Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Berlin (suite)

Le ravitaillement de la ville dépend presque entièrement de l’extérieur. Les produits alimentaires viennent presque en totalité de la République fédérale. Les importations totales venant de la République fédérale s’élèvent à 11 Mt en 1968, dont 25 p. 100 par chemin de fer, 40 p. 100 par la voie d’eau et 35 p. 100 par la route. Le charbon vient essentiellement des territoires de l’Ouest. Le trafic avec Berlin-Est (et la République démocratique) est faible. La valeur était de 310 millions de DM alors qu’avec la République fédérale le commerce d’importation portait sur 12,5 milliards de DM. Le nombre d’accès de Berlin-Ouest est limité. Le trafic routier est absorbé par quatre passages obligatoires, dont le plus important est celui de l’autoroute Marienborn-Helmstedt, qui réalise 66 p. 100 des passages. Le trafic fluvial de Berlin était important avant 1939, mais il a baissé depuis. L’ensemble du réseau fluvial comporte 114 km de voies à Berlin-Ouest. Le trafic fluvial est fortement déséquilibré : 6,5 Mt aux importations (1968) et 1,1 Mt aux exportations. Ces chiffres caractérisent les activités de Berlin, qui sont essentiellement orientées vers la transformation des produits importés. Les accès de Berlin dépendent de la conjoncture politique. Le blocus qu’a subi la ville en 1948-49 a montré la fragilité de l’économie berlinoise ; toutes les voies étaient bloquées, sauf la voie aérienne. Plus de 2,1 Mt furent amenées par air, à une moyenne de 800 vols par jour. Les aéroports de Tempelhof, de Gatow et de Tegel furent les points vitaux de la ville bimillionnaire. Depuis cet épisode, les autorités berlinoises et fédérales ont constitué des stocks à Berlin. Trois corridors de 30 km de large relient l’ancienne capitale du Reich à Hambourg, à Hanovre et à Francfort-Munich. Par l’importance du trafic aérien, Berlin rappelle une ville assiégée. Plus de 72 000 avions sont arrivés ou partis des aéroports de Berlin en 1968, transportant plus de 4,1 millions de passagers et plus de 20 000 t de fret, ainsi que 9 000 t de courrier. Plus du tiers des personnes quittant la ville emprunte la voie des airs, qui prend, de cette façon, d’année en année, plus d’importance.

Berlin-Ouest porte bien les stigmates d’une capitale déchue. Son économie est quelque peu artificielle. La ville réussit cependant à vivre et à prospérer. Le visiteur est tout étonné de trouver une telle animation, un tel luxe de publicité et de produits. L’examen approfondi montre que, sans l’aide du gouvernement fédéral, cela ne serait pas possible. Le budget de Berlin est chroniquement déficitaire. Berlin-Ouest est une ville qui ne pourrait subsister sans l’aide de son tuteur, c’est-à-dire le gouvernement de Bonn. La situation géographique et politique de Berlin légitime cette attitude, car, pour la République fédérale, la ville est une vitrine, une enseigne publicitaire face au monde socialiste. La politique de rapprochement des deux Allemagnes, susceptible d’être développée dans un avenir relativement proche, ne pourrait qu’être favorable à la ville.


Berlin-Est

Berlin-Est abrite le gouvernement de la République démocratique allemande. La capitale de celle-ci correspond à l’ancienne zone d’occupation soviétique de la ville. Plus petite que Berlin-Ouest, elle n’occupe que 403 km2 et compte 1 089 000 habitants (soit 2 700 hab. au kilomètre carré contre 4 300 pour la partie occidentale). Bien que plus petite, elle comprend les noyaux urbains initiaux de Berlin et de Cölln. La plus grande partie de la city impériale s’y trouve, avec un certain nombre de monuments historiques. La ville n’est pas privée d’un hinterland qui est déterminant et pour sa démographie et pour sa vie économique.


Les transformations de la city impériale

La capitale de la République démocratique allemande ne comprend que huit des vingt arrondissements du « Gross-Berlin » de 1920 (Mitte, Prenzlauer Berg, Friedrichshain, Treptow, Köpenick, Lichtenberg, Weissensee, Pankow). Le Bezirk Mitte correspond au vieux centre. La densité y est de 7 900 habitants au kilomètre carré, plaçant l’arrondissement en troisième position pour la densité, après Prenzlauer Berg (18 800) et Friedrichshain (14 600). Les autres arrondissements ont tous des densités inférieures à 3 300 habitants au kilomètre carré. À travers ces chiffres apparaît nettement le caractère original de la city socialiste, qui combine fonctions tertiaires et fonctions résidentielles. Au xixe s., les arrondissements périphériques se sont développés autour de noyaux ruraux ; l’industrie devait rapidement les gagner, si bien que l’extension des usines, par exemple à Treptow, explique au moins en partie les faibles densités. Il convient d’y ajouter les lacs, les étangs, les rivières et les espaces verts, abondants surtout à Köpenick.

La ville primitive s’est développée autour du Köllnischer Fischmarkt (Petriplatz). L’Alexanderplatz (l’« Alex » des Berlinois) était encore située hors de la ville au xviie s. et servait de marché de bestiaux. L’avenue Unter den Linden a été tracée vers 1647. Les premiers tilleuls qui donnèrent le nom à l’avenue furent plantés à cette époque, quoique le caractère urbain de l’artère fût alors des plus discutables. De nos jours, quatre rangées de tilleuls maintiennent à cette artère son caractère à la fois grandiose et quelque peu agreste. D’importants monuments s’y trouvent : café de l’Opéra, anciennement palais des Princesses, le Deutsche Staatsoper, construit par Georg W. von Knobelsdorff de 1741 à 1743. La cathédrale Sainte-Hedwige (1747-1773) se trouve derrière l’Opéra. Dans le voisinage, la plupart des monuments baroques ont été reconstruits après la guerre : Académie allemande des sciences, Académie allemande d’architecture. L’université Humboldt et la Bibliothèque nationale allemande, reconstruites, ne sont pas loin. Vers la porte de Brandebourg, c’est-à-dire non loin du « mur », des ambassades ont repris possession des bâtiments reconstruits (ambassades de l’U. R. S. S., de Hongrie, de Pologne). Le ministère de l’Éducation nationale et celui des Échanges extérieurs sont tout près. L’histoire du développement urbain de Berlin peut être saisie en raccourci de la porte de Brandebourg à l’Alexanderplatz, en passant par l’avenue Unter den Linden. Les destructions, qui ont touché 60 p. 100 des immeubles du centre, ont permis d’entreprendre la reconstruction dans un esprit socialiste. Cette reconstruction présente quatre phases successives. La première fut marquée par le déblaiement des énormes ruines. La deuxième, de 1950 à 1952, est caractérisée par la construction des grandes « Magistrale » : Karl-Marx-Allee (anc. Stalin-Allee), Bersarinstrasse et Dimitroffstrasse. Au cours de la troisième phase, de 1956 à 1963, on a mis l’accent sur les quartiers résidentiels et industriels (Lochviertel, Rhinstrasse, Lenin-Allee). La construction de ces quartiers est l’expression de l’industrialisation de l’activité du bâtiment. La quatrième phase débute en 1963 ; l’accent est mis sur le quartier central. 30 p. 100 des logements réservés à Berlin, pendant la période 1963-1967, sont construits dans ce dernier. C’est de cette époque que date la reconstruction, dans l’ancien style, des édifices du quartier Unter den Linden.