance à la destruction est due à la présence dans le bois de produits naturels antiseptiques s’opposant aux attaques des organismes xylophages. Les tanins du chêne ou du châtaignier, les résines du pin, les oléorésines de certains bois tropicaux, comme le teck ou le niangon, constituent une défense certaine contre champignons et insectes destructeurs. Les bois durables se reconnaissent souvent à la présence à l’intérieur du bois, dans la partie centrale du tronc, d’une zone circulaire colorée, brunâtre ou rougeâtre : c’est le duramen, ou bois parfait, ou encore bois de cœur. Les essences à duramen (chêne, châtaignier, orme, pins, mélèze, etc.) comportent une zone extérieure plus claire, nettement tranchée, l’aubier. Alors que le duramen est durable, capable de se maintenir très longtemps sans attaque sensible, l’aubier est très vulnérable et rapidement détruit. D’autres essences n’ont pas de duramen visible, aubier et cœur n’étant pas différenciés, et leur durabilité est faible, car le bois ne contient que peu ou pas de produits protecteurs. Certains traitements dits de protection ou de conservation permettent de conférer au bois des essences altérables ou à l’aubier une durabilité artificielle de plus ou moins longue durée. Ils consistent à faire pénétrer dans les cellules des substances antiseptiques convenablement choisies qui s’opposeront par la suite à toute attaque des organismes destructeurs. Les méthodes de traitement sont variées. Les unes dites superficielles s’opposent surtout à l’attaque des insectes, qui infestent les bois par l’extérieur, et intéressent seulement la surface du bois : les produits sont alors appliqués par badigeonnages, pulvérisations, trempages. Les autres dites profondes font pénétrer le produit dans la masse même du bois ; elles utilisent des appareillages perfectionnés (autoclaves) et agissent par cycles alternés de vide et de pression convenablement appliqués ; c’est par ces méthodes (Bethell, Rüping) que sont traités notamment les traverses de chemin de fer, les poteaux de lignes, les semelles et bois au sol dans les travaux publics.

Quel que soit le procédé utilisé, certains bois sont très difficilement imprégnables : c’est le cas de nombreux résineux (sapins, épicéas) ; les pins sont plus faciles à traiter. Les bois durs et denses s’imprègnent plus difficilement que les bois tendres et poreux. Les bois homogènes, comme le hêtre, sont ceux qui donnent les meilleurs résultats. Les traverses de hêtre créosotées sont aussi durables que celles de chêne. Les produits utilisés sont nombreux et variés. Ils peuvent être insecticides, fongicides ou polyvalents. La créosote, le carbonyle et les goudrons sont parmi les plus anciennement utilisés ; la créosote reste le produit type pour les bois à l’extérieur (poteaux, traverses). Pour le bâtiment et les bois mis en œuvre à l’intérieur, on demande des produits sans odeur, peu colorés, mais d’efficacité certaine. Les sels de cuivre, de zinc, de fluor et de mercure sont utilisés en solutions. Il existe des produits plus actifs, à base de phénols nitrés ou chlorés, de naphténates, de chloronaphtalènes, d’arséniates, soit en solutions salines, soit en solutions huileuses, qui conduisent à d’excellents résultats.

La protection contre les champignons et les insectes n’est pas la seule recherchée. Le feu est aussi un ennemi du bois, matériau bien connu comme inflammable et combustible. Cependant, il ne faut pas exagérer les dangers que le bois peut faire courir dans les bâtiments et les habitations, étant donné d’une part sa lenteur de combustion, s’il est employé sous fortes épaisseurs, d’autre part l’absence de déformations et de poussées sur les murs durant l’incendie. Quoi qu’il en soit, il existe de nombreux produits utilisables pour l’imprégnation en vue de la défense du bois contre le feu. L’ignifugation se fait par les mêmes méthodes superficielles et profondes que pour la protection contre les champignons et les insectes : on peut obtenir soit une protection superficielle, par badigeonnages ou trempages, qui empêche l’inflammation du bois, soit une protection par imprégnation profonde, destinée à empêcher la combustion. Parmi les produits ignifuges utilisés, les uns, tels les sels ammoniacaux, les phosphates, etc., agissent par dégagement de gaz inertes anticomburants, alors que les autres, comme le borate de sodium et divers silicates, forment un vernis protecteur. Pratiquement, on utilise souvent dans la protection des bâtiments des peintures ou des vernis ignifuges, qui joignent un effet protecteur à leur rôle décoratif.


Production et commerce

La plupart des forêts sont traitées dans le but de produire du bois dans les meilleures conditions possibles de qualité et de quantité. Dans le traitement en futaie régulière, on cherche à obtenir des arbres de grande taille, de fort diamètre, à croissance régulière, qui sont la source des meilleurs choix de bois commerciaux. Le taillis ne produit que des perches de faible diamètre, d’essences feuillues, autrefois utilisées comme bois de chauffage ou pour des usages secondaires. Un arbre abattu donne principalement du bois d’œuvre. Suivant sa longueur, le tronc est découpé en une ou plusieurs « grumes », dont la valeur dépend de l’essence et des qualités technologiques : diamètre, rectitude, régularité du tronc, absence de défauts, etc. Suivant leurs qualités, les grumes sont dirigées vers la scierie, où elles sont débitées en planches, plateaux, madriers et pièces diverses : ce sont les bois de sciage, utilisés dans la menuiserie, la charpente, la construction, le coffrage, etc. Les grumes de pied de très belle qualité et d’essences choisies (chêne, frêne, érable, etc.) vont vers l’industrie du tranchage, pour être transformées en placages, ou encore vers celle du déroulage, où elles sont transformées en panneaux contre-plaqués. La partie supérieure du tronc, ou surbille, les grosses branches de même que les tiges des arbres à faible diamètre provenant des taillis sont tronçonnées, façonnées et forment la catégorie des bois d’industrie. Ceux-ci ont de nombreuses utilisations. Sous le nom de bois ronds, c’est-à-dire de perches non écorcées, on les emploie comme poteaux de lignes, bois d’échafaudage, bois de mine pour le soutènement des galeries, etc. Les traverses et bois de voie pour les chemins de fer, les semelles et gros bois pour les travaux publics sont prélevés dans les surbilles. Actuellement, la plus grande partie des bois d’industrie, résineux et feuillus, constitue la matière première d’industries très importantes : pâtes cellulosiques, à papier, à carton, à textiles artificiels, panneaux de fibres et de particules. Aussi, les bois de taillis et les bois résineux provenant de reboisements et d’éclaircies sont-ils de plus en plus recherchés.

Les bois de chauffage, ou bois de feu, dont l’utilisation est en forte régression, représentent encore une demande importante dans les régions forestières et agricoles. Industriellement, ils trouvent des débouchés dans la distillation du bois, la carbonisation, l’hydrolyse.