Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Blum (Léon) (suite)

À la tête de l’opposition, il préconise la nationalisation des chemins de fer et combat l’occupation de la Ruhr. Après la victoire du cartel des gauches, le 11 mai 1924, il se prononce contre la participation socialiste au gouvernement ; il se rapproche alors des guesdistes. C’est l’époque où il distingue la conquête du pouvoir par la révolution et l’exercice du pouvoir dans le cadre du régime capitaliste, d’où il essaierait d’extraire le maximum de justice sociale. En 1933, il condamne avec vigueur les thèses néo-socialistes, qui, selon sa propre expression, l’épouvantent, et, en 1934, il se montre réservé, sinon hostile, devant le planisme d’Henri de Man.

Léon Blum parle

« Le socialisme est une morale et presque une religion, autant qu’une doctrine. Il est [...] l’application exacte à l’état présent de la société de ces sentiments généreux et universels sur lesquels les morales et les religions se sont successivement fondées. »
Pour être socialiste (1919).

« Les deux grandes leçons entre lesquelles l’Europe devra choisir sont celles de la Grande-Bretagne travailliste et de la Russie soviétique [...]. Pour ma part, je ne doute pas un instant de son choix, pourvu qu’elle puisse choisir librement. »
Populaire dimanche (5 mars 1950).


Chef du gouvernement de « Front populaire »

Rallié à l’idée du Front populaire, dont il n’a pas été l’initiateur, Léon Blum est, au soir du 3 mai 1936, le leader du groupe le plus nombreux de la nouvelle majorité et revendique immédiatement le pouvoir. Après plusieurs semaines de consultations, qui confirment son souci de rester dans la légalité, il forme un cabinet avec les S. F. I. O., les radicaux et les socialistes indépendants, mais sans les communistes, qui ont promis leur soutien, mais ont refusé leur participation. Sept ans avant de prendre le pouvoir, Léon Blum a écrit : « Je m’attribue sans excès de vanité une vue d’ensemble des affaires, une rapidité de jugement et de décision qui ne m’en rendraient pas incapable. » Cependant, son intelligence portée vers les analyses abstraites, ses moyens physiques discrets, s’ils parviennent à s’imposer aux foules grâce à un don d’extrême clarté dans l’exposition, ne les conquièrent pas comme l’éloquence d’un Jaurès. Léon Blum, chef d’une coalition, risque d’être dépassé par le mouvement d’opinion qui l’a porté au gouvernement. Il n’en reste pas moins que son passage au pouvoir marque l’un des grands moments de la IIIe République.

La volonté de Léon Blum est d’appliquer le programme du Front populaire. Cependant, des difficultés imprévues surgissent, notamment une grande vague de grèves avec occupation. Par les accords Matignon, Léon Blum est obligé d’aller, dans le domaine social, plus loin que ne le prévoyait le programme. Par ailleurs, il procède à la nationalisation de la Banque de France, des industries de guerre et crée l’Office national du blé. Le surgissement de la guerre civile en Espagne lui pose de nouveaux problèmes ; jugeant impossible de se couper de la Grande-Bretagne et des radicaux, en apportant aux républicains espagnols l’aide dont ils ont besoin, il déçoit alors une partie de l’opinion.

En octobre 1936, il doit procéder à une dévaluation. Après avoir dû, en février 1937, proclamer une « pause » dans les réformes annoncées, Léon Blum, pris entre l’impatience des masses populaires et l’opposition des milieux conservateurs, est, le 21 juin 1937, obligé par le Sénat à démissionner. Pour ne pas briser le Front populaire, il accepte, malgré les réticences du parti socialiste, la vice-présidence du Conseil dans le cabinet Camille Chautemps qui se constitue alors. Il refuse d’entrer dans le suivant et forme, le 13 mars 1938, un nouveau cabinet, qui tombe devant le Sénat dès le 8 avril : c’est la dislocation du Front populaire. Hostile à l’accord de Munich, qu’il vote par discipline de parti, Léon Blum est de plus en plus acquis à une politique de fermeté devant Hitler.


Les années difficiles

À l’Assemblée nationale de Vichy (juill. 1940), il est l’un des quatre-vingts parlementaires qui refusent de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Arrêté le 15 septembre 1940, il est interné successivement à Chazeron (deux mois) et à Bourassol (une année). Un « conseil de justice politique », constitué par le gouvernement de Vichy, le condamne, le 16 octobre 1941, à la détention dans une prison militaire (fort du Portalet). En février 1942, il est traduit, avec plusieurs inculpés, devant la Cour de Riom sous l’accusation d’avoir trahi les devoirs de sa charge. Sa défense se révèle si efficace que le gouvernement suspend les débats (15 avr. 1942). C’est pendant ces mois de détention qu’il rédige son livre À l’échelle humaine, où il expose sa conception humaniste du socialisme. Après l’occupation, par les armées allemandes, de la zone sud, il est déporté successivement à Dachau, à Buchenwald et dans le Haut-Adige, où il est libéré, en mai 1945, par une armée américaine venant d’Italie.


Les dernières années

Revenu en France, il s’installe dans une semi-retraite. Par des articles dans le Populaire, il exerce une influence que certains contestent ; par ses interventions dans les congrès, il précise les conditions nécessaires pour qu’il soit possible d’envisager l’unité avec les communistes. Une mission aux États-Unis que lui confie en 1945 Félix Gouin, alors président du gouvernement provisoire, l’amène à orienter la France vers l’« atlantisme ».

En décembre 1946, Léon Blum constitue un gouvernement socialiste homogène dont la mission est de mettre en place les institutions de la IVe République ; pour lutter contre l’inflation, il décide une baisse autoritaire des prix.

Après la démission du gouvernement Ramadier (nov. 1947), Vincent Auriol, devenu président de la République, le charge de former un gouvernement, qui, selon toute vraisemblance, va se trouver devant une vague de grèves. Mais, le 22 novembre 1947, au lieu des 309 voix nécessaires, Léon Blum n’en recueille que 300. Il est encore, en août 1949, vice-président du Conseil dans l’éphémère ministère André Marie, mais il meurt subitement le 30 mars 1950.

G. L.

➙ France / Front populaire / République (IIIe) / Socialisme.