Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Berruguete (Alonso) (suite)

Ce pas semble avoir été franchi avec le grand retable du monastère de San Benito de Valladolid, exécuté entre 1526 et 1532 ; l’œuvre a été désorganisée, et ses divers éléments recueillis par le musée de Valladolid. Des personnages aux attitudes véhémentes paraissent consumés par une flamme intérieure ou entraînés dans un élan mystique : la scène du Sacrifice d’Abraham atteint à un degré inouï de tension. Quelques compositions plus calmes et bien équilibrées, comme l’Adoration des Mages et la Circoncision, ménagent néanmoins des poses qui sont autant d’hommages rendus au classicisme et au maniérisme italiens. Dans un autre retable de Valladolid, celui de l’Épiphanie (1537), appartenant à l’église de Santiago, tout concourt à la mise en valeur d’une seule composition, l’Adoration des Mages du registre central.

À partir de 1539, Alonso Berruguete s’adonne à une œuvre de longue haleine en sculptant les stalles de la cathédrale de Tolède. Son habileté de décorateur est de plus en plus mise au service d’un tempérament de visionnaire. L’allongement délibéré des figures de même que leur maigreur nerveuse expriment une spiritualité intense et entraînent dans un monde étrange qui annonce celui du Greco.

Le retour à un certain classicisme caractérise les dernières productions, celles auxquelles travaillait l’artiste au moment de sa mort : le retable du maître-autel de l’église de Santiago à Cáceres et le tombeau du cardinal Tavera pour l’hôpital de San Juan Bautista de Tolède. Il n’importe : un tournant capital avait été pris, et une impulsion décisive donnée à l’art. La voie était désormais ouverte à la sculpture baroque espagnole.

M. D.

 G. Weise, Spanische Plastik aus sieben Jahrhunderten (Reutlingen, 1925-1939 ; 4 vol.). / M. Gomez-Moreno, Las águilas del Renacimiento español (Madrid, 1941).

Berry

Ancienne province de France, limitée au nord par l’Orléanais, à l’est par le Nivernais, au sud par le Bourbonnais et la Marche, à l’ouest par le Poitou et la Touraine. Capitale : Bourges. Le Berry fut partagé en 1790 entre les départements du Cher et de l’Indre, quelques marges étant attribuées au Loir-et-Cher (Saint-Aignan, Selles-sur-Cher) et à la Creuse (Boussac).



Géographie

Le Berry, expression historique, ne représente pas géographiquement une unité naturelle. La succession en auréoles concentriques des assises géologiques dans le sud du Bassin parisien, le jeu de la tectonique tertiaire, l’étendue des dépôts d’épandage ou d’altération, l’incision des vallées multiplient les individualités.

Au nord, des placages d’argile à silex, produits de décomposition de la craie, couvrent des étendues importantes de gâtines autour d’Écueillé et de Valençay, de bocage autour d’Henrichemont et de Vailly-sur-Sauldre (Pays Fort), de forêts (Vierzon, Vouzeron, Allogny, Saint-Palais) ; c’est une région essentiellement herbagère, qui s’adonne à l’élevage du gros bétail, à l’exception de la « Forêt » de Saint-Martin-d’Auxigny, vouée à l’arboriculture fruitière (pommes).

Au sud, argiles de décomposition cristalline de la retombée du Massif central et marnes de la bordure sédimentaire liasique généralisent le bocage et l’économie herbagère, plus pauvres en Marche, plus riches en Boischaut et en « Val » (Vallée de Germigny).

Les confins occidentaux et orientaux sont beaucoup plus contrastés. À l’ouest, une nappe complexe de sables et d’argiles détritiques a donné, dans un creux tectonique, un pays d’étangs et de bois, la Brenne. longtemps désolée, toujours austère. À l’est, les riantes collines du Sancerrois (380 mètres) portent, face à la fosse du Val de Loire nivernais, un vignoble réputé (cépage blanc sauvignon).

Le cœur du pays est occupé par la Champagne berrichonne. Grande table calcaire découverte jonchée de plaques d’argile ou de limon, la Champagne est passée du xixe au xxe s., grâce à l’emploi des engrais chimiques et à la motorisation, d’une économie extensive fondée sur le blé et le mouton à une économie intensive, savante, fondée sur les céréales (blé, orge, maïs) et le colza. L’industrie berrichonne, ancienne, active, autrefois dispersée (forges, céramique, laine, tannerie, lingerie, chemiserie), s’est concentrée (sauf la lingerie et la chemiserie) dans les vallées de l’Aubois à l’est (chaux, ciment, bois, fonderie, moteurs), du Cher au centre, de Saint-Amand-Montrond à Vierzon (métallurgie, machines agricoles, céramique, verrerie) et dans les autres villes, dont les deux plus importantes sont Châteauroux* et surtout Bourges*.

Y. B.


L’histoire

Habité par la population celte des Bituriges Cubi, qui constituent le Bituricus pagus, le Berry n’a pas d’autre histoire, à l’origine, que celle de sa capitale Avaricum (auj. Bourges*), dont l’influence rayonne sur tout le Massif central aux temps celtique et gallo-romain. En refusant de pratiquer la politique de la terre brûlée recommandée par Vercingétorix*, et en livrant par là même les riches entrepôts de leur métropole à César, les Bituriges contribuent à la victoire décisive que celui-ci remporte à Alésia* en 52 av. J.-C. Partie intégrante de la Gallia comata puis des provinces romaines d’Aquitaine et d’Aquitaine première avec Bourges pour capitale, le Berry est occupé par les Wisigoths entre 469 (victoire sur l’empereur Anthémios à Déols) et 507 (défaite de Vouillé, infligée par Clovis).

Incorporé tour à tour aux royaumes d’Orléans (511-524), de Reims (524-555), puis de Bourgogne (561-592), ravagé par les troupes de Chilpéric (bataille de Châteaumeillant, 583), le Berry s’intègre finalement à l’Aquitaine (viie-viiie s.).

De nouveau soumis au droit commun de la monarchie franque après la reconquête carolingienne (Bourges, 762), il est concédé par les héritiers de Charlemagne à plusieurs de leurs fidèles. Finalement, il perd son unité après 928, Vierzon et le Sancerrois étant incorporés au comté de Blois, alors que Buzançais, le Villentrois et Châtillon-sur-Indre entrent dans la mouvance des comtes d’Anjou. Au début du xiie s., la vente par le vicomte de Bourges de la seigneurie de ce nom au roi de France achève un long processus de réintégration dans le domaine royal des seigneuries berrichonnes entre Loire et Cher.