Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Birmingham (suite)

L’évolution démographique

La croissance de Birmingham a été foudroyante du milieu du xviiie s. au début du xxe s. : 25 000 habitants en 1750, 70 000 en 1801, 230 000 en 1851, 500 000 en 1891. La période 1870 à 1890 fut dominée par la forte personnalité de Joseph Chamberlain, maire de 1873 à 1876 et ensuite principal inspirateur du conseil municipal. Celui-ci acheta et démolit 17 hectares de taudis, réserva des terrains verts, perça de nouvelles artères, mit en place un réseau de drainage, construisit l’hôtel de ville en style néogothique, le palais de justice, des musées, racheta des sociétés de gaz, de fourniture d’eau, de transports en commun. À la suite d’annexions de villages suburbains en 1909, 1911, 1928, 1931, Birmingham devint, avec 20 500 hectares, la plus vaste ville britannique après Londres.

Le million d’habitants a été atteint en 1931 et le maximum, 1 113 000, en 1951. Depuis cette date, la population diminue légèrement, car la démolition des taudis victoriens et le percement des voies autoroutières refoulent une partie de la population vers d’autres villes des Midlands, en particulier vers les deux villes nouvelles de Redditch et de Telford, fondées en 1964 par l’État pour aider Birmingham dans son effort de rénovation urbaine.

Birmingham s’est développée si rapidement que la cité n’a reçu qu’à des dates tardives les attributs habituels des grandes villes : une députation séparée aux Communes en 1832, une charte la libérant de l’autorité seigneuriale en 1838, une cour d’assises en 1884, une université en 1900, un évêque anglican en 1905. Depuis 1966, Birmingham a une seconde université, tournée surtout vers les sciences et les techniques et soutenue par le mécénat industriel.

Birmingham, ville-champignon du xixe s., n’a ni château, ni fortifications, ni monuments intéressants. Mais elle respire la prospérité, le sens des affaires, le goût de l’action. En raison de sa jeunesse, de son caractère industriel, de la trop grande proximité de Londres (180 km) et des centres rivaux du Pays Noir, elle n’a qu’une faible influence organisatrice dans sa région. Elle est de loin la plus grande ville, mais non la seule capitale des Midlands.

C. M.

Bīrūnī (al-)

Mathématicien, astronome, médecin et logographe irano-arabe (Kāth, sur l’Amou-Daria, 973 - Rhaznī apr. 1048).


Avec le recul du temps, la figure et l’œuvre d’al-Bīrūnī, le maître Aliboron du Moyen Âge, ont pris un relief qu’elles n’avaient point connu en son siècle. Iranien d’origine, Abū al-Rayḥān Muḥammad ibn Aḥnad, ou al-Bīrūnī, participe à la renaissance de la langue persane, mais voit surtout en celle-ci un instrument d’expression littéraire ; pour lui, le grec, qu’il semble avoir maîtrisé, est un moyen de remonter aux sources de la culture philosophique et scientifique ; quant à l’arabe, il demeure à ses yeux l’idiome privilégié destiné à la transmission de l’humanisme arabo-islamique. Par une grâce du destin, al-Bīrūnī trouve dans sa province natale, le Khārezm, et sa capitale Gurgandj (ou Djurdjāniyya ; auj. Ourguentch), ainsi qu’à Bukhārā (Boukhara), les éléments nécessaires à sa formation et à sa curiosité. Celle-ci est aussi diverse qu’insatiable, et porte à la fois sur les mathématiques, l’astronomie, l’histoire de l’Antiquité iranienne et la philosophie ; elle se renforce au contact de personnalités comme Avicenne, avec lequel d’ailleurs al-Bīrūnī se brouillera. À vingt-cinq ans, il quitte le Khārezm ; à Djurdjān et à Rayy, en Iran septentrional, un accueil flatteur lui est réservé par l’émir Qābūs ibn Wachmgīr auquel il dédie son ouvrage les Vestiges subsistants des siècles révolus, qui sont en fait un calendrier et une chronologie des Perses, des Grecs, des Égyptiens, des juifs, des chrétiens et des anciens Arabes ; pour l’Égypte, il semble établi qu’al-Bīrūnī a connu les tables de Manéthon. En 1008, nous le retrouvons à Djurdjāniyya, où il a pour protecteur le Khārezmchāh Ma’mūn. Le désastre qui accable la province par l’entrée triomphale du sultan de Rhazna (Rhaznī) Maḥmūd vaut à al-Bīrūnī l’heureuse fortune de passer sous la protection de celui-ci. En 1017, il s’installe, entouré d’honneurs, à Ghazna (Rhaznī), devenue capitale d’un empire couvrant le Khārezm, le Sīstān, l’Afghānistān et le Pendjab ; le rhaznévide ne maintient d’ailleurs ce dernier sous sa domination qu’au prix d’expéditions renouvelées chaque année. Au cours de celles-ci, al-Bīrūnī accompagne son souverain et se livre à des recherches sur un monde jusque-là connu assez superficiellement par les musulmans. À partir de la documentation réunie au cours de ces campagnes va naître un de ses ouvrages essentiels de l’Histoire de l’Inde. Après la mort de Maḥmūd en 1030, al-Bīrūnī revient à l’astronomie et dédie au deuxième sultan rhaznévide, Mas‘ūd, son grand traité intitulé Al-Qānūn al-mas‘ūdi. C’est dans une longue retraite studieuse que, presque octogénaire, al-Bīrūnī s’éteint à Rhazna (Rhaznī).

Les cent quatre-vingts titres qui représentent l’immensité de l’œuvre réalisée par al-Bīrūnī s’appliquent soit à des traités de minime étendue, soit à des ouvrages d’une ampleur imposante. Son œuvre de mathématicien compte une vingtaine d’opuscules, mais, particularité piquante, certains d’entre eux sont en fait l’œuvre d’un de ses maîtres, Abū Naṣr al-Djili, qui avait jugé habile de les placer sous le nom de son élève ; H. Suter et E. Wiedemann ont montré l’importance de l’apport birunien dans les sciences exactes. L’autorité acquise en astronomie par al-Bīrūnī se manifeste dans le Qānūn al-mas‘ūdi, où toutes les données et observations antérieures sont reprises et complétées à partir des travaux personnels de l’auteur. Les sciences de la nature ont retenu la curiosité de ce savant, comme le prouvent son traité de minéralogie et ses écrits sur la pharmacopée. C’est toutefois comme logographe et historien qu’al-Bīrūnī prend à nos yeux toute son importance. Dans les Vestiges subsistants des siècles révolus s’affirment une ampleur de l’information et une rigueur de la critique qui placent très haut l’auteur d’un tel ouvrage ; très souvent, grâce à cette œuvre, notre connaissance de l’Asie centrale, du Khārezm en particulier, se trouve rejetée dans un passé insoupçonné ; à travers lui, l’Iran antique prend davantage de relief, rendant ainsi plus sensible la résurgence sous la forme épique qu’il doit au génie de Firdūsī. C’est naturellement dans l’Histoire de l’Inde que se manifeste avec le plus d’originalité et de grandeur la personnalité de ce savant. Devant la civilisation d’un monde dont al-Mas‘ūdī avait un demi-siècle plus tôt fait connaître les mystères, les doctrines religieuses et les sublimes réalisations artistiques, al-Bīrūnī lui aussi s’arrête et veut comprendre à la faveur d’un approfondissement. À cette tâche, il s’est préparé avec sa conscience ordinaire ; sa traduction du Yogasūtra de Patañjali atteste à la fois une connaissance du sanskrit et une capacité à s’ouvrir à la métaphysique indienne. Avec une remarquable minutie, il parvient à se donner une connaissance précise et large des structures des sociétés anciennes de l’Inde, de la hiérarchie des castes et des structures religieuses ; par voie de conséquence, il est amené à donner aux sciences occultes, astronomiques ou exactes une large place dans ses investigations.