Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Barbares (suite)

Les invasions ne sont pourtant pas terminées avec cette mise en place du royaume barbare d’Occident. L’échec relatif de la reconquête justinienne, créant un vide en Italie par suite de l’extermination des Ostrogoths (535-555), suscite en 568 une deuxième vague d’invasions (la troisième pour Lucien Musset, qui considère que les invasions de la fin du ve s. constituent la deuxième). Cette vague se marque par l’implantation des Lombards en Italie et par l’occupation de la Pannonie, restée vacante par un peuple venu de la steppe pontique : celui des Avars.

À cette date, on peut considérer que l’ère des Grandes Invasions est terminée, même si, au ixe s., l’Europe carolingienne, en décadence, doit subir les raids dévastateurs de nouveaux Barbares venus de la mer (Vikings du Nord, Sarrasins du Sud) ou des steppes pannoniennes à l’est (Hongrois).


Les conséquences des grandes invasions

En effet, les conséquences de ces incursions sont sans commune mesure avec celles des invasions antérieures, dont le résultat le plus concret a été la disparition de l’Empire romain d’Occident.

Mais vainqueurs par la force des armes, les Barbares sont trop peu nombreux (80 000 Vandales, 110 000 Wisigoths, 150 000 Francs) pour pouvoir prétendre faire disparaître toute trace de la romanité. Aussi, le premier problème qui se pose à eux comme aux Romains est-il celui de la fusion, sur le chemin de laquelle se dressent des obstacles redoutables. Les uns sont d’ordre religieux ; d’autres sont d’ordre politique, la conception romaine de la notion d’État s’opposant à celle des souverains barbares, qui considèrent leur royaume comme un bien personnel et, par conséquent, partageable entre chacun de leurs héritiers ; d’autres, enfin, sont d’ordre judiciaire, la conception romaine de la justice à valeur exemplaire s’opposant à celle des Barbares, fondée sur le principe de la personnalité et sur celui du droit de vengeance (faida) et de son rachat (wergeld). Mais, finalement, les facteurs de fusion se révèlent les plus forts : l’adoption du latin comme langue juridique et administrative par les vainqueurs, l’interpénétration des aristocraties romaines et barbares, enfin l’action décisive de l’Église facilitent la fusion au profit de l’élément romain, à la seule exception de la Germanie, où l’insuffisante romanisation aidera à sa réalisation au profit de l’élément barbare.

Les conséquences des grandes invasions barbares sont au moins aussi importantes en matière économique, la rupture des courants commerciaux traditionnels et la décadence des villes ayant provoqué la substitution d’une économie domaniale, dont la cellule essentielle est la « villa », à l’économie d’échange des temps antérieurs.

Enfin, il est incontestable qu’en détruisant les villes, creusets des civilisations gallo-romaine, hispano-romaine, etc., les Barbares ont contribué largement à la dégradation du patrimoine culturel gréco-romain, dégradation que seule l’action de l’Église a pu limiter.

En maintenant l’usage du latin comme langue liturgique, en suscitant les rares œuvres architecturales du haut Moyen Âge barbare (basilique de Saint-Martin de Tours, baptistère de Saint-Jean de Fréjus), en acceptant aussi d’intégrer parfois à son univers spirituel certains apports de l’art barbare (orfèvrerie, émail cloisonné, gravures sur métaux, décorations à thèmes zoomorphiques ou géométriques), l’Église réunit les conditions nécessaires à une renaissance politique, économique et culturelle, renaissance à laquelle contribue de manière décisive l’Empire carolingien, édifié au viiie et au ixe s. sur les ruines des royaumes barbares, dont les maîtres se sont en général révélés incapables d’édifier des structures politiques nouvelles à la fois efficaces et durables.

P. T.

➙ Attila / Balkans / Bas-Empire / Francs / Germains / Huns / Moyen Âge (art du haut) / Ostrogoths / Rome / Steppes (art des) / Wisigoths.

 F. Lot, C. Pfister et F. L. Ganshof, les Destinées de l’Empire en Occident, de 395 à 768 (tome I de l’Histoire du Moyen Âge publiée par G. Glotz) [P. U. F., 1928 ; rééd., 1941]. / F. Lot, les Invasions germaniques (Payot, 1935) ; les Invasions barbares et le peuplement de l’Europe (Payot, 1937) ; la Fin du monde antique et le début du Moyen Âge (A. Michel, coll. « Évol. de l’humanité », 1951 ; 3e éd., 1968). / L. Halphen, les Barbares (P. U. F., coll. « Peuples et civilisations », 1940 ; 5e éd., 1948). / R. Latouche, les Grandes Invasions et la crise de l’Occident au ve siècle (Aubier, 1946). / P. Courcelle, Histoire littéraire des grandes invasions germaniques (Hachette, 1948 ; 3e éd., Études augustiniennes, 1964). / R. Grousset, l’Empire des steppes. Attila, Gengis-Khan, Tamerlan (Payot, 1948). / F. Altheim, Attila und die Hunnen (Baden-Baden, 1951 ; trad. fr. Attila et les Huns, Payot, 1952). / P. Riché, les Invasions barbares (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1963 ; 5e éd., 1970) ; Éducation et culture dans l’Occident barbare (Éd. du Seuil, 1962) ; Grandes Invasions et Empires (Larousse, 1968). / C. Courtois, les Vandales et l’Afrique (Arts et métiers graphiques, 1965). / L. Musset, les Invasions (P. U. F., coll. « Nouvelle Clio », 1965 ; 2 vol. ; 2e éd., 1969). / J. Hubert, J. Porcher et W. F. Volbach, l’Europe des invasions. Du ve au viie siècle (Gallimard, 1967). / G. Simons, Barbarian Europe (New York, 1968). / E. Demougeot, la Formation de l’Europe et les invasions barbares, des origines germaniques à l’avènement de Dioclétien (Aubier, 1970).

Barbey d’Aurevilly (Jules)

Écrivain français (Saint-Sauveur-le-Vicomte 1808 - Paris 1889).


Rouge aux lèvres, rose sur les joues, les cheveux teints passant du noir au bronze suivant la date de la teinture, des bagues à la main, un corps massif sanglé dans une redingote juponnée, cravate verte et gilet diapré, Barbey d’Aurevilly surprit ses contemporains. Mais son œuvre, singulièrement originale, étonne encore, pour autant que, en dépit de ses artifices et de ses effets voulus, elle unit l’éclat de l’imagination à la richesse d’un verbe romantique et raffiné. Jules Barbey naît le 2 novembre 1808, et ce n’est qu’en 1837 qu’il ajoutera à son nom celui d’« Aurevilly ». Adolescent, il s’initie aux classiques et à Byron, et poursuit ses études au collège Stanislas, à Paris. Il fait son droit à Caen, et se lie avec Trébutien, un libraire de huit ans plus âgé que lui, et avec Maurice de Guérin.