Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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bibliothèque (suite)

Mais, pour être exploitée, une bibliothèque doit être organisée. Le mérite du premier traité de bibliothéconomie revient à Naudé, qui publie, dès 1627, l’Advis pour dresser une bibliothèque, dont les principes de base restent encore valables actuellement, et qui influença certains bibliothécaires notoires, comme Leibniz, chargé de 1690 à 1716 de la bibliothèque de Wolfenbüttel.

On apporte au classement des collections un soin particulier, notamment à la « Bodléienne » d’Oxford, à l’« Ambrosienne » de Milan. La bibliothèque de l’« honnête homme » se présente en France dans un ordre à peu près constant, qui aboutira, au xixe s., à la fameuse classification de Jacques Charles Brunet (1780-1867) : théologie, jurisprudence, belles lettres, histoire, sciences et arts.

Encore faut-il faire connaître les ressources des fonds. Aussi l’élaboration des catalogues imprimés, véritables bibliographies, se généralise-t-elle. Dès 1605, la Bodléienne publie son catalogue. Pour la Bibliothèque nationale, ce fut la tâche de Nicolas Clément (1656-1712).

Lorsque la Révolution éclate, un grand pas a été fait dans la voie du libéralisme et de l’organisation systématique des fonds.

En novembre 1789, les bibliothèques ecclésiastiques furent déclarées propriétés nationales. Ultérieurement, les collections des émigrés furent confisquées. Environ huit millions de livres devaient être traités d’urgence. Les projets établis pour organiser ces immenses ressources ne purent être réalisés, et les ouvrages momentanément abrités dans les « dépôts littéraires » furent, en 1803, confiés aux autorités municipales. Il y avait à Paris neuf dépôts littéraires, dont les précieuses collections enrichirent brusquement la Bibliothèque nationale en créant de difficiles problèmes de catalogue et de classement, problèmes que Van Praet (1754-1837) puis Léopold Delisle (1826-1910) devaient tenter de résoudre. Le British Museum se réorganisait de son côté sous la direction énergique de l’Italien Antonio Panizzi (1797-1879). Outre-Atlantique, on assistait aux spectaculaires progrès d’une grande bibliothèque nationale : la « Library of Congress » de Washington.

C’est également au cours du xixe s. que l’on vit se développer, notamment dans les pays anglo-saxons, de véritables bibliothèques publiques. Alors que le mouvement de libéralisme éclairé, qui caractérisait au xviiie s. les bibliothèques, marquait en France un regrettable ralentissement, notamment en raison de l’indifférence des municipalités et de l’esprit abusivement conservateur de certains bibliothécaires, à l’étranger de grandes associations comme la « Library Association » anglaise proposaient des normes de fonctionnement avec l’appui des autorités.

Les premières bibliothèques en « libre accès » apparurent vers 1850 dans le Royaume-Uni et aux États-Unis. Comme réalisations d’envergure, on peut citer pour l’Amérique la bibliothèque de Boston, pour l’Angleterre celle de Manchester. La loi anglaise sur les bibliothèques publiques (Public Libraries Act de 1850) encourage les municipalités à faire l’effort nécessaire. Grâce au grand industriel philanthrope américain Andrew Carnegie (1835-1919), le développement des bibliothèques publiques s’intensifia entre 1902 et 1919. Carnegie finançait les constructions, exigeant en compensation un effort des municipalités pour le budget de fonctionnement. Deux mille cinq cents bibliothèques publiques furent construites dans les pays de langue anglaise, et la bibliothèque de New York put créer soixante-cinq annexes. Des dons furent accordés à d’autres pays, la France comprise, après la Première Guerre mondiale.

Peu à peu s’impose, au moins dans les pays anglo-saxons, la nécessité d’une formation professionnelle appropriée. Dès 1887, le grand bibliothécaire américain Melvil Dewey (1851-1931) créait à Columbia la première école de bibliothécaires, tandis qu’en Angleterre la Library Association assumait la responsabilité d’une formation à la fois théorique et pratique.


Problèmes actuels

L’évolution qui s’est lentement poursuivie au cours du xixe s. et dans la première moitié du xxe s. s’accélère brusquement après la Seconde Guerre mondiale, où les problèmes prennent une ampleur et une gravité insolites.

Qu’il s’agisse de l’accès d’un nombre accru de lecteurs virtuels à la culture (communication de masse) ou de l’information des étudiants, des chercheurs et des savants, on doit recourir, dans tous les domaines, aux ressources offertes par les techniques modernes (moyens audio-visuels, informatique). Une ère nouvelle s’ouvre pour les bibliothèques.

De grands organismes internationaux, comme l’Unesco ou la Fédération internationale de documentation, en ont pris conscience depuis plusieurs décennies. Suivant les structures nationales, ce sont des associations et organismes professionnels, comme la Library Association (LA) et l’Association of Special Libraries and Information Bureaux (Aslib) en Angleterre, ou des organismes d’État (France, républiques populaires) qui entreprennent de rationaliser l’organisation des services. C’est par exemple à la Direction des bibliothèques de France, créée en 1945, qu’il appartient de promouvoir les indispensables réformes. Parallèlement s’impose l’obligation de développer et de diversifier la formation professionnelle. Cette mission incombe, en France, à l’École nationale supérieure de bibliothécaires, créée en 1964.

L’avance marquée des bibliothèques anglo-saxonnes a permis à la Grande-Bretagne et aux États-Unis de développer d’efficaces réseaux et d’établir un système de prêt interbibliothèques desservant villes et campagnes.

L’influence du modèle anglo-saxon s’est exercée sur les bibliothèques scandinaves et allemandes. Un exemple saisissant est offert par l’« Amerika-Gedenkbibliothek » de Berlin-Ouest. Un petit pays comme le Danemark, grâce à une législation judicieuse, possède un vaste réseau urbain et rural, et dépense pour ses bibliothèques 18,50 F par an et par habitant (12,60 F pour les États-Unis).

Dans les républiques populaires, les bibliothèques de « masse » — environ 400 000 en U. R. S. S. totalisant 2 milliards de livres — multiplient les exemplaires destinés à la conservation et au prêt.