Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bodin (Jean) (suite)

Parmi ses ouvrages, souvent traduits à l’étranger, on peut citer : Methodus ad facilem historiarum cognitionem (1566), où il souhaite que l’étude du droit soit éclairée par celle de l’histoire, de la philosophie et de la politique ; la Réponse aux paradoxes de M. de Malestroit touchant le fait des monnaies et l’enchérissement de toutes choses (1568), dans laquelle il affirme que l’inflation est la conséquence de l’accroissement de la quantité d’or et d’argent provoqué par la découverte de l’Amérique, le développement du commerce avec l’Orient et la fondation à Lyon d’une banque qui attire des épargnes étrangères. Mais son œuvre essentielle est constituée par le traité de la République (1576), dans lequel il conserve au terme de république son ancien sens d’« administration de la chose publique ». Pour Bodin, l’acte social a une double base : la famille (constituée d’individus) et l’État (constitué de ménages) ; la république, gouvernement de ce qui est commun, implique l’établissement d’une puissance souveraine dont le caractère est d’être indivisible, perpétuelle et absolue. Le souverain (roi, peuple ou corps de nobles) n’est pas subordonné à des lois humaines, mais est tenu de se soumettre aux lois divines et naturelles ; néanmoins, la famille et la propriété seraient inviolables ; d’où la règle selon laquelle l’impôt ne peut être levé sans avoir été accepté au préalable par les familles ou leurs représentants. Il oppose l’État populaire, où l’égalité est recherchée bien que la nature s’y refuse, l’État aristocratique, où il est difficile de trouver un nombre suffisant d’hommes capables de gouverner, et l’État monarchique, qui évite la division de la souveraineté et qu’il souhaite héréditaire. Il ne reconnaît aucune autre sorte d’États, mais, énumérant les formes de gouvernements que chacun de ces États peut adopter, il préconise le gouvernement populaire dans un État monarchique, car « il constitue la plus assurée monarchie qui soit ».

R. M.

 J. H. Franklin, Jean Bodin and the Sixteenth-Century Revolution in the Methodology of Law and History (New York, 1963). / G. Cotroneo, Jean Bodin, teorico della storia (Naples, 1966).

Boffrand (Germain)

Architecte et décorateur français (Nantes 1667 - Paris 1754).


Fils de Jean Boffrand, architecte et sculpteur nantais, et neveu de Quinault, Boffrand vient à Paris à quatorze ans pour apprendre la sculpture, l’hiver, chez Girardon et l’architecture, l’été, sur les chantiers de Jules Hardouin-Mansart*. Tôt distingué par celui-ci, il obtient à vingt-trois ans la charge de directeur du cabinet de dessin des Bâtiments royaux. Mieux encore, lorsque le duc de Lorraine, neveu de Louis XIV, demande au roi un architecte, Mansart, trop occupé, se désiste en faveur de son élève, et Boffrand bâtit pour Léopold le château de Lunéville. Puis, quand il devient premier architecte du duc, c’est la Malgrange, sorte de petit Versailles (1712-1715), les aménagements du palais ducal à Nancy (1717-1720) et, pour les grands seigneurs de la cour de Lorraine, des hôtels à Nancy (Beauvau-Craon, 1712) ou des châteaux aux environs : Bugneville (1708), Croixmare (ou Craon, 1712), Haroué enfin, où il aura un pied-à-terre pour surveiller ses chantiers lorrains. Car Boffrand demeure à Paris, où sévit une fièvre de bâtir amorcée dès la fin du règne de Louis XIV. Les élèves de Mansart et d’autres aussi couvrent d’hôtels les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré. Ces artistes ont à satisfaire une clientèle lasse de la grandeur, éprise d’élégance et de raffinement. À l’exemple de son oncle Quinault, dont les tragédies « tendres » ont supplanté celles de Corneille, Boffrand va adapter les règles classiques aux exigences nouvelles ; il y est bien préparé par sa vaste culture comme par son double apprentissage et sans doute aussi par un heureux caractère, dont la bonhomie tempérait l’enthousiasme.

De la maison de Lebrun (1700) aux hôtels de Livry (1701), d’Argenson (1711, modifié en 1726), de Torcy (1713), de Seignelay (1716), de Duras (1718), etc., toutes ses demeures se caractérisent par une dignité d’aspect, une simplicité des élévations qui n’excluent ni la subordination des parties, ni la virtuosité de l’organisation intérieure. À l’hôtel Amelot de Gournay (1712), la souplesse du plan — autour d’une cour ovale, solution habile d’un parcellaire étroit — serait volontiers qualifiée de baroque si l’on ne savait l’aversion de l’artiste pour une telle appartenance. Au vrai, Boffrand demeure fidèle à Palladio*.

Les motifs pleins de fantaisie et d’invention qui caractérisent ses décors intérieurs, par exemple à l’hôtel Soubise (1732), sont toujours, eux aussi, soumis à un rythme général. Une exception cependant, les Enfants-Trouvés, œuvre tardive, où le plafond est d’un baroquisme digne des ruines feintes du palais Balbi, à Gênes. Mais cela n’atteint jamais l’architecture de Boffrand, qui reste jusqu’au dernier moment disciple de Mansart ; ses projets pour le concours de la place Louis-XV en font foi.

Boffrand est encore inspecteur général des Ponts et Chaussées et ne dédaigne pas de faire figurer dans son Livre d’architecture (1745), à côté d’un projet pour la résidence de Würzburg, un pont à Sens, un autre, en bois, à Montereau et un puits à manège pour l’hospice de Bicêtre. Ses interventions à l’Académie, dont il est dès 1708, montrent un intérêt pour les techniques, une tendance rationaliste que l’on retrouve chez son élève Pierre Patte (1723-1814). Cela a certainement tempéré son talent de décorateur, comme aussi le fait de n’être pas allé en Italie. Il semble donc difficile de lui imputer — on l’a fait parfois — l’asymétrie « rocaille* », venue d’outre-monts avec les Oppenordt* et les Meissonnier. Boffrand n’en est pas moins un des artistes les plus représentatifs de l’époque Régence.

H. P.