Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bohême (suite)

Au nord-est, les Sudètes comprennent une série de horsts cristallins ou primaires découpés par des vallées et des bassins, ce qui facilite les passages en direction de la Pologne : Lužické Hory, Jizerské Hory, Krkonoše (ou monts des Géants), culminant à 1 602 m et portant de belles traces de glaciation quaternaire, Orlické Hory, qui se prolongent en Moravie par les Jeseníky, offrent de beaux pâturages, des forêts trouées de vastes clairières et des vallées industrialisées dès l’époque autrichienne. La ville de Liberec demeure le foyer d’une industrie textile disséminée (cotonnades et draps) ; Jablonec reste le centre mondial de la verroterie, malgré le départ en Allemagne occidentale de la main-d’œuvre allemande, qui a recréé des usines de fabrication de l’article « Gablonz », notamment en Bavière et en Souabe.

Au sud-ouest, le Český Les (la forêt tchèque) et la Šumava (la forêt) présentent des croupes plus massives, entaillées seulement par la passe de Furth en direction de la Haute-Bavière. Les sommets ne dépassent pas 1 400 m, mais le taux de couverture forestière, qui est de plus de 50 p. 100 en moyenne, dépasse en certains cantons 80 p. 100. De beaux reliefs de style appalachien s’allongent de la Šumava jusqu’aux abords de Prague : ils forment les collines et vallées des Brdy. Cette région, sans autre ville que des bourgades de contact (Domažlice, Klatovy), a connu l’activité typique des massifs anciens : mineurs et chercheurs d’or, bûcherons et charbonniers, verriers et céramistes ont à peu près disparu, et ne demeurent que les industries du bois et du graphite (fabrication de crayons) de České Budějovice, la première ville de la Vltava supérieure, qui appartient déjà à l’intérieur de la Bohême.

À l’est, les « hauteurs tchéco-moraves » justifient, par leur position, le terme de quadrilatère, appliqué à la Bohême. Formées de plis complexes, de plateaux calcaires, de collines disséquées, elles constituent en fait la ligne de partage des eaux entre le versant danubien et celui de la mer du Nord, où s’écoule le réseau de l’Elbe. Les plateaux découpés par les affluents de la Vltava, de la Sázava et de la Labe ont une activité agro-pastorale. La vallée supérieure de la Vltava, barrée en plusieurs points, assure une production d’énergie hydro-électrique, le ravitaillement en eau des villes et la zone de récréation et de tourisme des habitants de la capitale.

Le centre est constitué par des collines et plateaux très découpés par des cours d’eau, beaucoup moins élevés, mieux peuplés et plus riches en villes que le pourtour.

Deux bassins concentrent les activités et la population. Celui de Plzeň, d’origine tectonique, a été élargi par la confluence des rivières qui forment la Berounka. À partir d’activités traditionnelles (extraction de la houille, céramique) s’est développé un gros foyer industriel, avec, au centre, l’entreprise Škoda, qui emploie plus de 50 000 salariés et assure la production de matériel roulant et militaire, notamment d’une marque de voiture de tourisme qui porte ce nom. La brasserie de Plzeň symbolise la qualité exceptionnelle d’une production en majeure partie exportée.

Le Polabí est une longue dépression de 100 km de long sur 30 à 40 km de large, empruntée par la Labe supérieure. Collines bien exposées, terrasses couvertes de lœss, plaines alluviales humides, tous ces milieux offrent une gamme extraordinaire de très bons terroirs, peuplés et défrichés depuis le Néolithique, sous un climat typiquement continental, aux étés à la fois chauds et humides. Les parts de labours dans la superficie agricole sont parmi les plus élevées de toute la Tchécoslovaquie ; le système de cultures repose sur les céréales, la betterave et les plantes industrielles. Les villes, gros marchés de grains et de produits de l’élevage, se sont transformées avec l’implantation d’industries décentralisées ou créées de toutes pièces : ainsi à Mladá Boleslav, centre de construction automobile. Hradec Králové et Pardubice, sur des voies de passage importantes, ont développé toute une gamme d’industries alimentaires, textiles et mécaniques. Mělník, au confluent de la Vltava, possède le vignoble le plus septentrional de Tchécoslovaquie. Des districts de cultures spéciales (houblon, cultures maraîchères, petits fruits et vergers) assurent le ravitaillement de l’agglomération de Prague.


Les problèmes

La périphérie a constitué le territoire des « Allemands des Sudètes », occupé par Hitler en 1938 et fortement colonisé par plus de 3 millions de Germaniques de souche ou immigrés. Après l’expulsion, en 1945, de plus de 90 p. 100 de cette population, la recolonisation tchèque, malgré de nombreux efforts, n’a pas partout donné les résultats escomptés. Actuellement, on peut estimer que la population d’origine tchécoslovaque atteint le chiffre de la population allemande expulsée, mais les densités et le dynamisme de l’activité économique varient selon les districts. Les montagnes et la Šumava comptent parmi les moins actifs, et l’on s’efforce de les convertir vers l’activité pastorale et touristique. En revanche, la trouée de la Labe, les bassins du lignite (Most-Chomutov et Sokolov) et les villes industrielles ont connu une expansion rapide.

Les crises récentes de l’industrie sont dues à la conjoncture et à la politique économique, qui fut dénoncée en 1967 et en 1968 : excessive centralisation de l’économie, priorité presque absolue à l’industrie lourde, fondée sur des charbons à faible pouvoir calorifique, non-rentabilité des entreprises, etc. Or, cette crise a affecté les régions de Bohême plus encore que la Silésie et la Slovaquie, et n’est pas étrangère aux événements de 1968.

Prague est sans doute l’une des capitales les moins centralisées de tous les pays socialistes (sa population ne dépasse guère le million d’habitants), et pose le problème de sa croissance face au complexe sidérurgique silésien et à l’industrialisation rapide de la Slovaquie, symbolisée par le dynamisme de Bratislava*.

A. B.