Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Bible (suite)

Les premières études scientifiques de la Bible prirent l’allure d’une « désacralisation ». Une réaction est venue où, dans des directions différentes et parfois contradictoires, les croyants des diverses confessions chrétiennes ont voulu non pas accorder la foi et la science, mais fortifier leurs raisons de croire par une étude scientifique de leurs livres saints. Ce qu’il est convenu d’appeler le renouveau biblique du xxe s. (sans vouloir passer sous silence l’effort de la Réforme) a eu comme résultat une prise de contact plus approfondie avec la Bible, qui a été bénéfique tant au point de vue religieux que scientifique.


Les noms de la Bible

Ce recueil porte différents noms : l’Écriture, ou les Saintes Écritures, les livres saints, l’Ancien et le Nouveau Testament, la Bible.

Le terme de Bible est une transcription du grec ta biblia, les livres. Le latin de basse époque fait de ce neutre pluriel grec un féminin singulier latin : biblia, -ae, la Bible.

L’ensemble des livres bibliques est divisé par les chrétiens en Ancien et Nouveau Testament. Le terme de Testament signifie ici « pacte », « alliance ». Il est, en passant par le latin de la Vulgate « testamentum », la traduction plus ou moins heureuse du grec diathêkê, qui a le double sens de « testament », au sens courant du mot, et d’« alliance ». C’est cette dernière signification qui a été retenue.

L’Ancien Testament, ou Ancienne Alliance, comprend donc tous les écrits qui se rapportent à l’histoire de l’alliance de Dieu avec le peuple juif. Le Nouveau Testament, ou Nouvelle Alliance, est le recueil des écrits qui concernent l’alliance établie par Jésus-Christ.

L’idée d’Ancienne et de Nouvelle Alliance se trouve dans saint Paul. Le terme, repris par les Pères, fut appliqué aux écrits bibliques.


Non pas un livre, mais des livres

Si ce titre de Bible désigne le Livre par excellence, le Livre des livres, cette appellation peut prêter à confusion. Car la Bible n’est pas, comme le Coran, un seul livre, mais un recueil de livres écrits par des auteurs différents à des époques différentes.

Les juifs comptent 39 livres. Les protestants pour l’Ancien Testament en dénombrent également 39. Mais les catholiques, qui ont admis dans leur canon les livres ajoutés par la version grecque des Septante, en reconnaissent 45. Ces 6 livres supplémentaires sont appelés apocryphes par les protestants et deutérocanoniques par les catholiques.

Quant au Nouveau Testament, ses 27 livres sont généralement admis par les diverses confessions chrétiennes.


Les langues de la Bible


L’hébreu

La majeure partie des livres de l’Ancien Testament a été écrite en hébreu.

Les Hébreux, dont les ancêtres nomades parlaient un dialecte araméen, adoptèrent lors de leur implantation en Canaan la langue des populations autochtones, d’ailleurs assez voisine de la leur. Cette langue, dite « hébraïque », sera parlée et écrite jusqu’à l’Exil (586 av. J.-C.). Concurrencée dès avant cette date par l’araméen, qui devient la langue de la diplomatie et des affaires, elle conserve toutefois assez de vie pour ne pas être réduite à l’état de langue morte.

Des études récentes laissent apparaître qu’à côté de l’araméen, langue de plus en plus courante, subsiste encore un hébreu assez différent de l’hébreu biblique, ce dernier demeurant langue littéraire et sacrée. Quatre lettres trouvées en 1960 dans les grottes de Nahal Hever, près de la mer Morte*, et datant de la Seconde Révolte juive (132-135 apr. J.-C.), sont les derniers témoins de cet hébreu parlé. Il cédera définitivement la place à l’araméen après la fin de l’État juif, en 135.


L’araméen

L’araméen est une langue sémitique proche du phénicien et de l’hébreu. Grâce à sa souplesse et à son écriture plus simple et plus pratique que les cunéiformes, il se répand rapidement dès le ixe s. av. J.-C. dans les pays soumis à l’hégémonie assyrienne : c’est la langue des marchands, des hommes d’affaires et des fonctionnaires.

En Israël, à la fin du viiie s., l’araméen n’est encore compris que par des lettrés (II Rois, xviii, 26). Mais après le retour de l’Exil (538 av. J.-C.), il tend à supplanter l’hébreu, et, dès le iie s., sa prépondérance s’affirme, reléguant au second plan la langue nationale. C’est en araméen que se fait dans les synagogues l’explication de l’Écriture, et c’est l’araméen dans son dialecte galiléen que parleront Jésus de Nazareth, les apôtres et les premières communautés chrétiennes.

Envisagé comme langue biblique, l’araméen est peu représenté dans l’Ancien Testament : environ deux chapitres dans le livre d’Esdras (écrit vers 300 av. J.-C.) et la moitié du livre de Daniel (v. 165 av. J.-C.).


Le grec

La langue grecque est la langue du Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament, le grec n’apparaît que dans des livres (Sagesse, livre II des Maccabées) ou des fragments que l’on trouve seulement dans la Bible catholique.

Mais ce n’est pas la langue de Démosthène ou de Platon. Le grec biblique est le grec de la koinê, c’est-à-dire cette langue commune qui, à partir d’Alexandre, devient dans le bassin oriental de la Méditerranée la langue des affaires et de la diplomatie. C’est même dans une koinê populaire que s’expriment les auteurs du Nouveau Testament. Mis à part le rédacteur de l’Épître aux Hébreux et l’auteur de l’Évangile de saint Luc et des Actes des Apôtres, qui sait faire du style quand il le veut, les autres évangélistes, saint Paul, les auteurs des Épîtres catholiques et de l’Apocalypse écrivent dans cette langue de la conversation courante que nous retrouvons dans les papyrus.


Les étapes de la formation

La Bible est née dans le désert de la péninsule d’Arabie aux environs du xiiie s. av. J.-C., époque où l’on place généralement Moïse et la sortie d’Égypte. Passant ensuite en Palestine, elle va grandir et se développer durant une quinzaine de siècles, croissant au rythme du peuple et de la religion dont elle nous rapporte le cheminement historique.