Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Beauvais (suite)

La Révolution passée, Beauvais tissa des paravents et des sièges d’après Jean Démosthène Dugourc (1749-1825), puis Pierre Adrien Chabal-Dussurgey (1819-1902), notamment, s’attachant à reproduire avec une extraordinaire minutie, sur des chaînes ténues, la modulation des tons. La manufacture, rattachée à la liste civile au début du xixe s., fut spécialement affectée à cette production des tapisseries de siège, exécutées sur les métiers à bascule inventés par Jacques de Vaucanson.

Un effort de renouvellement des modèles fut tenté en 1920 : Beauvais tissa les Jeux de la plage d’après Charles Dufresne, et le Paris de Raoul Dufy*. Mais ces remarquables ouvrages ont été défigurés par l’altération des couleurs d’aniline employées à l’époque. Depuis 1936, la manufacture est rattachée à celle des Gobelins*, à Paris, où ses métiers ont été remontés en 1940 à la suite des bombardements subis à Beauvais.

G. J.


L’histoire

Beauvais doit son nom aux Bellovaques, peuple gaulois dont il devient le principal centre après la destruction, par les Romains (57 av. J.-C.), de la forteresse de Bratuspantium. Les vainqueurs imposent à la ville gallo-romaine le nom de Caesaromagus ; détruite par les Barbares au iiie s., elle est rebâtie dans la vallée du Thérain. Dans la province romaine de Belgique seconde, elle est la capitale de la Civitas Bellovacorum, divisée en trois pagi, dont le Pagus Bellovacensis, correspondant au Beauvaisis. La région est christianisée par saint Lucien, prêtre romain, martyrisé sous Maximien (fin du iiie s.) ; il semble que Beauvais ait été le siège d’un évêché dès l’époque constantinienne.

Devenue franque, la ville, après la mort de Clovis (511), fait partie du lot de Childebert, puis de Caribert. Au ve s., Gontran s’en rend maître. Beauvais est comté dès la fin du règne des Carolingiens. Le fief devient, au xie s., comté épiscopal : mutation qui est à l’origine d’innombrables conflits entre l’évêque et les bourgeois (la ville a des franchises dès 1096), conflits le plus souvent arbitrés par le roi.

L’essor d’une industrie textile (laine et toiles de lin) favorise la formation d’une oligarchie locale de fabricants et de négociants.

Beauvais, au xve s., reste fidèle aux Valois. En 1429, la cité se débarrasse de son évêque, Pierre Cauchon, gagné à la cause bourguignonne et anglaise. Assiégée par Charles le Téméraire en 1472, elle lui résiste, galvanisée par des femmes comme Jeanne Laisné, dite Jeanne Hachette.

Siège important d’état-major durant la Première Guerre mondiale, Beauvais souffre terriblement des bombardements aériens du 6 au 9 juin 1940 : outre 2 000 maisons — dont 75 classées par les Monuments historiques — la ville perd d’innombrables vestiges du passé. Sa reconstruction est maintenant terminée.

P. P.

Beauvais, ville d’art

La façade de l’hôtel de ville (1754) subsiste au centre du nouvel ensemble urbain. La cathédrale, le palais épiscopal et l’église Saint-Étienne ont été peu atteints.

À l’époque carolingienne, on éleva en petits matériaux arrachés aux remparts romains une église dont il ne subsiste que la nef : Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre. L’édifice, dont les murs sont scandés de lits de briques, est couvert d’un plafond de bois (non apparent) ; il devint vite insuffisant et, peut-être en 949, on jeta les fondements d’une nouvelle cathédrale dédiée à saint Pierre. Les incendies de 1180 et 1225 ruinèrent ces travaux. L’église actuelle se compose d’un chœur construit à partir du milieu du xiiie s. ; dès 1284, les voûtes de 48 m (les plus hautes de toute l’architecture gothique) s’écroulèrent ; on les reprit en les renforçant d’un doubleau intermédiaire ; le chœur ne fut définitivement achevé qu’à la fin du xive s. Aérien, comportant bien plus de vitres que de murs, il sera complété au xvie s. par un grand transept de Martin Chambiges († 1532), qu’illuminent les vitraux des Leprince*, et sur les façades flamboyantes duquel ouvrent deux grandes portes dont les vantaux sont du sculpteur Jean Le Pot (mort à Beauvais en 1563). La cathédrale conserve de belles tapisseries des xve, xvie et xviie s. ; on y voit aussi le mausolée du cardinal Forbin-Janson par Nicolas Coustou.

Dans l’ancien palais épiscopal, commencé en 1500, se trouve le musée, qui possède une belle série de bois sculptés, quelques pierres médiévales et surtout une riche collection de terres vernissées et de grès du Beauvaisis, dont la fabrication a été renouvelée notamment par Auguste Delaherche (1857-1940).

L’église Saint-Étienne se compose de deux parties bien distinctes : nef et transept du xiie s., chœur du xvie flanqué d’arcs-boutants à double volée. Le portail roman au nord de la nef, la « roue de fortune » du croisillon septentrional ou, à l’intérieur, l’infortunée sainte Wilgeforte barbue et crucifiée, l’ecce homo de la chapelle Sainte-Marthe et les boiseries du chœur pâlissent devant l’intérêt des vitraux : ceux de la façade, des xiie et xiiie s., et surtout ceux qui sont dus à la dynastie locale des Leprince : Jean, cité dans les comptes de la fabrique en 1525, Nicolas, dont les registres capitulâmes font mention en 1538, Pierre et surtout Engrand (mort en 1531). Liberté de dessin, indications très larges du modelé, touches légères de jaune d’argent donnent à ses verrières l’aspect d’esquisses éclatantes.

M. B.

➙ Oise / Oise (département de l’) / Picardie.

 J. Badin, la Manufacture de tapisserie de Beauvais depuis son origine jusqu’à nos jours (Lahure, 1909). / V. Leblond, la Cathédrale de Beauvais (Laurens, 1926) ; l’Église Saint-Étienne de Beauvais (Laurens, 1929). / C. Fauqueux, Beauvais, son histoire (Impr. centrale adm., Beauvais, 1938). / P. Goubert, Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730 (S. E. V. P. E. N., 1961 ; 2 vol.) ; Cent Mille Provinciaux au xviie siècle (Flammarion, 1968).