Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

aérienne (défense) (suite)

En raison de la vitesse des avions, le débit de ces armes fut poussé au maximum, mais, sur un appareil volant à 700 km/h, un canon de 90 ne pouvait tirer que 10 coups, un canon de 40 que 20 coups. Le barrage de feu devant un avion se révéla ainsi inefficace en raison du faible nombre de coups possibles à tirer ; il fut réservé aux cas très limités du combat terrestre (défense d’une colonne blindée), où l’on dispose d’un très grand nombre de pièces.


Radars, conduite de tir et projectiles antiaériens

Pour la défense sur zones, force fut donc de rechercher la précision à tout prix. Celle-ci fut obtenue dès 1940 grâce aux perfectionnements des méthodes de détection et de conduite du tir.

Les perfectionnements des méthodes de détection sont dus essentiellement à la mise au point du radar de tir, qui conjugue les avantages alors tout à fait nouveaux de la permanence et d’une précision sensiblement égale aux dimensions de l’objectif (15 à 30 m). Quant à la conduite du tir, elle est rapidement devenue automatique par l’emploi des calculateurs (v. tir). Les projectiles, enfin, bénéficieront également de nombreux progrès. Des fusées spéciales, dites « de proximité » ou radio-électriques, permirent en 1944 et en 1945 de substituer de façon générale le tir percutant au tir fusant. Pour réduire les temps de parcours, on employa en outre des obus sous-calibrés (obus de 70, de 105 tirés par des canons de 88 et de 128), dont la vitesse initiale monta jusqu’à 1 400 m/s.

Ainsi, grâce à l’ensemble de ces progrès techniques et malgré le triplement de la vitesse des avions (de 40 à 120 m/s entre 1918 et 1945), l’efficacité du tir antiaérien a été multipliée environ par 100 : en 1945, on comptera un avion abattu pour une moyenne de 365 coups de la D. C. A. américaine et, à cette date, on peut estimer qu’il aurait suffi de 30 coups de canon pour abattre un avion de 1918. Malgré ces performances, la Flak allemande se révéla incapable de faire échec aux raids des bombardiers alliés, dont le nombre saturait ses possibilités. Pour les troupes au sol, toutefois, et même à l’époque du missile, l’artillerie antiaérienne demeure efficace contre les avions volant à basse altitude : la rapidité de ceux-ci limitant la portée utilisable des pièces, on n’emploie plus que du matériel de petit calibre (canon de 40 mm ou bitube de 30 mm sur châssis de char). Moyen de défense permanent, mais statique, liée au site sur lequel elle est déployée, peu redoutée des avions dès qu’elle est en mouvement, elle constitue une menace sérieuse dès qu’il s’agit d’une position organisée, surtout si elle dispose d’un grand nombre de pièces.


L’avion, arme de la défense aérienne

On s’aperçut très vite que l’avion constituait l’adversaire le plus efficace de tout aéronef en vol. Dès 1916, la chasse* naît dans toutes les aviations militaires et participe, comme l’artillerie, aux missions de défense aérienne des villes. En 1918, son engagement sur appel téléphonique des postes de guet demeure encore très artisanal.

Il fallut attendre 1940 et la mise en œuvre des stations radars, qui signalaient les raids allemands avec un préavis d’environ 15 minutes, pour pouvoir parler d’une « manœuvre de la chasse ». Pour aboutir à l’interception de l’adversaire, celle-ci comporte, après sa détection, son identification, l’ordre de décollage aux chasseurs les mieux placés, le guidage vers l’ennemi jusqu’à l’accrochage à vue ou au radar de bord, la poursuite et le tir, puis le recueil des avions au retour de mission. Véritables centres nerveux de la manœuvre, les salles d’opération, chargées en outre de donner l’alerte à la D. C. A. et aux populations civiles, étaient devenues en 1945 les organes essentiels de toute défense aérienne.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’expérience des bombardements de 1944-1945 posa d’abord sur le plan aérien les problèmes de la défense du territoire, et c’est sous le vocable de la D. A. T. que fut d’abord conçue l’organisation des moyens à mettre en œuvre.

Disposant d’une infrastructure de haute qualité, la D. A. T. verra son rôle se compliquer de plus en plus en raison des performances accrues des avions, des brouillages antiradars de la guerre électronique, qu’il faut pouvoir déjouer sous peine d’être aveuglé, et enfin de l’apparition des missiles sol-sol, difficiles à détecter et surtout à intercepter. La D. A. T. est ainsi engagée à fond dans la course « technologique », dont elle bénéficie notamment dans le domaine de la transmission automatique des données. À partir de 1960, on voit apparaître des systèmes informatiques de plus en plus évolués : d’abord le SAGE (Semi-Automatic Ground Environment System) aux États-Unis, puis le S. T. R. I. D. A. en France et le NADGE (Nato Air Defense Ground Environment) pour les forces de l’O. T. A. N.

Tous ces progrès s’ajoutent à ceux dont bénéficient les intercepteurs modernes, tous temps, supersoniques, équipés de missiles air-air, qui, s’ils ne sont pas capables de bloquer dans sa totalité un raid de bombardiers, constituent pour ceux-ci un système d’armes redoutable à moyenne et à haute altitude. À très basse altitude, enfin, on n’oubliera pas qu’en raison de la rotondité de la Terre les radars basés au sol ont une portée très limitée : un assaillant pénétrant dans ces conditions ne serait détecté que très tardivement, ce qui rendrait son interception très problématique. Pour résoudre cette difficulté, les États-Unis ont entrepris en 1969 un programme de défense fondé sur l’utilisation de radars spéciaux installés avec salles d’opération à bord d’avions lourds (AWACS) assurant par relais une permanence en vol ; mais le coût de l’opération en interdit la généralisation. Parallèlement, l’apparition depuis 1956 de bombardiers supersoniques posait à la défense par intercepteur un problème très difficile ; c’est alors que fut mise à l’étude la défense aérienne par missiles lancés du sol.