Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
B

Bâle

En allem. Basel, v. de Suisse, ch.-l. d’un canton urbain ; 213 000 hab. (Bâlois).



Généralités

Au début du xixe s., il était difficile de penser que, cent cinquante ans après, la petite ville de Bâle deviendrait une métropole rhénane au rayonnement international. La ville comptait 16 674 habitants en 1815. La vieille cité épiscopale s’était développée sur la rive gauche du Rhin, sur une terrasse dominant ce dernier d’une dizaine de mètres. Ses relations avec l’Alsace et le pays de Bade étaient anciennes. Pendant longtemps le sort de la ville fut lié à l’évolution politique de la haute Allemagne. L’occupation française consécutive à la Révolution de 1789 exacerba le sentiment d’indépendance. Les troubles intérieurs du canton devaient amener, en 1833, la séparation en deux demi-cantons : Bâle-Ville et Bâle-Campagne. Cela n’empêcha pas la croissance de la ville. Trois facteurs ont contribué, dans la seconde moitié du xixe s., à l’essor rapide de la ville : l’amélioration de la navigation rhénane à la suite des grands travaux de correction ; le développement de la ville, dans le cadre de la Confédération, comme porte de la Suisse ouverte sur la Rhénanie ; les initiatives de quelques industriels bâlois.

En 1864, la ville comptait déjà cinq producteurs de colorants à base de goudron de houille. D’autres usines chimiques se développèrent, sans qu’aucune, cependant, prît de l’empleur immédiatement. Trop à l’étroit dans l’ancienne ville, certaines furent contraintes de s’installer hors des murs de l’enceinte médiévale. D’une de ces petites affaires naquit, en 1884, la « Société pour l’industrie chimique à Bâle » (la Ciba AG) ; une petite usine de fabrication d’aniline donna naissance à la J. R. Geigy S. A. En 1886, un chimiste d’une petite entreprise et un employé commercial du nom d’E. Sandoz créèrent la Sandoz S. A. La maison Hoffmann-La Roche est une création spontanée, non issue d’une entreprise existante. Les premiers chimistes venaient de France. Ce n’est qu’à partir de la création de l’École polytechnique fédérale de Zurich (1855) que la Suisse forma ses propres cadres techniques. Les bonnes relations ferroviaires contribuèrent à l’essor rapide de la chimie. L’université de Bâle travailla en étroite liaison avec les industries, et la Société bâloise des sciences naturelles constitua un stimulant et pour la population et pour les milieux universitaires. En plus, il existait, en 1862, vingt banques privées qui permirent aux sociétés et aux industries de mobiliser l’épargne. Aujourd’hui, l’industrie chimique bâloise a cinq secteurs importants d’activités : les colorants, les spécialités pharmaceutiques, les matières plastiques, les textiles synthétiques, les produits chimiques pour l’agriculture. Quatre sociétés de renommée mondiale (Hoffmann-La Roche, Ciba, Geigy et Sandoz) commandent à plus de 100 000 salariés, alors que la chimie n’occupe qu’une vingtaine de milliers d’ouvriers à Bâle. On mesure ainsi le rôle international joué par ces grandes sociétés. L’essor des quatre groupes a été rapide, surtout après 1945, grâce à la diversification de la production. Bâle est ainsi devenue la première cité chimique de la Suisse et un grand centre de recherche. Née de l’utilisation des produits et sous-produits de la houille, l’industrie chimique bâloise s’intéresse de plus en plus aux sous-produits du raffinage du pétrole. L’industrie mécanique paraît moins importante ; elle occupe néanmoins une quinzaine de milliers d’ouvriers et est tournée vers l’exportation. L’industrie alimentaire, alors que le secteur agricole des environs est dérisoire, montre, avec environ 7 000 salariés, le dynamisme bâlois. Textiles, confection, industries graphiques comptent encore une dizaine de milliers de travailleurs, illustrant la diversité des activités industrielles. Partout le niveau technologique est élevé. Pour l’ensemble des activités, le secteur industriel concentre 44,6 p. 100 des travailleurs.

Le secteur tertiaire, avec 55 p. 100 des actifs, est le signe du caractère national et international de la métropole bâloise. La banque et les assurances garantissent à Bâle un rayonnement dépassant de loin les limites de la Suisse (plus de 5 000 salariés). Une des cinq grandes banques suisses (Schweizerischer Bankverein AG — Société de banque suisse) a son siège social dans la ville. Il s’y ajoute une vingtaine de banques dont le siège social est en ville, ainsi qu’une dizaine d’instituts financiers. La Bourse de Bâle a un caractère international, mais draine une partie de l’épargne nationale et internationale vers les activités de la ville.

La city correspond aux quartiers enserrés dans l’ancienne enceinte de 1200 ainsi qu’aux faubourgs plus tardifs qui ont été englobés dans les fortifications du début du xve s. Sa population, qui était de 13 000 habitants en 1910, est tombée à moins de 8 000 actuellement. On y trouve plus de 30 000 emplois, soit 400 à l’hectare. Banques, commerces et bureaux établis dans des buildings de construction récente donnent son visage à la city.

La ville offre plus de 130 000 emplois, alors que sa population ne s’élève qu’à 213 000 habitants. Mais il n’est plus possible de parler uniquement de la ville. L’agglomération bâloise, située dans le « Dreiländereck », déborde sur les territoires français et allemand ; elle englobait 398 000 habitants en 1962, 426 000 en 1964. Le site de Bâle ne laissant que peu de possibilités d’expansion, bien des entreprises bâloises s’établissent dans les parties étrangères de l’agglomération. L’aéroport de Blotzheim, situé en territoire français, est en réalité celui de Bâle. Son trafic a dépassé 740 000 voyageurs en 1973 et le place en bon rang parmi les aéroports européens. Environ 10 000 Haut-Rhinois migrent quotidiennement vers l’agglomération, où ils touchent de plus hauts salaires qu’en France. Bâle domine une zone grandissante dans les pays du Rhin supérieur.