Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Belo Horizonte (suite)

Les paysages et l’organisation de l’espace urbain

Le paysage de Belo Horizonte reflète le caractère moderne de la ville et le rythme de sa croissance. C’est d’abord le modernisme du centre, dressant les grands édifices de ses banques et de ses magasins de chaque côté de l’avenue principale, l’avenue « Afonso Pena », qui traverse presque toute la ville et constitue l’axe fondamental du quartier des affaires. De part et d’autre de cet axe ont surgi quelques immeubles, un peu moins élevés que ceux du centre, mais pouvant cependant dépasser dix ou quinze étages. Ils représentent une transformation de l’ancien habitat résidentiel, qui jusqu’à une époque récente était constitué uniquement de villas individuelles, qui demeurent toutefois l’élément prépondérant du paysage. Non loin de la ville, près d’un lac artificiel, a été édifié par Oscar Niemeyer* le luxueux centre de loisirs de Pampulha.

Les versants des reliefs montagneux qui bordent Belo Horizonte ont été envahis par des bidonvilles, dont la prolifération exprime le déséquilibre entre la croissance démographique et économique de la ville.


Les fonctions urbaines

Capitale politique et financière, Belo Horizonte se définit principalement par ses fonctions administratives, commerciales et bancaires. Mais c’est aussi une grande agglomération industrielle. Deux cités industrielles satellites entourent la ville ; celle qui est située au nord-est de l’agglomération compte déjà plus de 80 usines, employant environ 15 000 ouvriers. Ailleurs, dans la ville même et dans les banlieues, quelque 40 000 ouvriers travaillent dans de nombreuses usines ou ateliers. Enfin, à quelques kilomètres de la ville, a été construite une grande raffinerie de pétrole qui reçoit par oléoduc le brut de Rio de Janeiro.

Belo Horizonte connaît aussi un très grand développement des activités bancaires. L’État de Minas Gerais, en effet, a vu s’accroître très tôt l’activité des banques. Au fur et à mesure que celles-ci grandissaient, en particulier après la fin de la Première Guerre mondiale, elles ont naturellement installé leurs sièges sociaux dans la capitale de l’État.

La ville a également une fonction universitaire : toutes les facultés y sont représentées, ainsi que de nombreuses écoles d’ingénieurs et de techniciens. Enfin, Belo Horizonte est un grand centre commercial. Toutes ces fonctions confèrent à la ville une grande influence sur un vaste espace.


Le rôle de métropole régionale

Belo Horizonte, en effet, est une grande métropole régionale : à sa zone d’influence administrative, l’État de Minas Gerais, s’ajoute une zone d’influence due à ses autres équipements et services. Le rôle bancaire de la ville s’étend bien au-delà des frontières de l’État, principalement dans le sud-est et le centre-ouest du Brésil, par l’intermédiaire de filiales qui ont proliféré dans toutes les grandes villes de ces régions. La sphère d’influence des autres équipements de Belo Horizonte est par contre plus réduite ; en effet, dans le sud-est de l’État, l’influence directe et prépondérante des très grandes villes de Rio de Janeiro et de São Paulo diminue d’autant son pouvoir polarisateur.

Belo Horizonte constitue un puissant pôle d’attraction humain et financier pour l’État de Minas Gerais.

M. R.

➙ Minas Gerais.

 R. Teulières, Belo Horizonte (Thèse, Bordeaux, 1957 ; 2 vol.). / Y. Leloup, les Villes du Minas Gerais (Thèse, Paris, 1970).

Belyï (Boris Nikolaïevitch Bougaïev, dit Andreï)

Écrivain russe (Moscou 1880 - id. 1934).


Tous ceux qui ont approché Andreï Belyï sont unanimes dans leurs souvenirs : ils éprouvaient la sensation de côtoyer un génie. Un génie étrange. Il gesticulait, grimaçait, avait quelque chose de clownesque et en même temps faisait songer à « un esprit qui n’a pas trouvé de corps » ou encore à « un torrent sans rives ». Sous son front démesurément haut s’ouvraient d’immenses yeux bleus. Dévorant de leur regard son visage émacié, ils donnaient à croire que toute la terre, y compris le visage de l’écrivain, était faite « d’une seule matière uniformément terne et qui ne comportait que deux déchirures sur un autre monde : les yeux d’Andreï Belyï ». Il a laissé un héritage littéraire considérable : des centaines de récits, articles, essais, et plusieurs dizaines d’ouvrages parmi lesquels l’extraordinaire roman Pétersbourg. La cité fantastique surgie des marais finnois par la volonté de Pierre Ier et maudite pour les milliers de cadavres sur lesquels elle a été bâtie envahit ici tout l’espace romanesque. Les personnages de l’affabulation, issus de l’actualité révolutionnaire, sont réduits à des masques grotesques. Ils se meuvent mécaniquement dans un paysage urbain déshumanisé, perçu comme un système de pyramides, triangles, parallélépipèdes et trapèzes aux perspectives déformées. Géométrique et chaotique, rationnel et irrationnel se heurtent constamment. Mais par la mise en œuvre de procédés verbaux subtils et complexes, véritable révolution dans le langage, Belyï parvient à donner corps à ces combinaisons bizarres et suscite un univers qui est objectivation de son monde intérieur cérébral et désincarné.

Fils d’un professeur de mathématiques à l’université de Moscou, étudiant en sciences naturelles par la volonté de son père mais passionné de littérature et de philosophie et également doué pour la musique et le dessin, Belyï débute dans la carrière littéraire à vingt-deux ans avec une Symphonie, composition en prose rythmée, conçue à partir d’impressions musicales que l’écrivain puise dans les ballades et les romances de Grieg ou retient de ses improvisations personnelles au piano. Trois autres Symphonies, où se perfectionne la technique de composition selon les règles du contrepoint, et trois recueils de vers prolongent jusqu’en 1909 cette première période essentiellement lyrique. Dans le même temps, Belyï participe activement à la vie littéraire, anime un cercle de jeunes poètes, les « Argonautes », et milite aux côtés de Brioussov pour le triomphe du symbolisme, auquel il s’efforce de donner de sérieuses bases dogmatiques. Car pour lui, conquis au mysticisme du philosophe-poète Vladimir Solovev, il ne s’agit pas seulement d’une doctrine esthétique, mais d’une conception du monde qui trouve son achèvement dans la religion : l’art est une « théurgie » capable de transfigurer l’humanité.