Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

bijouterie et joaillerie (suite)

Le bijou, art d’expression

Vulgaire caillou mal dégrossi, métal finement travaillé ou pierre précieuse savamment taillée, le bijou est non seulement une parure, mais un art d’expression influencé par le style ornemental de l’époque, par la matière première mise en œuvre et par l’évolution de la technique. Il a toujours traduit la puissance sociale, qu’elle soit d’ordre hiérarchique (emblèmes, attributs) ou d’ordre financier. Tiré des entrailles de la terre, il est devenu talisman, signe d’un langage symbolique entre l’homme et les forces obscures de la nature.

Très tôt, le bijou naquit des matériaux qui devaient être siens jusqu’à nos jours : le métal et les pierres précieuses. L’âge du bronze* nous a légué des ornements de guerre et des bagues faites d’une mince feuille de métal, repoussé au marteau, et l’âge du fer des bijoux de verre et d’argent. Auparavant, à l’âge de la pierre, des cailloux percés, des coquillages et des fragments d’os avaient servi de parure. L’Antiquité façonne des bijoux de métal, estampé ou découpé, incrusté de pâtes de verre coloré et de pierres dures gravées de symboles religieux : le scarabée, la tête d’épervier, le lotus sont spécifiques du bijou égyptien, d’une grande élégance de forme. Le bijou grec perpétue cet esprit d’élégance, associé à beaucoup de sobriété (camées) ; il s’anime de motifs mobiles accrochés à des chaînettes et s’inspire de la nature (bracelet-serpent) ; la bijouterie étrusque s’apparente à la grecque, mais avec une plus grande abondance de pierres précieuses. La surcharge décorative caractérise la bijouterie romaine : émaux, pierres précieuses, perles sont juxtaposés sans mesure. Sous l’influence du christianisme, le bijou s’orne de nouveaux symboles : poisson, colombe, croix.

Les Barbares introduisent en Occident la technique du cloisonné (v. émail), que Byzance appliquera à des bijoux chatoyants d’émaux et de pierreries. À l’exception des parures royales en métal précieux (trésor de Childéric Ier, couronnes votives de Guarrazar et trésor de Sutton Hoo, en Grande-Bretagne), les bijoux barbares sont de métal blanc (alliage de cuivre et d’argent) ou de bronze étamé, décoré de motifs géométriques ou de pierres de couleur. L’orfèvrerie de fer paraît à l’époque mérovingienne. Tempéré au début du Moyen Âge par l’esprit religieux, le goût des bijoux fastueux renaîtra à la fin de cette période : un manteau de Charles d’Orléans fut brodé de 960 perles reproduisant un air de musique. Le port des bijoux a d’ailleurs fait l’objet, au cours de l’histoire, de nombreux édits somptuaires.

La découverte de l’Amérique provoque un afflux d’or en Europe. Métal de prédilection de la Renaissance, l’or est ciselé par des artistes tels que Benvenuto Cellini, qui s’inspirent des formes humaines et d’éléments floraux ou fabuleux (dragons, chimères, sirènes) enroulés en de fins rinceaux décoratifs. Albrecht Dürer, Hans Holbein le Jeune, Pisanello dessinent eux-mêmes des bijoux. L’art du niellage est en plein essor, ainsi que remaillage. Les pierres de couleur se marient à l’or, et les pierres dures sont gravées (camées), car, à travers l’influence de l’Italie, se manifeste celle de l’Antiquité.

Au xviie s., le joaillier se substitue à l’orfèvre, et le métal n’est plus que le support des pierres précieuses. Le prestige du diamant s’accroît avec la découverte des mines de Golconde. La mode est aux nœuds de rubans, aux aigrettes et aux rivières de diamants traités dans un style rigoureux. Le bijou du xviiie s. porte la marque du baroque renaissant. Le diamant, taillé à facettes, scintille en girandoles et en pendeloques, souvent associé aux pierres de couleur et aux perles. Des bijoutiers célèbres travaillent pour la Cour : Claude Rondé, Claude Augustin Duflos, les Lempereur, les Leblanc. Vers la fin du siècle, le bijou reflète l’influence de la pastorale : cœur, flèches, carquois, fleurs, colombes, brebis, etc. La Révolution bannit le bijou « riche » et opte pour l’emblème patriotique, souvent de cuivre : drapeaux, canons, bonnet phrygien et même guillotine. Le Directoire et le premier Empire marquent un retour aux bijoux précieux, qui transposent avec lourdeur des éléments empruntés à l’Antiquité (serpent, sphinx). On aime les chaînes et les bracelets de jambe en or mat. Joséphine et Marie-Louise commandent de riches parures de pierres précieuses.

Le xixe s. constitue un tournant dans l’histoire du bijou : la bourgeoisie en fait un objet de placement, et l’application des procédés industriels à sa fabrication (estampage, galvanoplastie) amorce les débuts de sa vulgarisation avec, entre autres, des bracelets en métal soufflé, orné de pierres de second ordre (coraux, améthyste) ; la petite bourgeoisie apprécie les bijoux de chrysocal (alliage de cuivre, de zinc, et d’étain), à l’aspect de l’or. L’émaillage connaît un regain de faveur avec le bijou romantique, marqué par le goût du gothique et par la sentimentalité de l’époque. En 1840, la conquête de l’Algérie donnera naissance à des bijoux de style mauresque. La découverte, en 1867, de diamants en Afrique du Sud provoque un abaissement relatif des prix. La faune et la flore sont les principaux motifs décoratifs de cette fin de siècle, et ils le resteront au début du xxe s. avec l’« art nouveau », qui entrelace les courbes stylisées du corps humain et des végétaux. René Lalique et Henri Vever en font une démonstration brillante à l’Exposition de 1900. 1925 verra l’apparition d’une bijouterie fantaisie de grand art : on adopte les pierres semi-précieuses (cristal, jade, onyx, corail, etc.) et l’on rejette la souplesse de l’arabesque pour le motif géométrique plus rigide, traduit par des oppositions de couleurs et de formes. Les thèmes décoratifs sont empruntés à l’actualité (automobile, football), et le bijou adopte un style en rapport avec la vie plus active de la femme.

Quelques bijoux

carcan, collier Louis XV, enserrant le cou, composé de diamants sur ruban.

châtelaine, chaîne d’orfèvrerie supportant montre, clefs, etc. (xviiie s. et époque romantique).

chevalière, bague à large plateau, sur lequel sont gravées des initiales, des armoiries, etc.

choker, collier de perles de grosseur égale porté près du cou.

ferronnière, bijou composé d’une chaînette d’or ornée d’une pierre précieuse ou d’un camée et porté sur le front (cf. portrait de la Belle Ferronnière).

forçat, chaîne aux anneaux ovales en fil rond.

gourmette, chaîne aux anneaux ronds ou ovales torsadés.

jaseron, chaîne aux anneaux ronds en fil demi-jonc ou rectangulaire.

marquise, bague d’époque Louis XVI à chaton oblong fait d’une pierre bleue entourée de brillants.

rivière de diamants, collier aux chaînons duquel sont enchâssés des diamants.

sautoir, longue chaîne d’orfèvrerie.

solitaire, bague ornée d’un seul diamant taillé en brillant.