Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Belgique (suite)

En territoire néerlandophone, l’intérieur de la Flandre se trouvait placé devant une situation assez préoccupante par suite de la forte natalité, du sous-emploi agricole, de la récession de certaines industries — notamment de l’industrie textile —, d’un certain retard dans l’équipement des transports, d’un manque aussi, pour certaines régions, de places directionnelles. S’appuyant sur une main-d’œuvre abondante, une vigoureuse reconversion est en cours vers des industries de haute technicité, tandis que se met en place une infrastructure de transports satisfaisante.

La zone côtière bénéficie d’un apport remarquable de touristes de l’Europe du Nord-Ouest, et elle est presque entièrement occupée par les stations balnéaires ou par les centres urbains, ce qui ne simplifie pas le problème de l’industrialisation. Le front de mer joue un rôle déterminant en raison de l’importance du commerce extérieur dans l’économie et de la poussée de l’industrialisation « sur l’eau », surtout depuis les années 60. Mais la Belgique présente l’originalité de n’avoir qu’un seul port de front de mer, Zeebrugge ; les deux autres ports, Gand et Anvers, sont « à l’intérieur », et leurs tonnages sont limités respectivement à 50 000 t et à 85 000 t (125 000 t peut-être dans l’avenir) ; de plus, leurs débouchés et les zones industrialisables sont en territoire néerlandais. Cela n’a pas empêché Anvers d’être le « brillant second » des ports de l’Europe, ni chacun des deux ports de développer de puissantes zones industrielles, mais il y a là un élément de freinage. Anvers réussit à l’emporter grâce à la qualité de ses services, et, quand il devra avoir recours aux navires de très gros tonnage, il préférera faire appel à Rotterdam ou à Dunkerque plutôt que de voir un autre port belge acquérir trop d’importance.


L’économie

L’économie dépend fortement de la conjoncture internationale, car la Belgique travaille des matières premières importées et revend des produits fabriqués ; la stabilité des prix revêt donc une très grande importance.


Le produit intérieur brut

Il s’est élevé à 1 766 milliards de francs belges en 1973 (4 648 dollars par habitant), ce qui situe la Belgique un peu au-dessus de la plupart des pays de l’Europe du Nord-Ouest.

Le taux d’accroissement annuel moyen a été cependant le plus bas des pays du Marché commun depuis 1958 ; mais, depuis 1960, la croissance s’est accélérée.

En prenant pour base 100 en 1963, la Belgique est en 1969 à l’indice 131, la France à 139, la République fédérale d’Allemagne à 134, le Royaume-Uni à 119 et les Pays-Bas à 141. L’indice par habitant est à 127 (France, 132 ; Allemagne, 127 ; Royaume-Uni, 115 ; Pays-Bas, 131).

L’indice industriel, en prenant toujours comme base 100 en 1963, place toutefois la Belgique à l’avant-dernière place des pays du Marché commun en 1970 (Pays-Bas, 175 ; Italie, 150 ; Allemagne fédérale, 153 ; France, 149 ; Belgique, 139 ; grand-duché de Luxembourg, 128).

L’origine sectorielle du produit national brut fait ressortir la part importante du secteur tertiaire (55 p. 100) et la prépondérance des industries manufacturières dans la production industrielle.


Les sociétés

Malgré des regroupements, notamment dans la sidérurgie, elles restent encore trop souvent de taille modeste : la plus grande entreprise belge vient au trente-quatrième rang sur la liste des plus grandes sociétés de la C. E. E. avec la Grande-Bretagne ajoutée.

Les investissements ont connu quelques difficultés, mais la politique gouvernementale et l’appel aux capitaux étrangers ont porté leurs fruits ; de 16,4 p. 100 du produit national brut en 1953, ils sont passés à 22,2 p. 100 en 1966 et à 21,1 p. 100 en 1968, soit un peu au-dessous du taux de la République fédérale d’Allemagne ou des Pays-Bas, mais du même ordre que celui de la France.


Balance commerciale et balance des paiements

La balance commerciale est, en général, à peu près équilibrée :

La Belgique est le premier pays exportateur par tête d’habitant : les exportations représentent environ 40 p. 100 du produit national brut. Aussi est-il nécessaire que le pays diversifie ses produits exportés et recherche des marchés plus lointains que ses voisins européens (les deux tiers de ses exportations s’effectuent vers les pays de la C. E. E.).

Mais la balance des paiements est généralement excédentaire, et les liquidités internationales augmentent assez régulièrement. Les réserves monétaires sont passées de 141 millions de francs belges en 1962 à 184 à la fin de 1969, et les réserves d’or ont monté de 1 365 millions de dollars en 1963 à 1 518 à la fin de 1969. Cela confère au franc belge une bonne stabilité : depuis la dévaluation de 1949, le taux de change de la monnaie est resté inchangé.


Les prix

Ils doivent être surveillés attentivement, en raison surtout de l’incidence fâcheuse qu’une hausse pourrait avoir sur les exportations. Jusqu’en 1963, la hausse était restée faible par rapport aux autres pays de la C. E. E. Cependant, depuis, la hausse des prix a été sensible. Mais cette hausse se fait sentir surtout sur les prix de détail et sur les services, de sorte que son incidence est faible sur les produits exportés.


L’emploi

Le plein emploi n’est pas réalisé : un chômage structurel, de l’ordre de 2,5 p. 100, résulte principalement de déséquilibres entre les régions. En Flandre, malgré la disparition progressive des travailleurs frontaliers allant travailler en France, la politique industrielle résorbe le chômage ; celui-ci se déplace actuellement dans les bassins houillers wallons, où il est en partie masqué par des mises à la retraite anticipées.

À ce chômage structurel s’ajoute souvent un chômage conjoncturel, qui fait osciller le taux de chômage, suivant les années, entre 2,5 et 7,5 p. 100. La Belgique comptait 250 000 chômeurs, totaux et partiels, à la fin de 1953 et 160 000 durant l’année 1975, soit 4 p. 100 des actifs, plus qu’en République fédérale d’Allemagne ou qu’aux Pays-Bas. C’est que l’économie belge est sensible à la conjoncture internationale.

Mais la Belgique doit faire face aussi à des problèmes structurels ; l’héritage du textile, de la houille et de la métallurgie doit être maintenu, cependant qu’il convient d’accueillir les nouvelles industries ; toutefois, en Belgique, toute transformation qui a une conséquence spatiale risque aussi d’amener une complication sur le plan linguistique.

A. G.