Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Baleine (suite)

Reproduction

Les baleineaux naissent en eaux tièdes, fort heureusement, car ils ne sont pas enrobés comme leurs parents de cette couche de lard qui est un isolant efficace, et ils ne vivraient pas par des températures de l’ordre de 1 °C. Donc, après une gestation de 11 à 12 mois, le jeune naît en pleine mer. Il mesure chez le Rorqual bleu près de 7 m, chez le Rorqual commun 6,50 m, chez le Rorqual de Rudolphi 4,75 m, chez le Mégaptère 4 à 5 m. Son allaitement va durer de 5 à 7 mois, suivant les espèces. Comme il est difficile de téter dans l’eau, toute difficulté se trouve aplanie par la présence autour du mamelon maternel d’un dispositif musculaire qui permet au jeune de recevoir le lait sous pression dans la bouche. Ce lait est d’ailleurs hautement nutritif (350 à 400 g de matière grasse et 95 à 100 g de protéines par litre). À 3 ans, le jeune Rorqual bleu sera un adulte, la femelle de même espèce à 4 ans seulement. Les femelles sont toujours plus fortes que les mâles.


Respiration

Quand une Baleine fait surface, elle chasse violemment l’air usé de ses poumons. Elle souffle par ses évents. Cela provoque la formation d’une colonne d’eau, de près de 15 m de haut chez certains sujets, qui la fait repérer en haute mer et prendre en chasse. Après quelques inspirations profondes, la Baleine repart en plongée. Celle-ci peut durer 1/2 h chez le Rorqual, et de 1 h à 1 h 30 chez les Baleines franches. Les Baleines sont organisées pour supporter ces longues plongées. Leur centre respiratoire n’est pas très sensible à la teneur du CO2 contenu dans le sang, mais elles utilisent beaucoup mieux leur parenchyme pulmonaire que les autres animaux. De plus, elles pourraient fixer au niveau des muscles une certaine quantité d’oxygène, et elles ont d’importants sinus veineux. La profondeur moyenne atteinte est de 300 m. Des profondeurs de 330 m auraient été observées.


Nage, vitesse de déplacement

Les Baleines avancent grâce à leurs énormes battoirs et surtout à la queue, qui fait un mouvement de godille de bas en haut et inversement, ce qui facilite énormément les plongées. La vitesse de croisière serait de 12 nœuds (22 km/h), mais le Rorqual bleu pourchassé est capable de filer 20 nœuds (37 km/h) pendant 10 minutes. Le Rorqual commun, plus petit, ne filerait que 18 nœuds (33 km/h) en pointe.


Chasse, utilisation, protection

Les Baleines échouées sur les côtes ont de tout temps fait la fortune des riverains. La nouvelle des échouages se répandait vite, et les gens accouraient alors pour en tirer les graisses, la chair et les fanons.

En France ce sont les Basques qui, les premiers, montés sur de petites embarcations, sont partis faire la chasse dans le golfe de Gascogne, puis plus tard au large et dans les mers arctiques.

Les Norvégiens chassèrent aussi de très bonne heure sur leurs côtes jusqu’au Spitzberg, et dans tout l’Atlantique Nord. La chasse de la Baleine était un métier passionnant mais pénible, une aventure ! On chassait au harpon lancé à la main. Dès que l’animal était touché, il entraînait l’embarcation à laquelle il était amarré, et ses réactions étaient parfois violentes. La chasse fut facilitée et fit de grands progrès lorsqu’un chasseur de Baleine norvégien, Svend Foyn (1809-1894), découvrit et mit au point vers 1867 le canon-harponneur. Un obus en acier tiré par un petit canon entraîne le harpon et le câble ; lorsque l’obus a pénétré dans le corps du Cétacé, il explose ; de petites tiges d’acier, parallèles à l’axe du harpon, s’ouvrent à la façon d’un parapluie, et la Baleine harponnée est arrimée rapidement au bateau. Dès l’agonie de l’animal, on plante dans son corps un trocard pour lui injecter de l’air comprimé qui assurera sa flottabilité. La Baleine est ensuite remorquée à terre vers une station de dépeçage. À l’heure actuelle, les captures sont dirigées vers un navire-usine qui accompagne une douzaine de bateaux chasseurs. Les proies sont montées sur ces navires (qui sont aussi des tankers) par un plan incliné se trouvant à l’arrière du bâtiment.

Des équipes spécialisées manipulant un matériel ultra-perfectionné arrivent à dépecer une Baleine en une heure.

Les flottilles de baleiniers sont parfois accompagnées d’hélicoptères, et les proies sont détectées par ultrasons. On comprend ainsi que les Baleines se raréfient. Ces flottilles coûtent très cher, et, pour amortir les frais d’investissement, il faut en capturer beaucoup.

Heureusement, tout est utilisé dans la Baleine. Le lard fondu donne une huile de qualité, qui, après déshydrogénation, est incorporée aux margarines. Les huiles ordinaires sont destinées aux industries des peintures et vernis, savonneries, etc. La viande sert à l’alimentation humaine ou animale. Les os, réduits en poudre, vont aux engrais. Les foies sont destinés à l’industrie pharmaceutique, pour obtenir des huiles vitaminées. Les glandes endocrines (surrénales, thyroïdes) servent à fabriquer des produits opothérapiques.

Une grande Baleine bleue (Rorqual bleu) de 50 t et de 18 m de long peut fournir : 7 t de lard ; 22 t de viande ; 9 t d’os ; 2,5 t de viscères ; 1,5 t de langue.

Avec les moyens modernes de détection et de capture, le troupeau de Cétacés a fortement diminué. Il a donc fallu prendre des mesures de sauvegarde. Dès 1925, les pays qui armaient pour la pêche de la Baleine comprirent la nécessité de limiter les captures.

En 1937, une convention baleinière internationale fixa les dates d’ouverture de la pêche et limita les captures. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le troupeau se reconstitua, les gens de mer ayant trouvé d’autres occupations. En 1946, une nouvelle commission internationale (International Whaling Commission, ou IWC), tenue à Washington par les délégués de 19 pays, élabora une véritable charte de l’industrie baleinière. Il y fut décidé : de protéger les espèces menacées de disparition telles que les Baleines franches ; d’interdire de tuer les baleineaux et les mères allaitantes ; de ménager des réserves dans certains océans ; de fixer chaque année et d’un commun accord le nombre d’unités à capturer, sans préciser les espèces. Comme les Baleines sont de taille et de longueur variables suivant les espèces, on étudia un système d’équivalence et on fixa une unité : l’unité Baleine bleue, ou U. B. B. On décida alors qu’une grande Baleine bleue = 2 Rorquals = 2 1/2 Mégaptères = 6 Rorquals de Rudolphi. On pouvait ainsi fixer le nombre total de captures sans tenir compte des espèces.

Pour surveiller les captures, deux biologistes inspecteurs sont embarqués sur des navires-usines de nationalité différente de la leur. Les commandants de bord rendent compte de leurs prises à un bureau de la Commission internationale qui siège en permanence à Sandefjord (Norvège) et peut à tout moment faire arrêter la chasse quand le contingent se trouve atteint.

P. B.

➙ Cétacés.

 P.-P. Grassé (sous la dir. de), Traité de zoologie, t. XVII : Mammifères (Masson, 1955 ; 2 vol.). / P. Hershkovitz, Catalogue of Living Whales (Washington, 1966). / P. Budker, Baleines et baleiniers (Horizons de France, 1958).