Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Belgique (suite)

• 1621 : mort de l’archiduc Albert. Isabelle reste gouvernante des Pays-Bas catholiques. Elle y favorise le catholicisme avec intransigeance : Ypres, Bruges, Malines, Louvain surtout sont d’intenses foyers de la Contre-Réforme. Les Jésuites ont, en 1626, plus de 1 500 sujets : leurs trente-quatre collèges jouent un rôle prépondérant dans la lutte contre la Réforme. Mais les Pays-Bas catholiques sont fortement marqués par la querelle janséniste : Jansénius ne meurt-il pas évêque d’Ypres en 1638 ?

• 1633 : mort d’Isabelle. Les Pays-Bas catholiques sont, plus que jamais, le boulevard militaire des Provinces-Unies.

• 1635 : guerre de conquête menée par les Hollandais dans les Pays-Bas méridionaux. Ceux-ci souffrent beaucoup de la guerre ; en général, par rapport à l’extraordinaire essor financier et commercial des Provinces-Unies, ils sont en position rétrograde, comme en témoigne la décadence d’Anvers. Cependant, la Wallonie et le pays de Liège tirent habilement parti des ressources de leur sous-sol. Un véritable capitalisme moderne s’y crée.

• 1648 : l’Espagne cède aux Provinces-Unies le Brabant septentrional et la Flandre zélandaise. Les bouches de l’Escaut sont contrôlées par les Hollandais.

• 1659-1678 : l’Espagne abandonne à la France l’Artois ainsi qu’une partie de la Flandre et du Hainaut.

• 1713 : le traité d’Utrecht remet les Pays-Bas à la maison d’Autriche.

• 1709, 1715 : les deux traités de la Barrière donnent en garde aux états généraux des Provinces-Unies, avec droit d’y mettre des garnisons hollandaises, un certain nombre de places fortes des Pays-Bas.


Les Pays-Bas autrichiens (1713-1790)

• Les souverains autrichiens ont le souci de promouvoir la prospérité des Pays-Bas du Sud. Le réseau routier se modernise, la mortalité recule. Le pays est l’un des plus peuplés d’Europe avec 100 habitants au kilomètre carré au Brabant et en Flandre. La population est essentiellement rurale (Bruxelles et Liège n’ont respectivement que 75 000 et 55 000 habitants) ; elle bénéficie des nouvelles techniques agricoles encouragées par les physiocrates.

• L’industrie wallonne est en plein essor : charbonnages, métallurgie, verrerie, textile même, révolutionné par le machinisme naissant. Mais le prolétariat s’enfle, avec la disparition progressive des famines et des épidémies. À la fin du xviiie s., si brillant pour la bourgeoisie et les privilégiés, la misère est grande dans les campagnes belges.

• À Vienne, un organisme, le Conseil suprême des Pays-Bas, s’occupe des « affaires des Flandres » ; il est remplacé en 1757 par la Chancellerie de cour et d’État. À Bruxelles résident un gouverneur, qui représente l’Empereur, et un ministre plénipotentiaire qui a la réalité du pouvoir, appuyé qu’il est sur le Conseil des finances et le Conseil privé, que préside, de 1758 à 1783, Patrice-François de Nény.

• Au nom du despotisme éclairé, Charles VI* (1711-1740) et Marie-Thérèse* (1740-1780) réduisent les prérogatives du clergé belge, limitent le développement des couvents (les Jésuites sont chassés en 1773) et taxent les biens ecclésiastiques.

• 1780 : l’arrivée au pouvoir de Joseph II* (1780-1790) renforce l’absolutisme autrichien.

1781 : Joseph II signe l’Édit de tolérance qui proclame la liberté de conscience ; l’empereur entend réduire le clergé catholique à sa seule fonction religieuse. Ce clergé passe entièrement sous le contrôle de l’État (joséphisme).

• 1786 : les séminaires épiscopaux sont remplacés par deux séminaires d’État (Louvain, Luxembourg).

• 1787 : féru d’organisation et de cohérence, Joseph II bouleverse les vieux cadres administratifs. Un Conseil de gouvernement général, divisé en bureaux, est instauré ; neuf « cercles », dirigés par un intendant, remplacent les anciennes provinces. Un Conseil souverain de justice est créé. Les corporations sont supprimées, et la liberté des grains est proclamée. La réaction des privilégiés et des assemblées d’État est violente ; un courant démocratique et national s’organise autour de l’avocat Jan Frans Vonck (1743-1792), tandis que Hendrik Van der Noot (v. 1730-1827), plus conservateur, rassemble les privilégiés et les corps constitués.

• 1788 : la disette et la crise économique unissent dans un esprit révolutionnaire les classes populaires.

• 1789 : l’Empereur annule la charte de la Joyeuse Entrée, par laquelle les Habsbourg s’étaient engagés à respecter les droits de la Belgique (7 janv.). Les troupes autrichiennes sont chassées (automne).

• 1790 : les statistes conservateurs, dirigés par Van der Noot, et les « patriotes », ou vonckistes, collaborent pour proclamer l’indépendance et faire voter par les états généraux l’Acte d’union des provinces belgiques (11 janv.). En fait, ils sont profondément divisés. Après la mort de Joseph II et l’avènement de Léopold II* (févr.), les statistes laissent les troupes autrichiennes réoccuper la Belgique ; les vonckistes, traqués, sont expulsés ; beaucoup se réfugient en France. L’Ancien Régime est rétabli dans les Pays-Bas autrichiens et à Liège (juill.-oct.).


La Belgique française

• 1792 : l’intervention de l’Empereur dans la guerre contre la France révolutionnaire entraîne les Pays-Bas dans la guerre. La victoire de Dumouriez à Jemmapes (6 nov.) oblige les Autrichiens à évacuer la Belgique.

• 1793 (18 mars) : la défaite française de Neerwinden ramène les Autrichiens.

• 1794 (26 juin) : la victoire de Fleurus libère définitivement le pays des Autrichiens.

• 1795 (1er oct.) : la France annexe officiellement les Pays-Bas autrichiens, le pays de Liège et les territoires cédés par la Hollande vaincue : Flandre hollandaise, Gueldre méridionale et une partie du Limbourg hollandais. Le pays est divisé en neuf départements : Lys (Bruges), Escaut (Gand), Jemmapes (Mons), Deux-Nèthes (Anvers), Dyle (Bruxelles), Meuse-Inférieure (Maastricht), Ourthe (Liège), Sambre-et-Meuse (Namur), les Forêts (Luxembourg).

• 1797 (18 oct.) : par le traité de Campoformio, l’Autriche reconnaît le fait de la Belgique française.

• L’application à la Belgique de la législation révolutionnaire s’accompagne de mesures vexatoires, en matière religieuse et fiscale notamment, qui font moins penser à une collaboration qu’à une occupation, à une exploitation.

• Sous l’Empire, les neuf départements belges participent à l’effort militaire et économique commun ; mais les Belges souffrent de l’excès de centralisation et du despotisme de l’Empereur.